Cannes – 4e jour : Western, témoignage et fantasmagorie

par admin|
Le vent souffle fort, la fatigue commence à se faire sentir, et l’organisation du festival joue avec les nerfs de certains journalistes. Mais aujourd’hui, l’immense Alexandre Desplat offre sa Leçon de Musique, six ans après celle, inoubliable, qu’il avait donnée en compagnie de Jacques Audiard. Alors, on ne râle pas. Certaines expériences, certains souvenirs étant inénarrables tant ils sont personnels, place aux projections, entre prohibition, islamisme radical et imagination !

Lawless – John Hillcoat : Tom Hardy, ce héros

Un western à Cannes ?! Oui, mais un western qui opère une jolie fusion entre tradition et modernité.

Au milieu des nombreux longs métrages qui comptent sur la patience et la réflexion du festivalier impliqué, il y a Lawless et sa violence saisissante. À huit heures, après trois ou quatre heures de sommeil, ça réveille, ça captive. Les puristes du Festival de Cannes ne comprennent peut-être pas la présence du dernier film de John Hillcoat en sélection officielle. Pourtant, force est de constater que cet objet cinématographique est surprenant.

John Hillcoat (qui est, il faut le rappeler, Australien) propose un portrait de l’Amérique profonde durant la Prohibition. Scénarisé par un Nick Cave non dénué d’humour (à partir du roman Pour quelques gouttes d’alcool de Matt Bondurant, également protagoniste), ce western mélancolique se penche sur l’histoire de trois frères hors-la-loi (sans blague), mais intègres, droits.

Lawless verse beaucoup de sang, dévoile les seins de Jessica Chastain (ce qui ne manquera pas de ravir les spectateurs mâles) et bénéficie d’une bande son originale réussie (signée Nick Cave et Warren Ellis).

Mais l’une des qualités majeures du film, c’est l’interprétation de certains acteurs. Le casting était tape-à-l’œil, et quelques-uns n’ont pas été à la hauteur, comme l’insignifiante Mia Wasikowska et Guy Pierce, outrancier. Néanmoins, en plus du fabuleux Gary Oldman, de Shia Labeouf et de Jason Clarke, Tom Hardy continue d’exprimer ses talents de comédien. Nicolas Winding Refn lui avait judicieusement offert le rôle principal de Bronson ; il est admirable de grandeur en héros mutique dans Lawless ; et on l’attend impatiemment en méchant (Bane) dans The Dark Knight Rises de Christopher Nolan. Monumental.

Même s’il ne fait pas l’unanimité à Cannes, et qu’il ne séduira sans doute pas assez le jury, Lawless aura un certain succès chez les adeptes des salles obscures.

Les Chevaux de Dieu – Nabil Ayouch : C’est la première fois que je viens en ville !

Après Baad El Mawkeaa en compétition officielle, Les Chevaux de Dieu (UCR) se consacre aux aspects dramatiques récents du monde arabe. Témoigner est nécessaire, et l’intention de Nabil Ayouch est certes louable, mais l’importance d’un sujet ne fait pas un grand film.

Le 16 mai 2003, des attentats terroristes ont eu lieu à Casablanca. Le réalisateur Nabil Ayouch propose une libre adaptation de la période qui a précédé ces événements, ou comment des enfants d’un bidonville de Sidi Moumen sont devenus kamikazes.

La première partie est touchante, utile, puis, ça traîne jusqu’à l’issue connue (mais bien vue), toujours sans parti pris. Le réalisateur avait-il besoin de deux heures pour raconter cette histoire ? C’est agaçant cette manie qu’ont les cinéastes de croire qu’ils auront davantage de chance d’être sélectionnés en festival en gonflant la durée de leurs longs métrages, et/ou de penser, encore et toujours, que plus c’est long, plus c’est bon. On l’a déjà dit : c’est la manière qui compte.

Évidemment, l’accueil a été chaleureux. Un peu trop.

Antiviral – Brandon Cronenberg : Merci papa ?

Prise de température. Impossible de nier l’évidence : Brandon Cronenberg est bien le fils de son père, David. Heureusement, papa est talentueux. Malheureusement, Brandon s’est contenté d’essayer de copier son cinéma du début des années 1980, au lieu de s’en inspirer. En résulte un exercice de style intéressant parce qu’un peu décalé, mais anodin.

Syd March est un employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus cultivés sur la peau de célébrités à des fans obsédés. Le corps devient marchandise et, là, on ne peut s’empêcher de penser à une remarque de Jacques Audiard pendant la conférence de De rouille et d’os, à savoir qu’en temps de crise « il reste à vendre les corps ». Serait-ce donc ce qui attend l’humanité ? Le cannibalisme, le vampirisme et autre horreur en « isme » ?

Infecté par le virus ayant causé la mort d’une star, Syd doit élucider le mystère qui plane autour de cet événement avant d’arriver à la même fin tragique. Antiviral se concentre donc majoritairement sur son personnage principal, interprété par le magnétique Caleb Landry Jones. L’esthétisme que ce dernier incarne se retrouve techniquement dans les ralentis, les jeux de lumière et de reflets ; dans la mise en scène et la photographie léchées, en somme.

Avec Antiviral, le spectateur prend sa dose de cinéma, mais les effets s’estompent assez rapidement.

To be continued…

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