Le garçon qui dessinait des soleils noirs – Jérôme Attal

par Arno Mothra|
Observateur désenchanté des amours déçues, et quelques mois seulement après la publication du marquant Le rouge et le bleu - court roman où l'auteur se servait de sa passion pour les Beatles pour dresser un portrait sur les désillusions adultes et adolescentes -, Jérôme Attal a marqué la rentrée littéraire avec Le garçon qui dessinait des soleils noirs, nouveau roman chez le jeune éditeur indépendant Stéphane Million .

print-copieBasile Green, chanteur de rock âgé de vingt-six ans, vagabonde en sa propre chute : alors que son premier album, quelques années en arrière, l’avait gratifié de succès, de filles de passage et d’excès en tous genres, ses derniers disques l’ont laissé s’engouffrer dans une indifférence quasi générale. La musique, autrefois essentielle à son équilibre, ne l’intéresse plus ; pire, elle le désole. L’inspiration et le sens n’existent plus.

Seule la passion ambiguë éprouvée pour Anika, jeune fille qui l’a abandonné brutalement, l’obsède au point de vivre par substitution vide, sans goût pour rien. Jusqu’au désoeuvrement intérieur : comment la retrouver ? Où ? Dans quel état ? De quelles appréhensions peut-il se border quant à des retrouvailles ? Pourquoi s’obstiner à (sur)vivre ? Bloqué dans l’improbabilité des rêves – sans véritablement en accepter les frontières – il erre, dans les rues, les clubs ou les cafés de Paris, à défier sa solitude et son désarroi. A se convaincre d’être physiquement en vie lorsqu’à l’intérieur, plus rien ne bat.

Par quelques clins d’oeil évasifs (la jeune Anika, le leader lassé par son propre groupe, la succession d’évènements primordiaux, la mélancolie, la mort), Jérôme Attal nous renvoie en premier lieu à feu Ian Curtis, leader charismatique de Joy Division, groupe phare du mouvement post-punk, mais également, et de manière encore plus discrète, à feu Kurt Cobain, de par l’étrange obsession de Basile, l’anti-héros, braquant son revolver contre ses propres photos. Rattaché solidement, avec toute l’ambivalence qu’il indispose, à l’anéantissement. L’anéantissement du Moi. Comme le suggère le titre du roman, Basile n’a jamais cru en la lumière du soleil (« Le soleil est artificiel »), ne croit plus en l’homme, ni en lui. Ses relations avec la gent féminine se sont régulièrement soldées par des échecs, plus ou moins distincts entre eux.

Indéniablement marqué au fer rouge par ce que lui aura légué son enfance, le romancier s’accorde, comme à l’accoutumée, une multitude de flashs renvoyant à nos années plus naïves (toujours naïves pour ses personnages principaux). Sans compter les décalages (et non anachronismes) entre les époques : car, comme l’atteste la référence à Harry Potter au cours du récit, Basile Green est un garçon de notre temps, malgré des parfums, des sensations, des loisirs qu’il s’obstine à préserver, mais qui n’ont pas réellement perduré. Le garçon qui dessinait des soleils noirs relate avant tout la difficulté de s’accepter lorsque l’on n’accepte plus l’environnement nous accueillant par défaut, lorsque les êtres qui construisent nos existences s’échappent, nous remettant aux mains parfois défectueuses du hasard, lorsque nos quêtes ne respirent plus, faute de questions et de réponses.

Prolifique à l’extrême sans jamais émacier sa qualité d’écriture, riche, obnubilée par la description de l’espace et des sentiments, Jérôme Attal, avec ce troisième roman en seulement un an, plonge encore plus le lecteur dans sa quête d’introspection, vivante, triste et aboutie. Une lecture intense pour une leçon de vie ludique et humble. Remarquable.

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En savoir +

Le garçon qui dessinait des soleils noirs (suivi de La nuit verte et La solitude exécutée ), Jérôme Attal, Stéphane Million Editeur, 2008, 208 pages
Le site de Jérôme Attal: http://jerome-attal.com/

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