Bilan cinéma 2012, en attendant 2013

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Les années paires sont-elles synonymes d'une année pauvre cinématographiquement ? Peut-être. En attendant le cru 2013, qui semble en tout cas bien meilleur, la rédaction de Discordance revient sur certains films qui ont tout de même réussi à marquer l'année 2012.

TOP 10 des films 2012 par Arnaud C.

Top 2012 Arnaud C.

1. LA CHASSE de Thomas Vinterberg (Danemark)

Le film de l’année. Direction d’acteur époustouflante, maîtrise bluffante de la lumière, cadrage atypique… Vinterberg nous mène en bateau dans cet anti-Festen (sur tous points de vue). Le pire, c’est que c’est en plus très drôle, de cet humour nordique, entre le noir et le jaune. Mention spéciale au « couple » Mads Mikkelsen (47 ans) et Annika Wedderkopp (catégorie moins de 10 ans).

2.DE ROUILLE ET D’OS de Jacques Audiard (France)

La French big star face à l’inconnu belge, le tout filmé par un Audiard hors-les-murs, pour un mélodrame avoué sous le soleil de la Côte d’Azur. C’est dur, noir, fragile et salissant. Mais c’est aussi magnifique. Les fans du livre d’origine (un recueil de nouvelles du Canadien Craig Davidson, dont Audiard adapte et mélange deux nouvelles) crieront au scandale ; les autres n’ont qu’à se réjouir. Audiard est le plus grand cinéaste français en activité.

3. BELLFLOWER de Evan Glodell (Etats-Unis)

Pour filmer la fin du monde, on a trois solutions : la destruction massive, stupide et ridicule (voir 2012) ; la parodie (en attendant This is the End de Seth Rogen et The World’s End d’Egdar Wright) ; ou le pathos mélodramatique (regardez le merveilleux Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare, de Lorene Scafaria). Evan Glodell, pour son premier film, filme autre chose. À savoir une fin du monde qui n’arrive pas, et qui reste moins catastrophique que la perte d’un amour fou. Ou alors la destruction est le début d’une nouvelle ère, où Glodell (se) filme dans une des plus belles bromance.

4. AMOUR de Michael Haneke (France)

Que dire d’Amour ? La Palme d’Or est un film de contraste, entre le clair et l’obscur, le magnifié et le terrible. Jean-Louis Trintignant et Emmannuelle Riva y forme un couple crédible face à l’horrible constat d’une vie qui passe, dans un filmage d’Haneke au sommet de sa nouvelle carrière, celle du non-dit, du non-vu, du rien entendu. L’horreur n’est pas la même que celle du Septième Continent, de Benny’s Video ou de Funny Games. Mais elle reste horrible.

5. 21 JUMP STREET de Phil Lord, Chris Miller (États-Unis)

Accordons le fait qu’il y a aussi un peu de provoc à accoler 21 Jump Street à Amour et Cosmopolis. Mais redisons aussi que la comédie américaine contemporaine, emmenée par la bande à Apatow, la clique de Kevin Smith, les survivants du Frat Pack et les autres outsiders venus de la télé US, reste ce qu’il y a de plus jubilatoire dans ce cosmos hollywoodien, voire, régulièrement pour ne pas dire souvent, ce qu’il a de plus intéressant. Et 21 Jump Street, scénarisé par le trublion Jonah Hill, est l’une des meilleures stupidités qu’il nous a été offert de voir de ces dernières années.

6. COSMOPOLIS de David Cronenberg (France, Canada)

Le plus grand filmeur du corps (et ses travers) suit celui de l’adulescent adulé tout droit sorti des terribles Twilight, dans un road-movie statique et dégénéré. À travers les vitres de la limousine du richissime Eric Parker défile l’autre corps, celui d’une Grosse Pomme gangrenée d’une crise et bouffée de l’intérieur par des vers new-yorkais. Un très grand Cronenberg. Et la plus grande scène de touché rectal de l’histoire du cinéma.

