L’ami Cavalier

par |
Alain Cavalier revient à Cannes, vingt-cinq ans après "Thérèse". Entre-temps, il a développé une manière de filmer différente, une caméra-bloc-note, un jeu avec la fiction; et "Pater" est donc a priori moins accessible que le précédent succès cannois de Cavalier. On craignait de le voir siffler, mais il est fort bien accueilli.

C’est difficile de juger les films d’Alain Cavalier, parce que justement, après avoir vu Vies, Le Filmeur, Irène, on a le sentiment qu’Alain est devenu un vieil ami, que l’on regarde avec bienveillance. Ce n’est pas une stratégie de sa part, c’est juste qu’Alain se filme et qu’il est une belle personne, qu’on a envie d’aimer, d’admirer et, parce qu’on en sait tant sur lui, il semble maintenant faire partie de nos proches. Alors c’est en ami qu’on regarde Pater.

C’est aussi en ami qu’Alain l’a fait, d’abord avec son complice Vincent Lindon, qui se lance avec lui dans une mise en scène enfantine. Alain et Vincent se retrouvent pour jouer: pas aux cowboys et aux indiens, mais c’est à peu près l’idée. Alors on dirait que Alain ce serait le président, et que Vincent ce serait son premier ministre, et ils essaieraient de faire passer une loi pour introduire un salaire maximum, mais si ils n’arrivent pas à se mettre d’accord ça va compliquer la prochaine campagne.

Dans ce jeu pour grands, la caméra passe d’un comédien à l’autre, ou du comédien au réalisateur, enfin du premier ministre au président, quoi. C’est un jeu de rôle sérieux, teinté d’humour noir (cet humour qui fait qu’Alain est un ami…), et ce qui est filmé c’est évidemment à la fois le jeu et la mise en scène du jeu. Alain Cavalier met en abîme, depuis longtemps, avec une fausse légèreté, et va chaque fois un peu plus profond dans ses réflexions sur le cinéma, sans en avoir l’air. Métafictionnel, métaludique, métacinématographique, il est tout ça mais parvient à l’être sans devenir une bête pâtée pour étudiants en cinéma. Et puis il y a beaucoup d’autres choses qui sont dites dans Pater, dans cette conversation à bâtons rompus entre Alain et Vincent, Alain et Vincent et moi. C’est sans doute le film de la sélection officielle qui parle le mieux de ce qu’est le cinéma, en se servant à merveille de ses nouvelles possibilités techniques qui facilitent sa vie sans prétendre révolutionner l’esthétique.

Alain, mon ami, merci…

Vous avez aimé cet article ? Partage le !

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article