« The Artist » – joli jeu d’acteurs et de metteur en scène

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On n’a pas vérifié, mais The Artist est très probablement le tout premier film muet présenté à Cannes. Joli coup.

À l’heure ou le cinéma traverse des bouleversements techniques majeurs, avec le numérique qui, après deux décennies de gestation, finit par s’imposer au tournage comme à la diffusion, et avec la 3D qui fait son entrée, Michel Hazanavicius choisit de revenir au premier grand tournant qu’a connu le septième art, le passage au parlant. Évolution technologique, certes, mais qui impliqua aussi une transformation radicale du jeu d’acteurs. Et Hazanavicius de s’amuser avec les codes du muet, les visages grimaçants, les expressions surjouées, le comique burlesque et farcesque qui fonctionne sans paroles.

Car qu’on ne s’y trompe pas : The Artist n’est en aucun cas une mise en perspective métaphorique des transformations actuelles, c’est seulement un retour ludique sur un genre passé de mode, mais dont on reconnaît sans peine les tics et les symptômes. Un film qui ne dépasse pas l’exercice de style, donc, mais qui l’exécute avec brio.&nbsp ;

Le thème choisi est éculé : une star du muet, un certain George Valentin (derrière lequel on devine un hommage discret à Rudolph Valentino) se voit brusquement évincé des studios quand le son entre en scène, tandis qu’une jolie starlette qui en pince pour lui devient le nouveau visage et la nouvelle voix d’Hollywood. Tout cela n’est que prétexte à un jeu à grande échelle, pour les comédiens d’abord, Jean Dujardin superbe et drôle, Bérénice Béjo pleine de maturité et de charme ; pour le réalisateur ensuite, qui a visiblement pris un grand plaisir à recréer l’ambiance des grands studios du premier âge d’or, soignant les décors et les références. Le noir et blanc est volontairement tourné vers le passé, mais en même temps en léger décalage avec celui-ci, lisse et contrasté — puisque l’un des grands drames de la pellicule contemporaine est de rendre le N&B toujours un peu laid, un peu faux.

Ce qui vient rappeler que The Artist n’est pas qu’une re-création récréative, mais bien un hommage à une technique disparue et impossible à recréer, avec les outils d’aujourd’hui. Hommage émouvant, et extrêmement plaisant, au rythme soutenu et entraînant. Guère plus, mais c’est déjà beaucoup, et il en reste par-dessus tout une très très belle performance d’acteurs.

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1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 13 octobre 2011
    KoD_87 a écrit :

    Etant plutôt du genre à aimer les films S.F. et/ou gore et/ou où ça pète dans tous les sens avec des F.X. de malades (enfin bref, pas du tout du N&B muet), je m’étonne de ce que j’ai ressenti en voyant la B.A. de « The Artist » : j’ai été ému. Et je ne suis certainement pas le seul.

    J’attends d’aller voir ce film (qui est sorti depuis hier mais pas encore arrivé dans ma p’tite ville ^^) avec impatience…

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