7. BULLHEAD de Michael R. Roskam (Belgique)

Un film trouble et puissant, porté par les (impressionnantes) épaules de Mathias Schoenaerts – oui, le même type que chez Audiard. Un film à la première personne, qui fait mal, très mal (voire vraiment très très mal quand on est un homme). Un film qui casse, castagne, détruit tout sur son passage, mais le tout d’une façon étrangement douce. Un médicament dégueulasse qu’on est finalement bien content d’avoir pris.

8. FRANKENWEENIE de Tim Burton (États-Unis)

Qui, pour une large génération de « jeunes » cinéphiles, n’a pas été dressé au gothique et acide Tim Burton ? Qui, dans cette même génération, n’a pas été déçu par sa nouvelle tournure carriériste ? Sleepy Hollow, un de ses chefs d’œuvres, à plus de treize ans. Et que celui qui oserait dire que La planète des Singes, Charlie et la chocolaterie, Alice au pays des merveilles ou même Dark Shadows valent ses Batman (les meilleurs), Mars Attacks!, Ed Wood ou la pépite d’Edward aux mains d’argent se lève. Frankenweenie, c’est le retour aux sources. Le meilleur Burton depuis longtemps, donc. Et c’est suffisant pour être dans un top.

9. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson (Etats-Unis)

On peut être une comédie américaine sans parler de pénis. On peut être un film sur et avec des enfants sans être une niaiserie. On peut remettre des cheveux à Bruce Willis. Le film d’Anderson est la meilleure sucrerie à offrir en ces jours de fêtes. Sans risque d’indigestion. C’est délicieux.

10. DETACHMENT de Tony Kaye (États-Unis)

L’inaperçu de l’année. Le petit frère d’American History X souffre peut-être du statut de culte qu’aborde fièrement son prédécesseur, ce qui a peu perturbé ou détourné le public de Detachment. Pourtant il lui est nettement supérieur, et ça n’a rien à voir avec le fait qu’Adrien Brody est bien meilleur qu’Edward Norton. Mais cette histoire de prof perdu qui se retrouve au contact de ses têtes de cancres et d’une jeune prostituée a une portée plus grande et ambiguë que la rédemption du skinhead d’American History X. En attendant Attachment, sa « suite ».

Mentions spéciales « this is the end » : Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare de Lorene Scafaria Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin Take Shelter de Jeff Nichols

Mention spéciale WTF : La Cabane dans les bois de Drew Goddard

Mention spéciale « donne le pognon au bon type » : Skyfall de Sam Mendes

Mentions spéciales « déception » : Prometheus de Ridley Scott The Dark Knight Rises de Christopher Nolan à titre honorifique : Holy Motors de Leos Carax

Les oubliés de 2012 – en attendant les DVD : Wrong de Quentin Dupieux, Like someone in love d’Abbas Kiarostami, À perdre la raison de Joachim Lafosse, Oslo, 31 août de Joachim Trier, La désintégration de Philippe Faucon, Tabou de Miguel Gomes, The Plague Dogs de Martin Rosen (ressortie) et L’Odyssée de Pi d’Ang Lee.

 

TOP 5 des attentes de 2013 par Arnaud C.

Top 2013 Arnaud C.

1. DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino

Parce que c’est un Tarantino.

2. THIS IS 40 de Judd Apatow

Parce que c’est le type le plus drôle du moment.

3. THE LAST STAND de Kim Jee-woon

Hésitation entre « c’est Scharzy » ou « c’est KJW ».

4. STOKER de Park Chan-wook

Parce que Lady et Mister Vengeance.

5. THE MASTER de Paul Thomas Anderson

Parce que c’est quand même lui qui a réalisé Punch Drunk Love et There Will Be Blood

Ou alors, This is the end, The World’s End, Nymphomaniac, Snow Piercer, etc.

 

TOP 10 des films 2012 par Virgile

Top 2012 Virgile

1. HOLY MOTORS de Leos Carax (France)

Magistral, Leos Carax livre avec Holy Motors un film déroutant, mais résolument moderne, où le spectateur, mis en abyme dès la première scène, se retrouve baladé telle une marionnette, de saynète en saynète, avec pour seul fil d’Ariane une limousine, sorte de coulisse de la vie. Entre la prestation, multiple, hybride, de Denis Lavant, de délicieux apartés avec Kylie Minogue, qui va jusqu’à nous tirer une larme en poussant la chansonnette, ou encore la muette Eva Mendes, Holy Motors remporte haut la main le meilleur film de l’année, et celui, incontestable, de grand chef-d’œuvre du cinéma.

2. MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES de David Fincher (États-Unis)

Après une adaptation suédoise certes fidèle, mais fade, Fincher se lance à son tour dans l’univers de Stieg Larsson, avec brio. On a douté une petite seconde, car les Américains adaptant des livres étrangers, ça peut donner des horreurs, mais le doute s’envole dès les premières images du générique : Fincher a bel et bien tout compris au thriller suédois, et nous l’en remercions. Tout y est. Le suspense, la musique (chapeau bas à Mister Reznor), les acteurs (mention spéciale à Rooney Mara, sublime) qui font l’effort d’avoir tous un (léger) accent suédois. On peut revoir ce film sans s’en lasser une seule seconde, une belle réussite pour un challenge de taille.

3. DIAS DE GRACIA d’Everardo Gout (Mexique)

Ce film mexicain fait une apparition complètement inattendue dans ce top, un peu comme il s’est immiscé sur nos écrans cette année. Si le cinéma mexicain n’avait jusqu’à présent peu de représentants connus en Europe, mis à part Iñárritu (dont le cinéma perd son souffle depuis… Amours chiennes, c’est dire), en voici une bien belle relève. Complètement improbable, Dias de Gracia emmène le spectateur au fil de l’excitation fébrile de 3 Coupes de Monde de football, 2002, 2006, 2010, tandis que le pays, hors-la-loi pendant ces « jours de grâce » est mis à mal par le cartel de l’enlèvement. Plusieurs façons de survivre, un flic, un otage, et une certaine vision du bien et du mal. À voir.

4. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson (Etats-Unis)

L’Anderson nouveau est arrivé ! Dans toute sa superbe, le réalisateur livre une belle fable où tout s’inverse. Une ribambelle d’acteurs super connus, relégués dans de multiple seconds rôles désopilants, alors que le film est mené par 2 jeunes premiers jamais vus au cinéma auparavant. Un film dans lequel les adultes ont des comportements d’enfants, tandis que ces derniers sont les plus responsables. Comme à son habitude, les codes se mélangent, et à la fin, une seule envie, que tout se poursuive pour rester à jamais dans l’univers doux-amer de ce bon vieux Wes.

5. ROYAL AFFAIR de Nikolaj Arcel (Danemark)

On allait un peu à reculons voir ce film qui s’annonçait n’être que des histoires réchauffées de couchailleries d’un autre siècle, le tout en danois, s’il vous plaît. Et pourtant, que ce film est beau, intelligent et bien mené ! Sous couvert d’intrigue historique, on voit fleurir les idées des Lumières dans la cour du Danemark, où la reine et le médecin du roi succombent peut-être à leur passion, mais sur un plan tout d’abord intellectuel. Mené par l’interprétation de Mads Mikkelsen, formidable en médecin de cour, le film n’aurait pas été aussi beau s’il n’avait pas été soutenu par la caméra de Nikolaj Arcel, qui a décidément l’art du plan-choc – on se souviendra notamment de cette magnifique montée à l’échafaud, incroyable.

6. THE WE AND THE I de Michel Gondry (France)

Entre les murs dans un bus, pourrait-on dire. Si Michel Gondry revient à des choses simples, il en est d’autant plus touchant. Dans ce bus, c’est un mélange brut d’insolence, d’espoir, de méchanceté, avec toujours ce grain de folie sympathique propre à l’univers de Gondry. Ces élèves, complètement paumés à la veille des grandes vacances, vont s’écharper, rire, et vivre ensemble le temps d’un trajet un bus, où ils sont un « nous » avant de redevenir un « je » au moment même où ils en descendent. Une belle réussite.

