Cannes 2011 : Habemus Palmam

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Il est dix-neuf heures pétantes quand Mélanie Laurent, grande prêtresse de cette soixante quatrième édition du festival de Cannes, fait son entrée. Après de timides blagues, histoire de décoincer l'assemblée et de réveiller Woody Allen, la maitresse de cérémonie se lance dans le traditionnel discours aux « formalités d'usage » non sans ironie.

Du « vive le cinéma » de Tarantino, « aux violons » de Kusturica, en passant par le bras d’honneur de Pialat et l’explosion de joie de Benigni, la liturgie annuelle nous rappelle que Cannes c’est surtout des moments inoubliables, entre baptême et communion, qui font dire à Mélanie que « le cinéma c’est magique ».

Entrent ensuite, sur l’autel de la fête, les huit diacres chargés d’en découdre avec les vingt offrandes faites au Dieu cinéma. Afin de les accompagner dans le rituel du palmarès, ils ont un guide spirituel de prestige, le Godfather en personne, Don Robert De Niro. Nul besoin de le présenter mais impossible de ne pas évoquer ses sacro-saintes apparitions dans les évangiles de Martin, Francis, Sergio et Bernardo. De purs chef-d’œuvres en films mineurs, De Niro se présente indéniablement comme un acteur hétéroclite et cette petite piqure de rappel du festival de Cannes sur l’étendue de ses rôles et de ses prestations jette un premier doute sur les spéculations au sujet de la Palme d’or. De Niro a su tellement surprendre tout au long de sa carrière que nous ne sommes probablement pas encore au bout de nos surprises. La Palme d’or quasi-promise à Terrence Malick n’est pas encore acquise et le curieux The Artist de Michel Hazanavisius pourrait lui être préféré. En outre, les déjantés Nicolas Winding Refn et Takeshi Miike pourraient eux aussi être bénis. Quant à Pedro Almodovar, goûtera-t-il enfin à la précieuse hostie ? Toujours est-il que cette année Cannes se partage encore entre classicisme et modernité, entre nouveau-nés et éternels recalés.

Enfin, l’oraison se poursuit et célèbre le Pape Bernardo Bertolucci pour lui consacrer la première Palme d’Honneur du Festival de Cannes. Pour l’occasion, le Cardinal Gilles Jacob se présente au lutrin et offre un très bel hommage au réalisateur engagé, à la rage de vivre incontestable et à l’ « œuvre magistrale et cohérente ». Béatification solennelle et non canonisation d’un vivant comme s’en moque le maître des festivités, Bertolucci s’amuse de ce prix et parodie le titre du nouveau film de son disciple Nanni Moretti, en clamant « Habemus Palmam » avant de prononcer le fameux « Declaro il Festivale di Cannes aperto. Je déclare le Festival de Cannes ouvert. »

Il est vingt heures pétantes et la messe est dite. Le Festival de Cannes commence. Woody Allen ouvre ces « dix jours qui en valent cent » et Discordance est avec eux naturellement.

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: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 12 mai 2011
    Lou a écrit :

    Amusant…
    Par contre Bernardo a perdu ses « r » en route…

  2. 2
    admin
    le Jeudi 12 mai 2011
    admin a écrit :

    @Lou: une rumeur persistante affirmerait qu’il les aurait retrouvés.

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