BIFFF 2013 – Oblivion : la Planète des Hommes

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Récidive : fait de commettre à nouveau une même faute. Synonyme : récurrence, reprise, répétition. Exemple dans une phrase : après s'être cassé les dents avec la suite de Tron, Joseph Kosinski récidive avec Oblivion.

Image de En 2077, la Terre est le théâtre des vestiges d’une guerre nucléaire contre une race extraterrestre et dont l’issue condamna l’humanité à l’exil sur Titan. Refusant de voir l’espèce humaine s’éteindre, de puissantes pompes à eau ont été mises au point afin de subtiliser ce qui reste de ressources et faciliter la vie des colonies. Tom Cruise est donc un gentil petit technicien de maintenance qui s’assure que les drones qui protègent les pompes ne tombent pas en rade, mais qui garde secrètement l’espoir de revivre un jour sur Terre.

Alors, que les choses soient claires : les quelques lignes précédentes ne sont pas un résumé du film mais une contextualisation de son univers. La Terre, donc, n’est qu’un résidu de poussière où l’eau commence sévèrement à manquer, où les hommes ont disparu et où les radiations servent à délimiter les zones viables pour la populace alien, tout ça filmé avec de grandes images de synthèse post-apocalyptique fortement influencées par La Planète des Singes originelle. Mais ce qui nous pose problème, ce n’est pas vraiment l’état du globe mais le point de vue de ce Jack de Tom Cruise sur la situation. C’est la première minute du film, en voix-off, où on nous raconte donc le prêchi-prêcha avec la guerre contre les aliens, que pour en finir on fit péter de la bombe atomique un peu partout, que ça détruisit la planète, que ça condamna l’humanité à l’exil, mais que c’est pas grave par ce qu’on avait « gagné la guerre mais perdu la planète ».

Alors, personnellement, le jour où l’homme en arrivera à foutre en l’air son habitat naturel, le condamnant à la fuite et laissant ce qui reste de viable à l’ennemi, on n’appellera pas cela une victoire mais une sévère déculottée. Fatalement ça commence mal, on percute tout de suite qu’il y a un truc qui ne va pas tant l’image que se fait le personnage du monde est diamétralement opposé à celle que ce dernier laisse transparaître. Une fois que vous avez bien compris ça, il vous faut moins de dix minutes pour percuter qui est le méchant du film et moins de trente minutes pour comprendre la fin, ce qui vous laisse ensuite un petit peu plus de 1h30 pour apprécier la figuration de Morgan Freeman, vous dire que Olga Kurylenko est vraiment très belle, se dire que les designs des machines et autres vaisseaux sont cools et froncer les sourcils devant des péripéties qu’on n’a pas comprises.

Oblivion

Techniquement splendide, le film tire sa seule qualité de son univers visuel inspiré du comics éponyme, déjà signé par Kosinski. On admet que ce jeune réalisateur issu du graphisme et de l’infographie est doué avec ses pixels mais son sens du récit est diablement problématique. Rythme lent, personnages vides évoluant dans un récit vaguement intriguant, le long-métrage s’offre même des moments de relance qui tombent à plat. (Attention Spoiler !) Après avoir rencontré Morgan Freeman, Tom et Olga sous le charme de la sagesse du vieux monsieur, décident de l’écouter et de se rendre en zone irradiée. Les regardant s’éloigner au loin, un figurant demande à Freeman s’il est sûr de ce qu’il fait, s’il croit vraiment que Jack est l’espoir etc., et papi Freeman de répondre avec une voix grave et sereine « not him! », roulement de tambour et musique forte, « her ». Aussi télescopé que la carte du Joker à la fin de Batman Begins, ce cliffhanger qui n’en est pas un, ne change rien à la tournure du récit. En fait, on vous le redit : Olga est juste très belle à regarder.

On pourrait continuer comme ça un petit moment à débusquer toutes les bêtises de ce scénario SF foutraque et inintéressant qui ravira sans doute les gros fans de blockbuster se dégustant avec du pop-corn. Il faut cependant reconnaître au film qu’il n’a aucune autre prétention, contrairement au récent Prometheus, dont le spectre des erreurs semble flotter sur la nouvelle SF comme les qualités d’Alien flottaient elles aussi en leur temps sur le genre.

En savoir +

Oblivion
De : Joseph Kosinski
Avec : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko
Durée : 2h
En salles depuis le 10 avril

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: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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