Le Rouge et le bleu – Jérôme Attal

par Arno Mothra|
Ou comment les chansons des Beatles infusent dans l'existence : le sous-titre du nouveau livre de Jérôme Attal annonce directement la (troisième) couleur. En n'appréciant que très partiellement l'oeuvre des Beatles, c'est avec une certaine appréhension que l'on dégrafe, la première fois, le chemisier de ce fin corps de mots pour s'offrir à sa peau.

51vtfvodp3l-_ss500_Dès les premières lignes, le cliché se fêle et le doute s’envole : ce ne sera ni un roman, ni une énième biographie minable et mercantile sur le plus influent des groupes de rock. On ne tergiversera pas sur les Beatles, on se contentera juste de s’émerveiller sur une leçon philosophique, chère à l’auteur, nourrie par l’essence du groupe. Une leçon humble, écrite avec finesse et émotion, et donc intéressante. Rien d’obsolète ni de racoleur.

« Courir après les gens qui nous quittent ou attendre qu’ils reviennent » ouvre ainsi le bal sur une rétrospective des sentiments et des sensations, tout particulièrement propres à l’enfance ; on sent immédiatement que l’auteur se servira de sa passion (entre autres) pour les Beatles afin d’approfondir ses sujets de prédilection : la musique, et l’amour. La quête de Soi et de l’Autre, cet autre que l’on idéalise et qui nous plonge parfois dans une profonde solitude, de par son intouchabilité.

Le récit débute donc sur l’oisiveté et la quête identitaire de l’adolescent, sur la magie qu’il ressentira à ses premiers émois, ses premières découvertes, avant la désillusion de l’âge adulte (évoquée notamment à la fin du livre). S’en suivra, au fil des pages, avec délice, toute une palette d’instants de vie : l’entrée dans le monde violent de l’adolescence avec la musique comme compagnon (qui lui aura fait découvrir la mélancolie), les échecs amoureux, les moqueries cruelles, l’apprentissage de la guitare, les prémices de Jérôme Attal (l’artiste, et plus pudiquement l’homme). La nostalgie fuse au gré des chapitres, puis le livre s’achève, presque brutalement.

A la deuxième lecture (encore plus percutante que la première), un autre sens s’impose de lui-même : cette succession de nouvelles ne constitue pas une véritable histoire, mais une réflexion personnelle sur la passion (quelle qu’elle soit) et l’influence de la musique sur nous-mêmes. La musique guide autant nos vies que la société dans laquelle nous sommes retenus prisonniers. La musique fait et défait différents groupes sociaux, la musique marginalise les individus, la passion musicale est comparable à la liaison amoureuse ; les chansons, au premier abord, nous sortent de la réalité et nous enferment dans un microcosme qui nous rassure. Au fil de leurres, elles ne font plus que nous accompagner, de loin, dans les épreuves quotidiennes de l’existence ; elles nous embrassent lorsque plus personne n’est là pour le faire.

Jérôme Attal aura cherché, au cours de ces 80 pages nées d’une richesse poétique éloquente, une réponse à ses sentiments, une présence qui ferait basculer la triste réalité, une main tendue et tiède au creux d’une autre. La peur de la solitude et de l’invisibilité. Avant de se faire rappeler à l’ordre : la passion ne perdure jamais, elle vieillit, et prend vite la poussière (constat fait, d’ailleurs, sur John Lennon au sein des Beatles pendant le récit).

Ce qui ne sera nullement, à n’en point douter, le destin de ce court mais très bel ouvrage qui mérite de s’y noyer.

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Le Rouge et le Bleu, Jérôme Attal, Éditions Le Mot et le reste, 2008, 80 pages.

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