Quelques notes sur les sélections cannoises

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Cannes, ça commence demain ! A Discordance, on prépare nos valises et on vous livre les premières réflexions sur les sélections.

Cette année, pour la première fois, Discordance s’en va-t-à Cannes, pour vous dire ce que vous pourrez lire partout ailleurs, mais en mieux : les films, le manque de sommeil, la stupidité de parler des films devant lesquels on s’est endormis (mais ils le font tous ! C’est ça qu’est grave, vous dit-on), les coups de soleil, la puanteur de la crème solaire et de la hype mêlées, la souffrance, la joie, bref.

CONFORT ET SECURITE

A J-2 donc, et parce que quand on bosse pour Discordance on n’a pas de quoi s’acheter des robes, on réfléchit aux sélections, désormais toutes complètes. Côté officiel, il y a la compétition, qui a choisi comme chaque année le confort et la sécurité. Le nouveau Dardenne est sans doute très bien (vous pourrez le découvrir en salles en même temps qu’il sera présenté au festival) mais bon, si c’est pour les voir ramasser une troisième palme, est-ce vraiment la peine de se déplacer ? Consacrer la consécration, c’est un peu facile. Il y a un Bonello qui devrait assurer le traditionnel parfum de scandale aux effluves codifiées, ça fait tourner les rotatives, c’est toujours ça de pris. Lars Von Trier, Nanni Moretti, Aki Kaurismäki, Pedro Almodovar, la vieille garde est bien représentée. Le film le plus attendu dans tout ça, c’est évidemment le Terrence Malick, absent de justesse de la sélection l’an dernier. Jusqu’ici, Malick n’a fait que des chefs-d’oeuvres. La bande annonce de The Tree of Life fait un peu peur, mais Malick est un génie et avant même d’avoir vu aucun film, je parie sur lui. Inversement, je parie que Nuri Bilge Celyan et Christophe Honoré auront fait de la merde consensuelle et poseuse comme d’habitude.

Dans les autres réalisateurs très attendus : Naomi Kawase, Alain Cavalier, et Maïwenn, qui a elle toute seule vient contredire ce qu’on disait plus faut sur le confort et la sécurité. La soeur d’Isild Le Besco, qui avait surpris et ravi avec Le bal des actrices, revient donc par la grande porte avec Polisse, qui pourrait bien être le Kaboom de 2011.

OU SONT LES FEMMES ?

Dans tout ça, deux premiers films tout de même, et, attention, fait exceptionnel, quatre réalisatrices. Sur dix-neuf. Une première ! Enfin, la parité s’invite (presque) sur la croisette ! Bon, sans rire, le problème n’est pas neuf, et il n’est pas propre à la sélection officielle, même si on est bien forcé constater qu’ailleurs il y a un peu moins de couilles au mètre carré (à la Quinzaine, 7 femmes, dont deux comme co-réalisatrices, sur les 21 longs-métrages présentés ; côté semaine de la critique, c’est pas brillant non plus, malgré les films d’ouverture et de clôture). En court-métrage, pourtant, c’est un peu moins la catastrophe, et si l’on jette un oeil dans les amphis des écoles de cinéma, on voit qu’il y a bien des demoiselles. Alors, c’est juste une affaire de génération? Ou bien le signe que dans l’art comme partout ailleurs, les femmes sont jugées plus durement, d’abord sur leur scénario et sur leur capacité à réaliser, ensuite sur la qualité de ce qu’elles ont produit ? Il y a quelques années, à l’occasion du festival, Télérama avait sorti un hors-série double-face: d’un côté, « Les acteurs et réalisateurs qui ont fait le festival de Cannes« , de l’autre « Les actrices qui ont fait le festival de Cannes« . Ça veut tout dire, non ? Sois belle et tais-toi.

AILLEURS

Et puis, en marge de la compétition, il y a Un certain regard, la sélection des films trop pointus ou pas assez propres à rameuter la presse, mais qui sont bien quand même. D’ailleurs ce fut souvent un tremplin avant d’accéder à la course à la palme. Parfois aussi, c’est un rétrogradage, peut-être justement pour laisser un peu place aux jeunes dans la partie qui intéresse le plus les télévisions. Ainsi c’est là qu’on trouvera cette année Gus Van Sant, Bruno Dumont, Hong Sang-Soo, Robert Guédiguian. Le trop discret Eric Khoo aurait mérité cependant d’être un peu plus sous les feux de la rampe, puisque ses très belles oeuvres sont à chaque fois victimes du syndrôme « film de festival » : ils tournent dans le monde entier, bénéficient d’un joli succès critique, puis sortent sur dix copies à Paris et Berlin avant de disparaître définitivement des écrans. C’est là typiquement qu’on aimerait voir Cannes jouer son rôle… puisque de toute façon le nouveau Pirate des Caraïbes devrait être bien distribué – avait-il besoin de cette vitrine supplémentaire, franchement? (Il sera projeté en séance spéciale dans la sélection officielle).

La Quinzaine, de son côté, va être la traditionnelle découvreuse de talent. Heureusement qu’elle est là, la Quinzaine, pointue toujours, peu de grands noms, mais qu’on fréquentera assidûment, parce que c’est plus sympa d’aller rencontrer la jeune garde du cinéma bulgare que de faire un énième papier sur le talent des Dardenne (qui est grand, encore une fois). Et la Semaine de la Critique, petite sélection comme à l’accoutumée, où l’on attend en particulier le nouveau film de Valérie Donzelli et le premier court-métrage du comédien Guillaume Gouix, LA nouvelle tête de 2010.

PARIS

Allez, ça n’a aucun sens, mais essayons nous d’emblée à un petit palmarès à l’aveugle sans avoir vu les films : une palme d’or pour Malick, un prix du jury pour Cavalier, peut-être bien un prix d’interprétation à Nanni Moretti, et un autre pour Polisse de Maïwenn. De l’alcool, de la drogue et des fêtes glauques. Pas de plage. Beaucoup de café.

A bientôt!

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