TRON Legacy : ctrl, alt, suppr.

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Après avoir révolutionné les effets spéciaux au cinéma en 1982 avec Tron, Disney prend le pari fou de reproduire l'exploit d'antan avec une suite qu'on n’attendait plus. Vingt-neuf ans, deux heures et 200 millions de dollars plus tard qu'en est t-il de cette première grosse production de 2011 ?

Il y a trente ans, Tron, l’une des nombreuses petites mièvreries de Disney, révolutionnait le cinéma en étant le premier film à utiliser l’animation par imagerie numérique. Devenant au fil des années le film culte et emblématique de l’ère numérique, Tron version 1.0 trouvait sa place dans l’histoire du cinéma davantage par ses prouesses techniques que par la qualité de son récit. Les années passent, les technologies évoluent et l’image de synthèse devient rapidement un standard hollywoodien. Les années 90 mettent au point, plus ou moins habilement, le recours aux effets spéciaux et les années 2000 jouent la carte du « on en fout partout et puis c’est tout ». Alors, forcément, quant arrivent les années 2010 et qu’on a gavé le cinéma de ces saloperies numériques, on a l’air un peu con quant on présente un énième blockbuster qui n’a que ses effets spéciaux en gage de qualité.

Mais heureusement pour nous, petits consommateurs, ils ont trouvé un palliatif qu’ils nous mettent à toutes les sauces depuis maintenant un an : la révolutionnaire 3D. Alors, oui la 3D est révolutionnaire sur le plan technique et indiscutablement sur le plan commercial (les premières diffusions 3D au ciné ça date de 70 et c’était calamiteux), mais à l’heure actuelle l’utilisation cinématographique du procédé reste cantonnée à une approche divertissante qui fait passer le Futuroscope pour un musée préhistorique. Plus de la moitié des films 3D sortis en salle depuis plus d’un an le sont parce qu’ils ont été gonflés (comprenez tournés en 2D et bidouillés pour être diffusés en 3D), afin de mettre en avant la richesse des effets spéciaux et ainsi masquer la pauvreté des scénarios (mention spéciale à Alice de Tim Burton). Dans ce contexte culturel et industriel, Disney débarque et pense se faire l’âme de la nouvelle révolution cinématographique en proposant son premier film tourné mais également pensé en 3D et prétendant à une véritable utilisation artistique, et comme c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, on prépare pour l’occasion la suite du film qui a rendu tout ça possible, le bien nommé Tron Legacy.

Alors on est forcé de constater que la révolution tant annoncée fait l’effet d’un pétard mouillé dès la première seconde du film. Non pas que la technologie ne soit pas à la hauteur de l’attente mais juste parce que les producteurs ont eu la bonne idée de nous faire croire (et de nous dire) que la 3D était ici véritablement utilisée à des fins artistiques. Avant que l’histoire commence, on a tout le loisir de lire un carton reprenant la typographie du titre pour nous informer que le film est constitué d’images en 3D mais également d’images en 2D et donc qu’on est prié de garder nos lunettes même pendant la diffusion de celles-ci… « Wouah, on arrive encore à faire des plans sans avoir recours à la 3D, mais c’est génial et en plus on peut mélanger les deux techniques, super !? » Alors pour expliquer toute l’originalité de cette mise en garde, il faut savoir que Tron Legacy alterne son récit entre monde réel et monde virtuel et donc que le réalisateur s’est dit que se serait sympa de faire la distinction entre les deux univers en attribuant la 2D au premier et la 3D au second. Voyer ici toute l’originalité des partis pris de mise en scène.


Les partis-pris de mise en scène, justement : Tron Legacy c’est la foire au plagiat, des séquences, aux personnages en passant par certains objets, le film pompe allègrement le cinéma de S.F pour prétendre à l’originalité, mais en vain. Premièrement, on fait le copier/coller des séquences clefs du premier opus : les motos, la bataille de disques, le train (mais pas la belote basque). Deuxièmement, on s’appuie sur Matrix Reloaded et le Mérovingien pour créer Castor, personnage entre deux eaux qui gère son business depuis une boitevolon de nuit. Troisièmement, on reconnaît, plus ou moins, des emprunts à l’univers de George Lucas dont les sabres lasers et autres X-wings semblent avoir été la source d’inspiration des designers du film. De même vous aurez tout le loisir d’assister à la révélation la plus énorme de tout l’histoire du cinéma, celle du méchant qui apprend au héros qu’il n’est pas son père (je vous assure que c’est dans le film : « I’m NOT your father »). On a vraiment le sentiment d’être pris pour un con. Au lieu de débourser des millions de dollars dans des effets spéciaux et une technologie qui ne sert à rien, Hollywood devrait sérieusement commencer à s’offrir des scénaristes et des cinéastes qui valent le coup. Avec ce qu’on voit sur la toile, ce ne sont pas les talents qui manques.

