« La Piel Que Habito », Almodovar mineur

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C’est la cinquième fois qu’Almodovar vient sur la Croisette. Au vu de la cuvée 2011, la palme d’or devrait continuer à lui échapper.

La Piel Que Habito (La peau que j’habite) est l’adaptation de Mygale, le roman de Thierry Joncquet, en forme de série B kitsch assez divertissante, mais qui reste un film très mineur du réalisateur. Antonio Banderas s’amuse visiblement beaucoup dans un rôle de chirurgien pervers qui, après la mort de son épouse et le suicide de sa fille, se venge sur un jeune homme qu’il transforme en femme et qui lui sert de cobaye pour la création d’une nouvelle peau super-résistante…

On retrouve les vieilles obsessions d’Almodovar: le genre qui  devient flou (et ici on passe un cap, du travesti au transsexuel), le fétichisme (les costumes sont encore une fois signés Jean-Paul Gaultier, c’est plutôt beau à regarder), les familles perverses et leur système psychologique, bref le sexe sous toutes ses coutures (chirurgicales). Rien de nouveau sous le soleil, et même pas mal de redites, voire d’auto-citations, mais ça fonctionne toujours aussi bien.

Cela dit, La Piel Que Habito reste assez paresseux, avec des personnages secondaires faiblards (Marisa Paredes tourne à vide) et une intrigue un peu légère. Surtout, Almodovar est sur un fil entre la dérision et le sérieux et il arrive souvent qu’on ne sache pas trop si, là où l’on rit, il voulait vraiment nous faire rire… comme si le procédé trop bien rôdé virait à la bouffonerie.

On ne peut pas raisonnablement exiger du cinéaste qu’il se renouvelle, puisque ses lubies sont strictement les mêmes depuis ses débuts et que cela ne l’a d’ailleurs pas empêché de gagner en maturité au fil de sa carrière. Mais La Piel Que Habito nous laisse avec le sentiment qu’Almodovar, à la manière d’un Woody Allen (hors des moments de grâce qui lui tombent dessus tous les dix ans environ), ne fait que tourner un peu machinalement pour produire un divertissement sans surprises, un peu creux et parfois légèrement ennuyeux.

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1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 4 octobre 2011
    lauraoza a écrit :

    A l’inverse de ta critique, j’ai bien aimé La Piel que Habito, comme je l’ai écrit il y a quelques temps : http://lauraoza.blogspot.com/2011/08/la-piel-que-habito-pedro-almodovar.html

    J’ai aimé les belles couleurs et le côté étrange d’un film qu’on arrive à suivre du début à la fin sans s’arracher les cheveux pour comprendre l’énigme. Du bizarre mais tout du moins clair, j’ai trouvé ça plutôt réussi ! :)

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