BIFFF 2013 – Blancanieves : il était une fois

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Sorti en tout début d'année en France et nominé dix-neuf fois aux Goya de son pays natal, Blancanieves de Pablo Berger se veut comme la séance de rattrapage d'une petite pépite qu'on est bien content d'avoir enfin vu.

Image de En adaptant le célèbre conte des frères Grimm dans l’Espagne des années 20 et en l’encrant dans l’univers de la tauromachie, Blanche-Neige recouvre enfin toute sa dimension de conte à contre-pied de ses récentes adaptations hollywoodiennes. Dans une esthétique empruntée au cinéma muet, Paolo Berger nous rappelle que le cinéma raconte ses histoires en images et que quelque part elles se doivent d’être belles.

Il y a maintenant deux ans, The Artist enflammait la presse internationale par son audace et sa singularité, érigé à notre grand désarroi au rang de chef d’œuvre par la profession. Il faut dire que le cinéma est un milieu nombriliste qui adore les films qui parlent de lui, surtout quand ils proposent une réflexion méta-filmique sur sa propre condition. Un film muet en noir et blanc rappelant l’invention du cinéma et ayant pour toile de fond son propre milieu, c’est la cinéphilie qui se flatte et s’auto-congratule d’un film pas franchement génial. Passé relativement inaperçu, le métrage de Berger a pourtant le même mérite, si ce n’est plus, que le film avec Dujardin. Si l’un trouve ses influences du côté de Chaplin et Keaton, l’autre puise son inspiration dans les lumières et les contrastes francs et tranchés de l’expressionnisme allemand donnant vie à un univers fantasmagorique et grotesque rappelant les Freaks de Browning.

Malgré son récit ultra-connu et éculé, Berger parvient tout de même à nous emporter littéralement dans son film. Partant du fait que c’est l’histoire de la petite Carmen que l’on nous raconte, le film joue de son esthétique pour raconter les mésaventures de cette dernière qui ressemblent beaucoup à celles vécues par Blanche Neige. Jouant habilement sur l’humour et la noirceur caractéristiques des contes de Grimm, le film transforme les archétypes en personnages singuliers et finit par faire oublier ses modèles, la marâtre campée par Maribel Verdù, par exemple, est une sorcière délicieusement perverse et vénale qui par la seule force de son regard vous hypnotise. L’autre point dans lequel le film trouve sa force, c’est dans ses corridas. Filmées comme un véritable art de l’esquive plutôt que celui de la mise à mort, les combats entre l’homme et le taureau sont beaux, captés avec autant de respect pour le toréador que pour la bête. C’est un sport noble, ritualisé à l’excès et dont l’issue peut se révéler inattendue. Véritable petite merveille, Blancanieves est avant tout une douceur qui se raconte difficilement pour vous en préserver toute sa saveur. À voir.

Blancanieves

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Blancanieves
De : Pablo Berger
Avec : Maribel Verdú, Daniel Gimenez-Cacho
Durée : 1h44

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: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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