Top 5 – Les Schizophrènes au cinéma

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Les schizophrènes ont fait les beaux jours du cinéma depuis une cinquantaine d'année. Une pathologie mentale qui fascine scénaristes, réalisateurs et public et qui sert souvent de prétexte pour aborder la nature humaine dans sa globalité, dénoncer cette société qui nous pousse trop souvent à bout ou simplement pour des twists finaux d'anthologie. Attention, spoilers !

Le terme « schizophrène », couramment employé pour ce type déviance illustré au cinéma est malheureusement galvaudé, accordons-nous donc une petite parenthèse médicale avant d’entrer dans le cœur du sujet.
« Schizophrène »  provient du grec schizein signifiant « fractionnement » et phrèn désignant l’esprit. Il s’agit donc bien d’un fractionnement de l’esprit mais plus précisément de la déconnexion d’un individu entre son moi et la réalité. Cette pathologie se traduit par des hallucinations, un repli sur soi, en bref une perception de la réalité qui lui est propre et qui l’empêche de s’intégrer normalement dans la société. Les personnages que nous allons évoquer souffrent en fait de troubles dissociatifs avec personnalités multiples. Voilà pour la partie Journal de la santé de ce top.

Mentions honorables aux schizos frenchies


L’arrivée en France de thrillers de ce type a prouvé la démocratisation de ces personnages. En effet, le début des années 2000 voit débarquer sur les écrans français  Dédales (de René Manzor) et Haute Tension (Alexandre Aja). Le premier, malgré de bons efforts, ne réussira pas à trouver son public.Posant la multiple personnalité comme postulat de départ, l’essentiel du film montrant un psychologue (Lambert Wilson) tentant de cartographier l’esprit malade de Sylvie Testud. Un manque cruel de rythme et un scénario sans rebondissement ne permettent pas au film de se hisser à hauteur de la concurrence américaine. Mais il en est autrement pour Haute tension, où Aja brille par la double prouesse de réaliser un slasher efficace (chose rare en France) et un twist final réussi par l’utilisation de la multiple personnalité  (l’héroïne et le tueur ne faisant qu’un). Cette  performance ouvrira au réalisateur une voie royale vers les productions américaines.

Le Top 5

5. « Gollum ! Gollum ! »

Malgré les nombreux succès qu’ont généré les scénarios sur nos chers schizos, ces derniers sont  tombés en désuétude ces dernières années, aussi vite qu’ils se retrouvèrent en haut de l’affiche. Dernier vrai cas en date, le fameux Gollum du Seigneur des Anneaux, rendu fou par plusieurs siècles d’isolement. Le personnage, qui apparaît réellement lors des 2 tours (2002), atteint son apogée l’année suivante lors du Retour du roi. Tous les fans de la série se souviendront de la scène où les deux facettes (Smeagol/Gollum) se disputent à travers leur reflet dans l’eau. Une scène bluffante magnifiant le dédoublement de personnalité dans une vision manichéenne du combat entre le bien et le mal. Combat que le pauvre Smeagol perdra en même temps que sa vie pour le bien de tous. Point d’analyse sociologique à travers ce personnage ? Eh bien peut-être pas. Les écrit de Tolkien ayant commencés lors de la guerre de 14-18, il n’est pas impossible une fois cette information prise en compte, de voir à travers ce personnage la vision d’une l’humanité déchirée entre ses vices et ses vertus mais condamnée à perdre encore et encore face à son coté obscur.

4. Identity ou 10 petits Nègres dans un motel…

Ce petit bijou situe son action dans un motel au milieu de nulle part où 10 étrangers se retrouvent coincés à cause d’une tempête destructrice. Les personnages, aussi divers qu’une stripteaseuse, un ancien flic, un détenu, un père et son fils, (etc.) se verront éliminés les uns après les autres alors qu’en fil rouge de l’histoire se prépare le procès d’un tueur en série dont le lien avec l’histoire principale semble obscur. Un excellent scénario qui ne dévoile qu’à la fin que ce jeu de massacre (qui rappelle volontairement le roman d’Agatha Christie) n’est en fait qu’une thérapie visant à éliminer les personnalités néfastes du tueur en série cité précédemment. Ici les personnalités multiples offrent (une fois de plus) un excellent twist final à un huis clos intelligemment mené.

3. Lynch ou la pathologie magnifiée

Les années 90 nous proposent une belle de collection de fous en tout genre mais la visions la plus marquante restera sans aucun doute celle de David Lynch qui, avec son cultissime Lost Highway donne à la dissociation des personnalités ses lettres de noblesses. Lynch magnifie la maladie mentale à travers le personnage de Fred Madison, offrant au film une mise en scène à hauteur du scénario, changeant l’ambiance en fonction des différents points de vue qu’offrent les différentes personnalités du meurtrier. Contrairement aux films cités dans ce top, Lost Highway ne se contente pas de raconter l’histoire d’un personnage aux multiples personnalités, mais nous permet de vivre cette dissociation de l’intérieur. Une expérience forte qui sort des sentiers battus et qui élargit la façon d’appréhender cette pathologie. Une œuvre majeure a qui beaucoup de films devront plus qu’on ne pourrait croire.

