BIFFF 2013 – Pieta : Mater Dolorosa

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Lion d'Or à la dernière Mostra de Venice, sorti récemment en France et présenté en compétition thriller à Bruxelles, le dernier film de Kim Ki-duk divise. Abject pour les uns, fascinant pour les autres, Pieta est un film étrangement excessif et sobre qui, quoi qu'il arrive, ne laisse pas indifférent.

Image de Kang-do, un jeune homme d’une trentaine d’années, désespérément seul depuis sa naissance, est recouvreur de dette dans les petits quartiers industriels de Séoul. Froid, méthodique et sans pitié, il n’hésite pas à mutiler ou estropier les mauvais payeurs afin de percevoir l’argent des assurances en guise de recouvrement. Ritualisé à l’excès, son quotidien se retrouve soudainement chamboulé avec l’arrivée dans sa vie de Mi-Son, une femme silencieuse et discrète qui lui affirme être la mère qui l’a abandonné. D’abord peu crédule, le jeune homme se laisse lentement convaincre par l’amour maternel qu’elle lui porte transformant son existence en chemin de croix vers la pénitence.

Avec une froideur et un voyeurisme certain, Kim Ki-duk ferait la joie de Rivette qui ressortirait incontestablement son fameux « De l’abjection ». Sans pudeur, sans distanciation, avec autant de grâce qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, ce film au complexe œdipien exacerbé, porte un regard clinique et malsain sur l’homme, la soumission, la destruction et finalement le chaos.

Appuyant ses propos par de la symbolique religieuse subtilement provocatrice, Kim Ki-duk brosse le portrait d’une société malade et destructrice. Loin d’être un film d’espoir, le métrage est d’un pessimisme fascinant ; la rencontre entre Kang-do et sa mère ne se veut pas comme la refonte d’un amour maternel mais davantage comme une lente et terrible absolution qui ne peut se solder que par la mort. L’amour n’est pas ce qui sauvera l’homme de sa cruauté, bien au contraire, c’est ce qui causera sa perte.

Captivant par sa vision dépressive de la sociabilité des êtres, fascinant dans son rapport à une violence décomplexée (attention : le propos du film est violent pas sa réalisation, les mutilations, par exemple, ont souvent lieu hors champ), le film de Kim Ki-duk rappelle étrangement la trilogie de la vengeance de son compatriote Park Chan-wook sans la maestria technique et pop de son esthétique. Parfois à la limite du tolérable, les violences physiques ou incestueuses du film poussent certaines personnes à crier au scabreux. Mais c’est pourtant par ce genre d’effets de provocation que l’on finit par créer la distanciation nécessaire au film et à son appréciation. Avoir l’esprit ouvert en somme.

Un film troublant, fascinant, une claque comme ça fait longtemps.

En savoir +

Pieta
De : Kim Ki-Duk
Avec : Lee Jung-Jin, Min-soo Jo, Ki-Hong Woo
Durée : 1h44
En salles depuis le 10 avril

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Image de
: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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