7. SKYFALL de Sam Mendes (Royaume-Uni)

James Bond is back. Sam Mendes nous livre le meilleur épisode de la série depuis très longtemps, et on lui tire notre chapeau bas. Si on avait peur de l’arrivée aux commandes de Sam Mendes, excellent réalisateur, mais peut-être pas dans ce registre, la tournure qu’il a pourtant réussie à donner à ce James Bond est absolument à couper le souffle. Scénario simple, certes, mais efficace, avec un Daniel Craig en James Bond sur le retour, parfait. Un méchant délicieux, et tellement bien joué par un Javier Bardem magistral. Pointe de nostalgie, avec l’Aston Martin, la pique aux stylos explosifs. On aime.

8. LA TAUPE de Tomas Alfredson (Royaume-Uni)

La Taupe est typiquement ce genre de film qui fait penser à un lent jeu d’échecs, où les pions se positionnent au fur et à mesure où les uns et les autres avancent leur jeu, le tout dans un air mystérieux, presque brumeux, de la Guerre froide au Royaume-Uni. L’intrigue se dévoile, à la recherche d’un espion au cœur du MI6, alors que l’on rencontre, plan par plan, les principaux accusés. Tinker, Tailor, Soldier, Spy. Un vrai jeu de Cluedo, histoire de rester dans le même registre. Le tout porté par un excellent casting de la crème de la crème anglaise (Colin Firth, Gary Oldman, Benedict Cumberbatch, John Hurt) filmé par la caméra experte de Tomas Alfredson, l’excellent réalisateur suédois du film Morse.

9. KILLER JOE de William Friedkin (Etats-Unis)

Cette année aura été celle de la résurrection d’un acteur qu’on croyait rencardé indéfiniment aux comédies romantiques de seconde zone. Matthew McConaughey, qui, entre Magic Mike, Paperboy et Killer Joe, nous montre enfin son vrai visage d’acteur. Dans Killer Joe, adapté par le très grand William Friedkin, McConaughey est au sommet de son jeu, en flic complètement pervers, sans remords. Cette comédie à l’humour tellement noir qu’on a du mal à savoir quand est-ce qu’il faut rire ou pleurer est un vrai bon moment de cinéma qui vous dégoûtera cependant à vie du poulet KFC.

10. LA CABANE DANS LES BOIS de Drew Goddard (États-Unis)

Si on inclut ce film dans notre top pour embêter (un peu) Samuel Cogrenne, il ne démérite néanmoins pas une seule seconde sa place. Véritable pied de nez complet à tous les films d’horreur, La Cabane dans les bois retourne le genre et lui donne une belle fessée, malgré son titre français digne d’une chanson de Francis Cabrel. Casting avec des stars de série sur le retour, sortis des placards d’A la Maison blanche et Six Feet Under, on aime par-dessus tout ce côté série B totalement assumé, qui nous entraîne plus d’une fois dans de grands éclats de rire. À voir pour faire semblant d’avoir peur et bien se marrer.

Mentions spéciales : 21 Jump Street (de Phil Lord, Chris Miller) et L’Odyssée de Pi (d’Ang Lee). Le premier, car il nous a franchement bien fait rire, et que la tâche d’adapter en remettant au goût du jour une série culte, n’était pas forcément évidente. Et puis aussi, car, avouons-le, on aime beaucoup Channing Tatum. Le second, car il nous a fait rêver, avec ses magnifiques plans sur l’océan, ses effets spéciaux et autres merveilles, sa 3D à couper le souffle, le tout à grands coups de fondu-enchaînés complètement kitsch, mais totalement assumés. Bref, Ang Lee a tout simplement réussi à adapter l’inadaptable.

 

TOP 5 des films les plus attendus de 2013 par Virgile

Top 2013 Virgile

1. DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino

On n’aura pas beaucoup à attendre avant de découvrir le dernier Tarantino, qui sort le 16 janvier sur nos écrans, heureusement, car on a plus que hâte de découvrir ce que Tarantino a pu nous concocter, avec Jamie Foxx et Christoph Waltz, dans le Sud des États-Unis avant la guerre de Sécession, entre chasseur de prime et esclavage, sur un bon air de funk… Allez, plus que 3 semaines !

2. THE GREAT GATSBY de Baz Lurhmann

Qui de mieux que le plus allumé des Australiens pour mettre en scène l’opulence et l’excès du mystérieux Gatsby, né sous la plume du non moins fêtard Fitzgerald ? Une bande-annonce qui envoie du lourd et où la patte Lurhmann sait ressortir, pour, on l’espère, notre plus grand plaisir. Et puis, avec Leonard DiCaprio dans le rôle éponyme, que demande le peuple ?

