« Drive », dernier beau film de Cannes 2011

par |
Un film de genre à l'esthétique eighties, parfois lourd, souvent grâcieux.

On attendait beaucoup du huitième film de Nicolas Winding Refn, réalisateur danois qui s’était déjà fait remarquer avec la trilogie Pusher ou Le guerrier silencieux, présenté à Venise il y a deux ans. Inspiré par le roman de James Sallis également intitulé Drive, il se lance ici avec un plaisir visible dans le film noir, avec grosses voitures, méchants mafieux et Los Angeles immense et noire en toile de fond. Son héros est un bon gars, qui bosse comme garagiste et fait parfois quelques cascades en bagnole pour le cinéma. Il est ému par les enfants et aime bien protéger les mères, surtout quand elles sont blondes et fragiles comme Carey Mulligan. Mais la nuit, il sert de chauffeur pour des courses un peu particulières, et, quand il faut, il sait se servir de ses poings, malgré sa gueule d’ange…

Le genre est inépuisable, et Refn a visiblement l’ambition de le renouveler pour le faire entrer avec fracas dans les années dix. Pour ça, il revient sur l’époque à la mode, les années quatre-vingt, en emprunte la musique sombre et les couleurs pétantes, et passe tout ça à la moulinette numérique, pour des lumières retravaillées et lisses, fluides, qui semblent pompées sur Chris Doyle (le chef-op de Wong Kar-Wai, notamment), des ralentis superbes (un baiser dans l’ascenseur, scène centrale, remarquablement chorégraphiée), et des plans hallucinants sur la ville la nuit. Los Angeles, cadre idéal pour qui aime conduire (puisque ce n’est pas possible de faire autrement, autant se faire plaisir, non ?) offre des cadres à la fois attendus et réjouissants, le soleil écrasant de la Californie, les diners un peu glauques, et l’industrie du cinéma, usine à rêves, source d’action brillamment exploitée dans un final osé.

Forcément, misant sur l’excès comme coeur de son esthétique, Refn est sur un fil. Mais il l’assume d’un bout à l’autre et manipule les codes avec amour et intelligence. Alors, malgré quelques doutes parfois (n’est-ce pas un peu vain, ce déballage visuel ? Question qui reste ponctuelle), on est vraiment content de découvrir ce film en compétition. Comme beaucoup d’autres dans la sélection, il fait une vraie proposition de cinéma, pas parfaite, mais assez pour voir qu’à Hollywood et ailleurs ça bouge dans tous les sens. Et puis on découvre un grand acteur, qui plus est über-sexy, Ryan Gosling, déjà nominé aux Oscars pour son rôle dans Half Nelson. On rappelle que le jury est présidé par un certain Robert de Niro, qui s’y connaît en films noirs à voitures depuis Taxi Driver. Il devrait pour le moins être sensible à la performance du beau gosse, tout en retenue, pour un personnage subtil entre grand coeur tendre et tueur impitoyable.

Vous avez aimé cet article ? Partage le !

3 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Samedi 11 juin 2011
    Maxime a écrit :

    SVP Arrête de faire des chroniques cinéma et surtout ne te sent pas obligée de te recycler sur les chroniques musicales ( CF : article Villette sonique ). Merci

  2. 2
    le Samedi 11 juin 2011
    Salomé Hocht a écrit :

    Merci à toi pour ce commentaire fort constructif…

  3. 3
    le Mercredi 15 juin 2011
    stephane a écrit :

    il est très bien cet article, continue ;)

Réagissez à cet article