« Hanezu », essai poétique

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En 2007, Naomi Kawase remportait un Prix du Jury à Cannes pour La Forêt de Mogari, superbe essai contemplatif mêlant dans un même regard forces de la nature et faiblesses humaines. Grâce au prix, le cinéma si particulier de Kawase sortait des cercles d’initiés pour atteindre un public un peu plus large, sans faire la moindre concession.
Elle revient donc quatre ans après avec Hanezu, film-poème qui poursuit une réflexion menée de longue date caméra au poing, avec une volontaire légèreté de moyens qui lui permet de laisser à ses comédiens une certaine marge de manoeuvre et d’obtenir d’eux une grâce discrète. Le décor qu’elle choisit est sa région natale, Nara, également lieu mystérieux d’une ancienne capitale dont on sait peu de choses. Ce n’est guère surprenant quand on sait que Kawase aime les fantômes, les liens organiques entre passé et présent qu’elle se plaît à rendre subtilement visibles.
Le décor historique est aussi bien mythique, d’autant plus que Hanezu se développe autour d’une légende ancienne, transcrite dans un recueil de poèmes des 7e et 8e siècles, le Manyoshu. A Nara, trois monts se toisent; ce sont deux montagnes-hommes convoitant la même montagne-femme. Et Kawase place au milieu d’eux leurs doubles humains, la  femme, le mari et l’amant, saisis dans leurs vies humbles, où la nature tient la première place.

 

Thierry Frémaux avait annoncé au moment des sélections que Hanezu entrait en résonnance avec les récentes catastrophes au Japon. Bien sûr, il n’y est pas fait directement référence, mais ce qui rend le cinéma de Kawase si obsédant, c’est ce pont qu’elle ne cesse de vouloir construire entre homme et nature, qu’elle envisage non dans un dualisme destructeur, mais dans une continuité organique. C’est en toute logique, alors, que les vivants marchent sur les morts et à côté d’eux, que les araignées tissent leurs toiles entre les corps, que les sentiments se passent d’arbre à femme, en une sorte de panthéisme appaisant.

Plus que le surgissement des événements, Hanezu dit leur répétition maladroite, la continuité qui les lie, et suggère en même temps aussi que c’est dans la contemplation même de cette continuité que réside le salut…

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