BIFFF 2012 – Killer Joe : Famille je vous hais !

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En 1973, William Friedkin était à l'origine de l'une des plus grandes trouilles cinématographiques que les salles obscures ait connu. L'Exorciste a terrorisé on ne sait combien de générations de spectateurs devenant le film culte qu'il est aujourd'hui. Alors forcément, quand monsieur arrive au BIFFF, il est accueilli par une salle comble, surexcitée où certains le vénèrent comme un pape, instigateur de leur goût tant prononcé pour la série B.

Venu en personne présenter son dernier-né, Friedkin donne l’image d’un cinéaste amusant, connaissant pleinement la qualité de son cinéma et ne cherchant surtout pas à le surestimer. C’est même quelque part une fierté dans sa bouche quand il revendique des films de genre que la critique n’apprécie pas plus que ça et que la commission de censure cherche à remonter. Pourtant c’est tout l’intérêt de son cinéma : violent, gratuit, absurde et aberrant.

Collant parfaitement bien à cette définition, Killer Joe se veut comme une comédie dramatique sombre et lugubre avec personnages malsains et situations insupportables. Chris est un jeune homme fougueux, sûr de lui et fatalement énervant. Afin de rembourser une dette auprès d’un truand local, il échafaude un plan avec son père et sa belle-mère pour zigouiller sa génitrice et empocher son assurance vie dont sa sœur est la seule bénéficiaire. Le gain est estimé à 50 000 dollars et pour les formalités on s’arrangera plus tard. Comme tout ce beau monde fait figure de péteux pas vraiment fute-fute made in Texas, il décide de confier le contrat à Killer Joe Cooper, flic et bon samaritain, accessoirement tueur à gage pour arrondir ses fins de mois.

Même si l’ensemble est assez conventionnel, la dernière réalisation de Friedkin tire toute sa singularité de son personnage principal. Son cow-boy, au premier abord doux et sexy, se révèle être en réalité un sadique pervers et dérangé campé par un Matthew McConaughey incontestablement ravi de l’incarner. Le comédien se délecte de sa perversité et en fait sortir le meilleur, provoquant une certaine complicité avec le spectateur, notamment dans le dernier quart heure, pur régal malsain de cruauté et de sadisme. L’autre comédien qui tire son épingle du jeu, c’est Thomas Haden Church, un nom inconnu mais une gueule caractéristique que l’on a déjà croisée dans Spider-Man 3 entre autres (l’homme de sable, c’était lui). Avec sa gueule cassée, il campe un père de famille indigne, macho et lâche, qui, malgré la force physique qu’il dégage, s’écrase comme une merde devant la cruauté de son invité. A noter que les séquences opposant les deux comédiens donnent lieu aux meilleurs moments du film tant les personnages sont décalés l’un par rapport à l’autre.

Globalement le film de Friedkin se veut comme une comédie noire, délicieusement perverse sans pour autant être un sommet du genre. On retiendra quand même quelques séquences d’anthologie : un dépucelage pas franchement romantique, une fellation sur un Crispy Tender de KFC et un twist finalement scotchant.

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: Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

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