BIFFF 2013 – The Imposter : la personne aux deux personnes

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Tandis que le Bizantium de Neil Jordan ravit les mirettes des invités à la cérémonie d'ouverture, les amateurs délaissés se réconfortent au démarrage de la compétition Thriller inaugurée par The Imposter de Bart Layton.

Image de Véritable aspirateur à récompenses (10 prix sur 13 nominations dans les festivals du globe), le documentaire de Layton a le mérite du récit fascinant mais de la mise en scène facile.

En 2005, les rubriques « fait-divers » de la presse française firent la connaissance de Frédéric Bourdin, mythomane et usurpateur en série qui, du haut de ses 31 ans, glandait tranquillement sur les bancs d’un collège de Pau en se faisant passer pour un élève de quatrième. Curieux personnage que celui d’un trentenaire tellement largué par l’absence de repère affectif qu’il n’a eu de cesse d’essayer pendant près de dix ans de s’en procurer via l’usurpation d’identité en infiltrant des familles rongées par la tristesse d’une terrible disparition. Malheureusement le gaillard est connu des services de police (Interpol entre autres) et passera un petit peu de temps derrière les barreaux de la prison de Grenoble quant une surveillante du collège le signalera après l’avoir reconnu dans un reportage télévisé. Car l’histoire de Frédéric Bourdin ne commence pas en 2005 mais en 1994 avec la disparition de Nicholas Barclay, un jeune Texan d’une douzaine d’années qui ne fera sa réapparition que trois ans plus tard, au grand soulagement de sa famille, dans une cabine téléphonique en Espagne. On l’aura compris, il y a anguille sous roche et point de Nicholas Barclay mais pourtant la famille semble y croire… un peu trop peut-être.

En laissant la parole à tous les protagonistes de l’époque et en mélangeant leurs interventions avec des images d’archives et une reconstitution hollywoodienne des faits, Layton parvient à faire de son documentaire un thriller malin où le spectateur doit démêler le vrai du faux. Dans une réalisation qui rappelle fortement celle de James March et de son Man on Wire, récit de l’attentat artistique du funambule Philipe Petit perché entre les deux tours du World Trade Center, Layton nous présente l’incroyable récit de ce mythomane qu’est Bourdin. L’excellente idée du film d’ailleurs est de faire de ce dernier le narrateur en chef de sa propre mythomanie et le laisser nous mener par le bout du nez de ses bobards.

Quels crédits accorder au Mea Culpa de ce bonhomme et comment être sûr qu’il nous dit la vérité ? Après tout il a entourloupé la police espagnole, les juges américains et même les fédéraux alors pourquoi pas nous ? Et puis avec son sourire narquois et satisfait, sa tête à claques d’éternel ado tout triste, on se demande si le gaillard ne serait pas en train de nous la faire à l’envers. Il ne manquerait plus qu’il se fasse passer pour la victime et qu’il accuse la famille d’avoir buté le fils dont il emprunte l’identité ! C’est le monde à l’envers. Et pourtant avec une audace que l’on comprend aisée, Bourdin parvint à faire tourner le récit dans ce sens, au point que l’on se demande finalement « Mais qui est le salaud dans cette histoire ? ».

Finalement, on n’aura pas de réponse sur ce qui est réellement arrivé à Nicholas Barclay en 94, mais quelques théories se bousculeront dans notre esprit entre : « la famille a buté le gamin, elle a dit qu’il avait disparu et elle a été bien contente de faire semblant que Bourdin soit leur fils pour cacher tout ça » ou bien « nan, mais Bourdin est un connard, il leur fait croire que c’est leur fils et après il les accuse de meurtre, fils indigne ».

Quoi qu’il en soit, ce fait-divers rocambolesque nous offre un documentaire léger et intéressant porté par une mise en scène manichéenne mais efficace. On soulignera tout de même l’improbable galerie de témoins du film que l’on pourrait croire évadés des meilleurs comédies des frères Coen et qui offre une sacrée distance avec ce qui reste du drame. On en rit tellement tout est faux, on en rit tellement tout est vrai.

The Imposter - film

En savoir +

The Imposter
De : Bart Layton
Avec : Adam O’Brian, Anna Ruben
Durée : 1h39

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Image de
: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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