Journal fictif d’Andy Warhol – Jérôme Attal

par Arno Mothra|
Il est de ces auteurs, aussi modernes que rétrogrades, réussissant à vous transporter avec eux dans la valse effrénée des mots couchés sur papier, peu importe le contexte, peu importe le format, le nombre de pages renfermant la danse. Indéniablement, Jérôme Attal est de ceux-là, même lorsqu’il dévie de son champ d’action principal et que le livre présenté se déploie comme un roman sans vraiment s’y apparenter.

cover_mini2_copie Journal fictif d’Andy Warhol pastiche avec dérision et pudeur le quotidien dudit personnage, principalement sur l’année 1986. Pour qui ne connaît pas le Journal d’ Andy Warhol (plus de 700 pages, quand même), Jérôme Attal s’amuse à aménager dans son propre ouvrage une personnalité ambiguë au narrateur, d’apparence assez cynique et sarcastique, jusqu’à la découverte de la nouvelle Jeunesse du héros, métaphysique des obsessions de l’artiste, subodorant toujours une mode à travers des idées naïves et touchantes. Jérôme Attal se permet même une réflexion désabusée sous forme de conclusion dans la dernière page du journal, datée du 15 janvier 1987 (soit un mois avant le décès du peintre).

À travers ce petit livre, au format original et à la couverture croquée par Jean-Charles de Castelbajac, l’écrivain livre une vision peu hermétique d’une communauté (déjà) en mal de sensations. Tout passe au scalpel : consumérisme, perversion de la société (télé-réalité, revues superficielles pour vicieux en tout genre), jungle des starlettes renouvelées et renouvelables, succédanés des sentiments. Observateur plus ouvert au monde qui l’entoure et moins désenchanté qu’à l’accoutumée, Jérôme Attal se porte vers un exercice de style assez différent de ses précédentes publications, plus direct, sans néanmoins se détacher, par le biais de furtifs clins d’oeil, de ses propres doutes et angoisses.

En atteste cet extrait du 11 janvier 1986 : « Bien sûr, ça n’a rien à voir, c’est tellement passionnant d’avoir tous ces gens toute la journée, tellement inspirant, c’est comme tourner les pages d’un magazine, mais en réalité. Je crois qu’au bout du compte, la vie est comme un magazine parfait, avec tous ces gens qui passent dans votre vie, comme des pages volantes, et à la fin de sa vie, ça devient juste un beau magazine à poser sur la table après une journée passée à travailler. »

Journal fictif d’Andy Warhol se savoure d’une traite, plusieurs fois de suite, afin de s’imbiber de toutes les richesses, aussi discrètes que subtiles, distillées par l’auteur du Garçon qui dessinait des soleils noirs, sorti l’année dernière. Mélancolique, percutant, nostalgique, mais farouchement ancré dans son époque, Jérôme Attal réussit à condenser en un seul livre ce qui forge l’intérêt et la puissance d’une pléthore de décodages. Avec ce Journal fictif, il ne déroge toujours pas à sa règle. Une lecture intense, vivante, qui porte à réfléchir sur soi et sur notre société de consommation. Comme d’habitude : absolument indispensable.

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Journal fictif d’Andy Warhol suivi de Jeunesse du héros, Jérôme Attal, Stéphane Million Editeur, 2009, 88 pages

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 8 mars 2009
    Lou a écrit :

    C’est très fort ce qu’il a réussi Attal avec ce journal. D’une grande intelligence, subtil, vif, humain et très drôle en plus. Il m’a complètement épaté sur ce coup là.

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