La solitude de l’œuf – Caroline Ha Thuc

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La première séduction qui s'opère avec La solitude de l'oeuf de Caroline Ha Thuc, c'est la joliesse assez formelle de son livre. La photo d'une poupée abandonnée sur les feuilles pourrissantes d'une forêt en automne, un signet de ruban bleu incorporée à la tranche comme marque-pages et les en-tête de chapitres illustrées par Anne Van Der Linden, dont le trait rappelle les eaux-fortes du 19ème siècle. La solitude de l'oeuf a les atours du conte cruel et étrange, et pas seulement pour sa couverture.

solitude_wMarianne en a assez de Paris où elle travaille comme maquilleuse à la télévision. Pierre, son ami amoureux et attentionné ferait n’importe quoi pour suppléer à sa mélancolie rampante. Il ne lui reste plus que ça, car Marianne n’aime pas faire l’amour et préfère la douceur des sentiments aux passions de la chair. Pour lui changer les idées, Pierre répond à une annonce : on cherche un couple pour garder un musée de poupées en lisière d’une forêt. Quand ils prennent possession des lieux, Marianne et Pierre déchantent vite. En effet, Léontine et sa fille Lisa qui les accueillent, sont envahissantes et bizarres et Marianne, qui s’est mis en tête de faire un enfant est paradoxalement de plus en plus dégoûtée à l’idée de faire l’amour avec Jean.

Tout est fait pour suggérer la névrose, l’étouffement, l’idée qu’un étau se resserre lentement sur ce couple, qui dès son entrée dans le musée porte en soi les germes de sa chute. C’est ce que veut Caroline Ha Thuc, et elle n’y arrive jamais totalement. L’histoire s’enlise assez péniblement pendant une bonne centaine de pages dans une écriture laborieuse, qui avance à deux à l’heure et en calant sur de multiples cahots. Il lui faut plus de cent pages pour qu’enfin l’histoire prenne un peu son envol et fasse pénétrer le lecteur dans ce climat mi-rêve mi-cauchemar que suppose l’image de la poupée cassée, et sauve in extremis La solitude de l’oeuf d’un ennui qui envahit bien trop souvent le récit.

Cependant elle réussit à exprimer sans tomber dans l’exagération le désir d’enfant légèrement psychotique de Marianne, qui pense trouver un remède à sa dépression profonde en voulant à tout prix porter un enfant dans un corps qui semble n’être qu’une coquille vide. Ce sont ses meilleures pages. Dommage que le reste du roman ne suive pas.

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En savoir +

La solitude de l’oeuf Caroline Ha Thuc, Editions Ragage, 2006, 153 pages

Caroline Ha Thuc a également publié Après le bonheur aux Editions Ragage :
http://www.editions-ragage.com/index.html

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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