3. CLOUD ATLAS des frères Wachowski

Le livre était génial, la bande-annonce absolument magique, donc, on attend de pied ferme ce Cloud Atlas. Même si certains échos outre-Atlantique nous laissent penser à une déception, on attend tout de même mars 2013 avec impatience.

4. PACIFIC RIM de Guillermo del Toro

Plaisir coupable de voir des robots mis en scène par le grand Guillermo de Toro ? Sûrement. Tout ce qu’on sait, c’est que Pacific Rim semble plus tenir de Mobile Suit Gundam et Evangelion que des accablants Transformers, et que si un réalisateur sait nous amuser en nous offrant du grand spectacle, c’est bien del Toro, pour preuve ses excellents Hellboy. Plaisir coupable, peut-être, mais plaisir avant tout.

5. LE HOBBIT : LA DÉSOLATION DE SMAUG de Peter Jackson

Contre toute attente (et on en avait beaucoup !), le premier volet de la nouvelle trilogie du Néo-zélandais s’est avéré absolument jouissif. C’est donc avec une certaine impatience qu’on attend décembre 2013 pour découvrir la suite des aventures de Bilbo et des nains, car si ce premier opus n’était qu’une montée en puissance, alors que nous réserve le 2ème ? L’attente est presque trop longue jusqu’à décembre prochain…

Sans oublier également : The Master de Paul Thomas Anderson (car Philip Seymour Hoffman est un génie), Stoker de Park Chan-wook (aussi un génie), L’Ecume des Jours de Michel Gondry (même si on a du mal à voir Audrey Tautou en Chloé, car elle n’a pas vraiment l’air de porter des mini-jupes jaune citron). Une certaine anticipation presque enfantine s’empare aussi de nous avec l’adaptation de La Stratégie d’Ender d’Orson Scott Card par le malheureusement très mauvais Gavin Hood, et Star Trek Into the Darkness parce qu’on aime J.J. Abrams et que le premier opus était franchement une réussite, adoubé par Leonard Nimoy lui-même.

 

TOP 10 des films 2012 par Sam

À noter que Sam n’a pas eu l’opportunité de voir Like Someone in Love du génial Abbas Kiarostami, une de ses grosses attentes de l’année.

Top 2012 Sam

1. HOLY MOTORS de Leos Carax (France)

Labyrinthique, absurde et toujours beau. Carax nous présente tout ce que le cinéma est en droit de nous offrir. Holy Motors revient en arrière pour mieux faire aller le 7e art de l’avant. C’est un film d’hier, d’aujourd’hui et de demain. En préface de Feu Pâle de Nobokov, Mary McCarthy disait : « Feu Pâle est une boîte à surprise, une pierre métamorphosée par Fabergé, un jouet mécanique, un problème d’échecs, une machine infernale, un piège à critiques (…) une création d’une beauté, d’une originalité parfaites. On peut y voir un objet de curiosité. Ce n’en est pas moins une des plus grandes œuvres d’art de ce temps : le roman moderne que nous croyions mort et qui n’était qu’endormi. » Remplacez le mot roman par film et cet éloge pourrait s’accorder à Holy Motors.

2. THE DAY HE ARRIVES (MATINS CALMES À SÉOUL) de Hong Sang-soo (Corée du Sud)

Plutôt que de voir une répétition d’ordre chronologique dans ce petit bijou de Hong Sang-soo, on pense à cette nouvelle de Borges où un homme écrit un livre où une action engendre tous les résultats possibles. The Day He Arrives, c’est un peu cela : les différentes options qu’auraient pu donner le même événement, enchevêtré les uns dans les autres, les uns sur les autres. Le tout sublimé par la neige en noir et blanc de Séoul, et cette magie subtile qui se dégage et qui hante bien après le générique.

