« Au Revoir » de Mohammad Rasoulof, cri silencieux de l’Iran

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On a déjà parlé de Jafar Panahi, cinéaste iranien actuellement assigné à résidence, à l’occasion de l’ouverture de la Quinzaine. Son compatriote Mohammad Rasoulof est lui sélectionné à Un Certain Regard, mais sous le coup d’une procédure judiciaire, il n’a pas pu se rendre à Cannes. Son film dit justement le confinement et les procédures kafkaïennes auxquels les Iraniens sont confrontés.

Thierry Frémaux l’a rappelée en introduction : la sélection de ce film, comme celle de celui de Panahi, est certes un geste politique, mais, aussi, et avant tout un choix artistique. Au Revoir, tourné avec peu de moyens et dans des conditions difficiles, parvient, peut-être d’ailleurs à cause de ces contraintes, à rendre compte du climat d’oppression et de silence qui imprègne Téhéran.

On suit le parcours de Noura, jeune avocate empêchée d’exercer pour avoir trop défendu les droits de l’homme. Son mari, bloggeur politique condamné à l’éloignement, préférerait pourtant rester en Iran. Mais pour Noura, “quand on est comme un étranger dans son propre pays, autant être un étranger a l’étranger”. Un passeur mystérieux la conseille, et lui enjoint de tomber enceinte pour accoucher hors d’Iran et faire ensuite venir son époux au nom du regroupement familial…

Bien sûr, elle doute, s’interroge sur ses choix, mais la n’est pas le plus important. On la voit être baladée de cabinets médicaux en bureaux administratifs, se heurtant toujours à des secrétaires méprisantes et à des silences inébranlables. La peur est quotidienne, les services secrets des visages familiers. Le film n’est fait presque que de ces dialogues de sourds, portes par une comédienne d’une grande force, Leyla Zareh.

Le numérique, qui donne cette image lisse, toujours bleutée, fut sans doute d’abord un choix économique, mais le réalisateur parvient à en tirer une force singulière : de même que l’oppression est constante, l’image est comme écrasée, sans profondeur, comme réduite a une expression minimale qui pourtant crie a chaque plan.

Après Offside, présenté à la Quinzaine, Jafar Panahi fera à nouveau briller son absence sur la Croisette avec Ceci n’est pas un film, œuvre au titre amèrement ironique d’un homme empêché d’exercer son métier. Mohammad Rasoulof, qui représente la génération suivante du cinéma iranien, ajoute avec Au Revoir sa contribution à l’appel au secours de l’Iran dont Cannes a choisi de se faire le porte-voix.

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1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 1 juin 2011
    Alice Koumurian a écrit :

    « Au revoir » de Mohammad Rasoulof sera projeté en avant-première le 8 juillet 2011 au Festival Résistances, festival international de cinéma engagé, qui se tiendra du 8 au 16 juillet 2011 à Foix.

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