« L’Apollonide », maison close, film-monde.

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Bonello signe un film slendide et triste, qui à partir d’une maison close dit la faiblesse de l’humanité.

Souvenirs de la maison close”: le sous-titre indique déjà qu’à partir d’un cas particulier, Bonello veut faire oeuvre d’archéologue d’un monde disparu, les bordels du tournant du siècle et ce qu’ils charrient de sentiments réprimés, de perversions, de sensualité et d’amitiés incertaines. L’Apollonide est un film crépusculaire, d’abord parce qu’il se situe dans un lieu en passe de disparaître, mais aussi parce qu’il reprend de la fin du XIXème siècle non le positivisme plus ou moins optimiste des études naturalistes (dont les prostituées sont un sujet privilégié), mais le décadentisme esthétisant et cynique, qui sied aussi bien à ce début de XXIème siècle où la pose dandyste pallie au manque de vision pour un futur qui a le goût de l’inutile et du déjà-vu.

Le huis-clos permet un ballet réglé au millimètre de filles tristes aux masques gais, entre la toilette, les clients, les dettes et l’amour. Et dans ce lieu fermé, où les hommes se retirent pour échapper aux règles du monde, où les femmes sont soustraites à la marche du siècle, ce sont tous les sentiments humains qui se bousculent, poussés à leurs extrêmes par le confinement: espoirs déçus, amours vidés de sens, pulsions morbides, rires ravageurs. Bonello a réussi à créer avec ses comédiennes une famille précaire et dysfonctionnelle, où chacune s’impose avec grâce et amertume: Adèle Haenel, découverte par Céline Sciama pour La Naissance des Pieuvres, Hafsia Herzi, césarisée pour La Graine et le Mulet, l’italienne Jasmine Trinca, et Noémie Lvovsky superbe en mère maquerelle au bord de l’engloutissement.

Pour cette danse funèbre, Bertrand Bonello a composé lui-même une musique dont la précision et la beauté égalent celles de sa mise-en-scène, avec quelques pauses blues, qui pourraient être bêtement anachroniques mais se fondent dans la couleur du film, celle du crépuscule du siècle, peu importe quel siècle.

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