3. COSMOPOLIS de David Cronenberg (France, Canada)

S’il n’y avait pas eu Holy Motors, ce film aurait été le plus important de l’année 2012 (The Day He Arrives datant officiellement de 2011). Le capitalisme déterminé au sein d’une dégradation progressive à l’intérieur comme à l’extérieur de ce corps contrôlé à la prostate asymétrique… Un voyage existentiel (individuel, global) où le vampire capitaliste n’a toujours pas d’emprise sur l’art, qui reste au-dessus de tout. Le combat du futur se débattant avec son passé qui lui tient la jambe. Un film phare participant à sauver 2012 du naufrage.

4. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson (États-Unis)

Moonrise Kingdom, c’est Wes Anderson conscient de son propre univers. Ce n’est pas un hasard si le film commence par une explication des variations symphoniques, chacun de ses films n’est que la variation d’un autre, avec son romantisme, une âme d’enfant adulte et des adultes-enfants, et puis il y a cette maîtrise acquise au fil des films (on pense au passage à l’animation avec Fantastic Mr Fox). Du bonheur.

5. IN ANOTHER COUNTRY de Hong Sang-soo (Corée du Sud)

Tout est une question d’angle. On se souvient de la main de la statue à la fin de L’Amour existe de Pialat. Il suffit d’un pas physique ou psychologique pour que la perception change. Hong Sang-soo a ce don d’épurer les choses les plus simples, les plus humaines pour en ressortir une certaine joie de vivre, le tout grâce à la répétition. C’est au sein de la répétition, comme dans The Day He Arrives, qu’une certaine vérité de la vie émerge. « Beautiful ».

6. POST TENEBRAS LUX de Carlos Reygadas (Mexique, France, Pays-Bas)

Comme dans Lumière silencieuse, Post Tenebras Lux débute sur une scène d’ouverture magnifique. Puis, une confrontation personnelle et poétique de l’homme et la nature. Bien qu’il en ait perdu plus d’un à Cannes (excepté le Jury, paradoxalement), Reygadas offre une expérience cinématographique fascinante, en se foutant bien de ce qu’on peut penser. Le monologue du père, alité, s’impose comme un des plus beaux moments de grâce de 2012.

7. OSLO, 31 AOÛT de Joachim Trier (Norvège)

On pense au roman de Drieu La Rochelle. On pense à l’adaptation de Louis Malle. Et on s’incline face à Joachim Trier de voir ce qu’il en ressort. Pas seulement sur la jeunesse, cette jeunesse qui glisse comme du sable entre les doigts, Oslo, 31 août est un film sur la mémoire. De plus, déjà magnifique dans Le Feu Follet de Malle, la séquence du café y est ici admirable.

8. TABOU de Miguel Gomes (Portugal)

L’œuvre proustienne de 2012. La division du film en deux parties est la clé de Tabou, comme si la seconde tournée en 16mm (Paradis retrouvé) venait se reflétait dans la première, filmée en 35mm (Paradis perdu). Chaque partie du film représente le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. L’âge d’or de Murnau est perdu depuis bien longtemps Gomes, comme l’Orphée de Cocteau est passé à travers le miroir pour aller retrouver cette innocence. Le cinéaste dialogue avec la mémoire et le cinéma, et il le fait avec une beauté divine. Plus qu’un hommage au muet, c’est un film sur la spirale du temps, plein de fantômes dansant au nom d’un cinéma des plus poétiques.

9. LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI de Mamoru Hosoda (Japon)

Vibrant bijou d’animation émotionnel sur la maternité, sur la nature et sur l’éducation. Fourmillant d’idées et d’une sincérité des plus fortes, Hosoda enchante et émerveille. Que dire ? Oui, on a craqué devant ces enfants loups et c’est avec hâte qu’on attend le Blu-ray !

10. TWIXT de Francis Ford Coppola (États-Unis)

Coppola a de l’audace, et une belle humilité. Pour preuves le kitsch de Twixt et les strates de son récit, sa 3D (rêve, réalité, entre les deux), sa mélancolie distillée dans son humour et cette nostalgie qui suintent des images à la limite du baroque. Habituellement indifférent à Coppola, ce pèlerinage d’un cinéaste dépassé par ses grands films nous a touché. Et puis Tom Waits en narrateur, ça claque !

