« Restless »: les fantômes graciles de Gus Van Sant

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Restless : un adjectif qui pourrait bien aller à Gus Van Sant, prolifique et habitué de la Croisette. On le retrouve cette fois en ouverture de la sélection Un Certain Regard pour un film humble, poétique et troublant. Car on est loin des expérimentations formelles d’Elephant ou Paranoid Park - ce que certains regretteront peut-être, même si c’est aussi, finalement, une expérience pour l’auteur que de choisir une narration plus linéaire tout en sachant la tirer vers ces ambiances douces-amères un peu flottantes dont il a le secret.

Restless, c’est d’abord une rencontre entre deux jeunes premiers, Mia Wasilowska (l’Alice de Tim Burton) en garçon manqué blond, et Henry Hopper, fils de Dennis, dans son tout premier rôle. D’abord on s’inquiète : ces visages-là sont trop lisses, trop purs, des visages de mannequins, de pub Chanel. Et pourtant, on sait très bien que chez Van Sant le lisse, esthétiquement, est aussi une éthique – cette façon de toucher avec délicatesse les peaux des jeunes gens, pour en rendre la transparence fragile. Et qui permet de ne pas tomber dans le pathos, tout en prenant pour sujet une histoire sacrément casse-gueule : Enoch, en rupture avec le lycée depuis la mort brutale de ses parents, fréquente les enterrements pour s’amuser et son seul ami est le fantôme d’un kamikaze de la deuxième guerre mondiale. Annie est en train de mourir d’une tumeur au cerveau. Ils se rencontrent, ils s’aiment, elle meure, il reste.

Leur drôle de ballet est celui d’un triste chassé-croisé, où lui revient à la vie tandis qu’elle s’efface doucement. C’est souvent drôle, parce qu’Annie arrache Enoch à la morbidité comme elle arrache le spectateur à la tentation de trop la pleurer. Le début, c’est sûr, rappelle le fameux Harold et Maude, source d’inspiration indéniable, mais Restless ne choisit pas non plus la franche comédie. Plus dans la sensibilité que dans la sensiblerie, les deux comédiens forment un couple extrêmement touchant, dont la grâce irradie, rendue par ces lumières douces et ces tons pastels, si fantômatiques, justement. Car les fantômes existent ; ils sont susceptibles parfois, en doute souvent, et font des amis à la vie à la mort, pour ceux qui peuvent les voir, ceux qui ont, à un moment, tutoyé la mort.

Histoire d’une renaissance et d’une disparition, Restless, sur la corde raide, confirme s’il en était besoin la maîtrise d’un auteur qui sait rendre avec tendresse les hésitations de l’adolescence, entre Eros, la vie et l’amour, et Thanatos, la mort et l’amour.

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