Pour résumer grossièrement le scénario : on assiste à la lutte du bien contre le mal à la sauce langage binaire. Les gentils, en bleu, sont guidés par un vieux monsieur barbu qui vit dans un appartement décoré par Valérie Damidot et sponsorisé par les néons Phillips, tandis que les méchants, en rouge, vivent dans une cité obscure dirigée par un tyran qui a massacré toute forme de vie et dont le seul loisir est d’assister à un tournoi de gladiateurs numériques. Afin d’établir un équilibre dans ce monde qui aurait pu être si parfait, on parachute alors le fils unique du vieux monsieur pour sauver ce qui reste de vie dans un univers qui ne s’y prête pas. C’est risible et aussi ennuyant que la défragmentation de Windows. On passera sur les séquences d’une banalité consternante (le lever de soleil final) et sur l’humour inexistant même au second degré (toujours le lever de soleil final).

Alors on peut penser que la mise en scène sauve un minimum ce super jeu vidéo auquel on ne joue pas, mais malheureusement le cinéaste, aussi plein de bonne volonté soit-il, ne semble pas avoir le cœur à l’ouvrage. On ne va pas se leurrer, si on va voir Tron Legacy, c’est pour en prendre plein les mirettes en matière d’effets spéciaux et pas vraiment pour se prendre la tête. Mais même pour en mettre plein la vue, il faut un minimum de talent et d’audace et n’est pas James Cameron qui veut. Joseph Kosinski, le tâcheron responsable de cette médiocrité cinématographique, aurait dû suggérer à Disney de se faire la main sur un autre film avant d’attaquer plein feu sa carrière sur un gros morceau comme Tron. Pour présenter le bonhomme, c’est un publicitaire, infographiste pour Nike, Chevrolet et Hummer qui est également concepteur de vidéos promotionnelles dans le jeu vidéo. L’une de ses seules gloires est tout de même le prix des meilleurs effets visuels pour la bande annonce du jeux Gear of War en 2007, c’est dire le CV du réalisateur. Forcément la mise en scène pèche un peu. Certes c’est bien filmé, les décors sont sympa, les effets spéciaux maîtrisés mais le tout a du mal à prendre vie et à nous emmener dans l’univers du film, malgré la 3D immersive.

La seule bonne surprise du film, finalement, est sa bande originale. Les Frenchies de Daft Punk ont pondu une BO radicalement efficace qui vous permet de tenir éveillé pendant les deux longues heures du film. Malheureusement le métrage ne rend pas justice à la qualité de la bande son et on en vient même à espérer que la musique soit reprise plus tard dans un autre long métrage de meilleure facture. En fin de compte, au vu de l’ensemble que constitue Tron Legacy, on en vient à penser qu’on est en face d’une grosse promotion pour le nouvel album des rois de l’électro, et, honnêtement, les frais de succession de ce Tron Legacy s’élevant à huit euros la place avec le supplément lunettes et 3D, ça fait un peu cher la publicité.

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Tron Legacy

De Joseph Kosinski
Avec : Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde
Sortie France : le 09 février 2011

A propos de l'auteur

Image de : Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

4 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 7 février 2011
    Cine-emotions a écrit :

    Plutôt d’accord avec ce qui est dit, même la prouesse technique du film est indéniable, car elle reste fondamentalement dans la même lignée de forme (très carré et rectangle) du premier opus.

    Par contre, l’énorme faiblesse du film reste son scénario au ras des pâquerettes !

  2. 2
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Lundi 7 février 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    J’aurai pas dis mieux. Déçu par contre que tu ne parles pas des costumes-néons du film (pour un total de 13 millions de dollars), du pathétique jeu de l’acteur principal (le Robert Pattison de Twilight n’est pas si mauvais, au final), etc.

    Il y a d’autres choses pas mal mise à part les Daft Punk : le cameo de Cillian Murphy (certaines sources internes à discordance me disent qu’il serait le probable méchant du probable prochain Tron), ou Jeff Bridges rajeuni en Clu. Mais ça fait toujours pas un film, tous ça.

  3. 3
    le Lundi 7 février 2011
    Sam a écrit :

    « C’est risible et aussi ennuyant que la défragmentation de Windows. On passera sur les séquences d’une banalité consternante (le lever de soleil final) et sur l’humour inexistant même au second degré (toujours le lever de soleil final). » = HAHAHA! J’adore!

    Bon sinon je crois que tout est dit. Sauf que la BO de Daft Punk, dans le genre insipide, elle reste cohérente avec le film. Si quelqu’un va voir Tron, je lui conseillerais de partir après Cillian Murphy. Parce qu’il n’y aura plus rien à voir. Pour Olivia Wilde, il y a toujours Google Images.

  4. 4
    le Lundi 21 février 2011
    aldjuan a écrit :

    Très bonne article et pourtant j’aime la 3D, mais quand la technique prend toute la place…

    Cà fait penser à la brasserie du coin, ambiance néon ! ils devraient distribuer des jambons beurres en salles…

    je n’ai pas vu le film la bande annonce ma suffit.

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