Mentions honorables : Au seuil de ce top se trouvent deux films dont on tient à faire l’éloge, deux films qui ont soufflé, chacun à leur façon, un vent de fraîcheur sur le mainstream cinématographique 2012. Il s’agit d’Anna Karénine de Joe Wright et de Skyfall de Sam Mendes. Le premier, en montrant que l’adaptation d’un chef-d’œuvre littéraire avait encore de quoi surprendre ; le second, en effaçant les échecs d’une franchise via une confrontation réussie entre classique et moderne. Telle est la rencontre perpétuelle au cinéma : celle du passé et du présent, avancer en gardant un œil attentif sur les monuments derrière nous. Ainsi, deux films qui brillent par leur originalité et surtout par leur indéniable intelligence.

SHERLOCK de Steven Moffat & Mark Gatiss, BBC. Pour finir, ce serait trahir 2012 de ne pas mentionner l’excellente saison 2 de Sherlock, saison qui a mis la barre au-dessus de la première à tous les niveaux. Benedict Cumberbatch est tout simplement magnétique et sa complicité avec Martin Freeman est une des innombrables forces de la série. Et ce final… Non, vraiment, si vous ne savez pas de quoi on parle, regardez cette série. Et puis, avec Steven Moffat, on ne se trompe pas! Plus, depuis qu’il a supprimé son compte Twitter, ça lui laisse plus de temps pour se concentrer sur ses scripts.

PS : Farewell to the Ponds and welcome to Clara Oswin. #DoctorWho

 

TOP 5 des films les plus attendus de 2013 par Sam

Top 2013 Sam

1. SNOW PIERCER de Bong Joon-ho

« Parcourant la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé d’un bout à l’autre de la planète roule un train qui jamais ne s’arrête. C’est le Transperceneige aux milles et un wagons. » Ainsi commence Le Transperceneige, BD de Sci-Fi post-apocalyptique créée par Lob et Rochette. Le projet d’adaptation excitant de 2013, on le doit au génial réalisateur de Memories of Murder et The Host. On sent que 2013 sera déjà une belle année! Et depuis Mother, on avait hâte de retrouver ce cher Bong Joon-ho.

2. THE CONGRESS d’Ari Folman

Lorsque l’homme derrière Valse avec Bachir adapte librement Stanislas Lem, l’auteur de Solaris, on peut s’attendre à un bijou sur les dérives de notre chère société tout en célébrant l’art. The Congress pourrait être ce qu’Holy Motors et Cosmopolis ont été à 2012. On l’espère en tout cas.

3. ADIEU AU LANGAGE 3D de Jean-Luc Godard

Toujours risqué d’aller voir un Godard. Mais comment ne pas attendre le maître se confrontant à la 3D, quoi qu’il arrive, cela s’annonce comme un événement des plus majeurs de 2013, si ce n’est le plus majeur.

4. NYMPHOMANIAC de Lars von Trier

Forcément. Lars von Trier. La question ne se pose pas côté attente. Que nous réserve le sulfureux Danois avec ce projet sur la vie sexuelle d’une femme ? Après deux films devant lesquels il est impossible d’être indifférent, nous ne demandons qu’à nous prendre une autre claque, enfin, je dis « claque », disons « uppercut ».

5. CAMILLE CLAUDEL, 1915 de Bruno Dumont

Pour la première fois de sa carrière, Bruno Dumont réalise un biopic, avec Juliette Binoche qui plus est. On pourrait avoir de la peine à y croire sur le papier, d’où d’ailleurs une certaine appréhension, reste qu’il y a de quoi se montrer extrêmement curieux, particulièrement inquiet, mais curieux quand même.

On aimerait énormément (euphémisme) que 2013 soit l’aboutissement du projet Hard to be a god d’Alekseï Guerman, adaptation du roman des frères Strougatski. Pour le reste, on ne cache pas une certaine excitation pour ce que nous réservent Steve McQueen II et son film d’esclave (Twelve Years a slave) et Jim Jarmusch et son film de vampires (Only Lovers left alive). Et comment ne pas mentionner le documentaire sur l’université de Berkeley de Frederick Wiseman et les nouvelles réalisations d’Edgar Wright (The World’s end) et d’Asghar Farhadi (Le Passé) ?

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A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

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