BIFFF 2013 – Chained : tu seras serial killer, mon fils

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Quatrième long-métrage de Jennifer Chambers Lynch, Chained confirme la singularité d'une réalisatrice au patronyme pas évident à porter. À l’opposé du cinéma branlette transcendantale de papa (qu'on vénère), la petite de Lynch tape dans le trip pervers et malsain avec une habileté intéressante.

Image de Chained affiche Découverte en 2008 avec Surveillance, Jennifer Lynch nous avait séduit par la qualité de sa mise en scène, ses personnages intrigants, son ambiance sordide et son montage alambiqué. Et même si son twist final nous avait paru un peu gros, il avait trouvé grâce à nos yeux. Son polar très noir n’était peut-être pas le film de l’année, mais son récit choral, glauque au possible, avait fait travailler nos méninges avec un certain plaisir. Construit dans un tout autre style, Chained est pourtant du même genre. Un thriller sale, claustrophobe et un poil dérangé.

Alors qu’ils rentrent du cinéma, Tim et sa mère découvrent que Bob, leur chauffeur de taxi, est en fait un dangereux psychopathe qui n’a pas l’intention de les ramener chez eux mais plutôt chez lui, une petite maison américaine tout ce qu’il y a de plus banal, perdue au milieu de nulle part. À peine ses clients ont-ils le temps de découvrir les lieux que la dame est emmenée dans une pièce très mal insonorisée afin d’y subir tout plein de saloperies si l’on en croit les cris de cette dernière et le regard pétrifié du drôle resté dans le tacot. Cependant, Bob ne semble pas avoir anticipé le coup du gamin. C’est vrai que c’est un tueur en série mais il a l’air de faire exclusivement dans la gente féminine, les gosses ce n’est pas son truc. Inexplicablement Bob va pourtant épargner Tim, le séquestrant chez lui, le pied enchaîné à un mur, l’obligeant à se rendre complice de ses crimes, l’élevant comme un chien jusqu’à l’adolescence, où ce père adoptif fou se découvrira une soudaine conscience paternelle. À partir de là, c’est en professeur que Bob s’impose, enseignant à son apprenti boucher les rudiments de la découpe.

C’est avec un sadisme certain que Lynch filme la maltraitance de ce gamin et l’horreur à laquelle il doit faire face, emprisonnant le spectateur dans le même piège que lui. Convaincu par la folie qui émane de la performance de Vincent D’Onofrio, on est happé par son univers et ses motivations, impatient de découvrir l’étrangeté de ce personnage et la raison de la gratuité de ses faits. Car lentement mais sûrement le film développe un récit pas si anodin que ça entre les deux personnages du film, pointant une inattendue et très curieuse révélation qu’on aimera ou pas. Lynch orchestre savamment son film avec ce qu’il faut de bruit et de fureur pour briser la tension permanente du film, offrant même des séquences absurdes mais imaginatives pour pénétrer l’esprit de son tueur. Un film vraiment plaisant dont aucune date de sortie n’est prévue chez nous et c’est bien dommage.

Chained

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Chained
De : Jennifer Lynch,
Avec : Vincent D’Onofrio, Eamon Farren, Evan Bird
Durée : 1h34

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Image de
: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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