Cannes 2011 : La rose pourpre de Paris

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Cannes, ce n’est pas qu’au Festival – et inversement. Certains films des diverses sélections sortent simultanément de derrière le tapis rouge et dans tous les autres salles de France. C’est par exemple le cas de Minuit à Paris, le dernier film de Monsieur Woody Allen, présenté Hors Compétition.

Woody Allen est un de ce que l’on appelle les « habitués » du Festival de Cannes. Minuit à Paris est le onzième film qu’il présente sur la Croisette, mais le New-Yorkais se refuse toujours à la Compétition. Pour son nouvel opus, il pose enfin ses caméras à Paris, ville « magique » et « romantique » par excellence, après avoir filmé Londres (le bancal Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu) et Barcelone (le sexy Vicky Cristina Barcelona) avant d’aller tourner cet été une comédie à Rome en compagnie d’Ellen Page, Jesse Eisenberg, Penelope Cruz et l’immense Roberto Benigni (The Wrong Picture). Mais qu’est-ce que Paris pour Woody Allen ?

Il serait blasphématoire (les mots sont pesés) de narrer l’intrigue de Minuit à Paris. Il n’en sera donc qu’un minimum question. Comme à son habitude, le décor a son importance ici, et dans son film, c’est bien la ville qui a le premier rôle. Certes, le Paris allenien est empli de clichés, de son romantisme romanesque à sa prétendue aura créatrice, mais bien qu’on échappe aux bérets et baguettes sous le bras, tous ces stéréotypes sont pour le mieux intégrés dans le film d’Allen, qui en fait la souche même de son histoire. Gil (Owen Wilson, ici double californien du New-Yorkais), en transit quelques jours dans la capitale, a une vision plus que fantasmée de Paris et des parisiens, et c’est de ce fantasme là – entre autres propagé par le cinéma lui-même – que le réalisateur imprègne son film. C’est donc un voyage non pas à travers Paris que nous connaissons qu’Allen nous propose, mais à travers son Paris à lui, celui dont le cinéaste rêve depuis longtemps. Ne vous attendez pas à reconnaître le Pont Alexandre III, les puces de Saint-Ouen ou encore le Musée de l’Orangerie tels que vous pourriez les voir tous les jours. Ça y ressemble dans la forme, mais chez Woody Allen, c’est Paris fantasmé, Paris halluciné, Paris rêvé mais pari gagné.

Parce que oui, au final, ce soixante-quatrième Festival de Cannes commence bien, très bien même. Minuit à Paris est le meilleur Woody Allen depuis Match Point ou Anything Else – La vie et tout le reste. S’il n’atteint pas les sommets que peuvent être Manhattan, Zelig ou La Rose pourpre du Caire, c’est à ce dernier que sa ballade parisienne fait le plus penser. Si son Paris 2011 n’a pas le charme et la volupté du New-York des années 30, Allen semblerait presque rajeunir à son contact, pour le plus grand plaisir des yeux et des zygomatiques. Malgré ses soixante quinze ans, il prouve ici qu’il peut encore faire des étincelles – l’année même où Eastwood s’essoufflait dans l’Au-delà… Toujours la même extrême maitrise du cadre et de la lumière (il refait appel au génial chef opérateur Darius Khondji, avec qui il avait déjà travaillé sur Anything Else, et à qui ont doit entre autres les lumières de My Blueberry Night, Delicatessen ou Seven), la même lucidité dans le choix des partitions (entre le retro-parigot ou le jazzy golden-age), le même verbe piqué et jouissif, ou une direction d’acteurs subtile et efficace.

Tous les rôles, principaux ou seconds, sont justes. En premier lieu, le parait-il méconnu Owen Wilson, fidèle acolyte de Ben Stiller ou Wes Anderson, « l’un des plus grands acteurs comiques car il est crédible, beau et béni par un grand sens de l’humour », juste et drôle, sensible et touchant, et qui s’offre le luxe de se démarquer du stéréotype du mâle allenien. Rachel McAdams en fiancée manipulatrice, l’excellent Michael Sheen en pédant parfait, Marion Cotillard dans un de ses plus beaux rôles, la découverte Tom Hiddleston (Loki, dans Thor, c’était lui), le méconnu Corey Stoll ou la belle Léa Seydoux qu’Allen filme plus qu’amoureusement dans un de ses plus beaux plans de sa carrière. Une mention spéciale à Adrien Brody, qui décidément, après The Darjelling Limited, se révèle d’un don exquis pour la comédie, ou notre Gad Elmaleh national dans un rôle plus proche de Groucho Marx que Chouchou – ce qui est positif.

Au final, Minuit à Paris n’est pas qu’un cri d’amour à la capitale française. C’est un cri d’amour tout court. Bien des âmes romantiques et mélancoliques crieraient avec lui. Et en attendant de pouvoir pousser d’autres jouissives clameurs – Tree of Life, The Artist, Drive… entre autres – et puisqu’on ne peut rien dire sur l’intrigue du Allen, un conseil : courrez-y. Le Festival commence bien, très très bien.

 

Post-scriptum : ce fut un plaisir d’écrire un papier sur ce film sans parler de Carla Bruni, qui, au final, s’en sort plus qu’honorablement.

En savoir +

Midnight in Paris, de Woody Allen

Film d’Ouverture du Soixante-Quatrième Festival de Cannes, présenté Hors Compétition

Avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Michael Sheen, Adrien Brody

Durée : 1h34

Sortie le 11 Mai 2011

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: Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 4 octobre 2011
    lauraoza a écrit :

    En effet, le film a de très belles images, et c’est un Paris sublimé que W.Allen nous présente. Pour autant, prendre Paris pour cible, c’est forcément visé juste.
    L’histoire en elle-même m’a lassée, au point de regarder l’heure de temps en temps. J’ai préféré des films plus poignant du type Match Point, que ce film qui n’est qu’une ode à une des plus belles villes du Monde (facile).
    Je ne manquerai pas son prochain film, car cela reste quand même Woody Allen !

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