BIFFF 2012 – Shuffle : L’homme sans âges

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Le cinéma a toujours été un foyer de maladies étranges toutes plus handicapantes les unes des autres. Parfois c'est cool, comme dans le Cashback de Sean Ellis où le héros arrive à stopper le temps pour tromper son insomnie, parfois cela l’est beaucoup moins, comme dans Memento de Christopher Nolan où lorsque le ciboulot déconne notre corps se transforme en post-it géant.

Au rayon des maladies cinés, la narcolepsie de Shuffle fait preuve quant à elle d’une certaine originalité.

Lovell Milo a un problème et pas des moindres puisqu’à peine endormi il se réveille à un autre moment de son existence. Imaginez que vous fermiez vos yeux de trentenaire pour les rouvrir vingt ans plus tôt. Plutôt compliqué donc, de s’acharner à bâtir une carrière de photographe, lorsque l’on est soi-même incapable de figer le temps.

Un antagonisme charmant qui pose des bases plaisante à cette curiosité indépendante. Teinté d’humour lors de ses premières séquences, le film nous présente son héros expliquant les rouages de son existence et le dédale temporel qu’elle représente. Petit à petit, la logique s’affirme et installe l’ensemble de ces personnages dans ce labyrinthe complexe. La maladie de Lovell lui permettant de sauver une vie et une seule, le film développe un scénario malin, mais quelque peu convenu de « thriller » temporel, même si le mot n’est pas le plus adéquat. Jouant en grande partie sur la force de son concept, le film de Kurt Kuenne brasse les cartes d’un scénario assez intelligent pour ne pas trop ennuyer le spectateur, même si la fin essuie certaines longueurs, la faute à un diagnostic arrivant quelque minute (trop) tôt.

Lentement, la mise en scène de Kuenne fait basculer le film indépendant et rigolard des premières minutes vers une douce torpeur amoureuse qui s’alourdit bêtement sur la fin. La romance nous y est servie par un noir et blanc légèrement bleuté, un montage intelligemment géré et une musique de plus en plus lyrique. Bien sûr rien de tout cela n’est révolutionnaire, mais l’ensemble est relativement bien orchestré pour se laisser surprendre par la narration et Shuffle se regarde non sans plaisir.

Ce premier film de la compétition 7e Orbite (de cheval), se vaut comme une habile curiosité qui s’appuie sur une idée forte et originale, mais dont l’intrigue souffre de quelques défauts. On saluera cependant l’incarnation toute en justesse de TJ Thyne qui campe ce voyageur temporel avec une jolie crédibilité à chacun des âges incarnés.

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: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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