2. Là où tout a commencé : Psychose

Nous sommes en 1960, Alfred Hitchcock adapte au cinéma l’œuvre de Robert Bloch Psycho et donne vie au personnage de Norman Bates, sûrement le psychopathe le plus célèbre du cinéma noir. L’homme, au demeurant très poli et gentil, laisse la personnalité violente de sa mère prendre contrôle de lui afin de pouvoir laisser s’exprimer la haine et la folie que sa génitrice a su ancrer en lui à travers une éducation des plus barbares. Un fou, un vrai.
Hitchcock distille une peur indicible : il est impossible de savoir qui est un fou dangereux. Il peut être poli, courtois, un voisin, un ami ou un parent. On est forcément surpris de le découvrir – soit dit en passant, vous en connaissez sûrement plus que vous ne le pensez. Cependant les probabilités pour qu’il tente de vous poignarder sous la douche restent minces… en théorie.
Ce film et ses séquences cultes, scellera à jamais le destin des schizos aux cinémas, prouvant que la folie peut être quelque chose de fédérateur, d’universel et bien sur de fascinant. Aucun des films de ce top n’auraient existé sans le Maître du film noir.

1. Fight Club : la révolution intérieure

Les schizos du XXème siècle arrivent en force en 1999 avec Fight Club de David Fincher, tiré du roman de Chuck Palahniuk. Le film, orienté sur l’endoctrinement du narrateur – cadre moyen perdu dans sa vie – par Tyler Durden, créateur charismatique d’une « secte » ayant pour but la destruction de la société actuelle, se conclut par la révélation que ces deux personnages ne sont en fait qu’une seule et même personne. Le dédoublement de la personnalité apparaît ici comme un moyen de se libérer du carcan de la société pour un homme prisonnier de sa condition. Ici le narrateur victime de cette pathologie ne connait pas un destin tragique (mort, prison, solitude,…) mais sort grandi de cette expérience, qui lui a permis d’accomplir un destin qu’il pensait trop grand pour lui. La multiple personnalité n’est plus une maladie issue d’un traumatisme profond, mais une solution naturelle aux maux d’une société qui tente d’aliéner notre vraie personnalité. La narration suit, d’une certaine façon, celle de Lost Highway. Nous vivons l’histoire à travers les yeux du personnage qui ignore sa folie, même si de nombreux indices sont laissés çà et là. La découverte de cette vérité n’arrivant qu’à la fin du récit, le choc de la révélation pour le personnage est aussi valable pour le spectateur. L’utilisation de la multiple personnalité comme « twist final qui tue » de Fight Club sera érigée en référence pour la décennie suivante (avec notamment l’excellent The Machinist) .

En tout cas, quelle que soit l’origine de cette dissociation, une chose reste commune à tous ces personnages. Ils étaient au départ des gens tout à fait normaux, comme vous et moi (enfin surtout vous) dont la vie a basculé pour des raisons aussi multiples qu’aléatoires. Il nous arrive à tous de parler seul, d’imaginer une vie différente, voire de douter de la réalité de notre existence, l’espace d’un instant. Rien d’inquiétant tant que cela reste anecdotique.

Mais gardons toujours en tête qu’il n’est pas exclu de la perdre. Être sain d’esprit n’est pas quelque chose d’acquis, et tous ces schizos du 7ème art seront toujours là pour nous le rappeler. Merci à eux.

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A propos de l'auteur

Image de : PaD (diminutif de padbol) est né en 1981 et tente de survivre à sa maladresse à Limoges. Fan de cinéma depuis sa tendre enfance, il arrive actuellement à en vivre en tant que technicien dans sa belle région limousine. Naturellement fourré dans les salles de cinéma dès que l'occasion se présente, il tentera de délivrer ses impressions sur les sorties marquantes, essentiellement en cinéma de genre. Grand amateur de l'ambiance furieuse des concerts punk-métal, de bandes dessinées et de manga, il essayera de vous faire partager ses coups de cœur dans les domaines.

12 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 25 mars 2011
    Sam a écrit :

    Excellent top. Non moi j’aurais mentionné Me, Myself & Irene. Ta liste est vraiment excellente et super complète. Arrête un top schizo sans Jim Carrey c’est comme un plat sans sel. Perso je n’ai rien à redire, bon boulot. Ouais mais avec Me, Myself &.. Oh ta gueule toi. Désolé.

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Vendredi 25 mars 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    Merde c’est moi qui ait viré la mention de Fous d’Irène !!
    Elle y était, PaD n’y est pour rien :)

  3. 3
    le Vendredi 25 mars 2011
    Sam a écrit :

    L’oppression continue donc au sein des chroniqueurs ciné! ;) Me, Myself and Irene aurait rajouté un peu de folie dans ce top si sérieux. N’empêche, c’est un top impeccable et les 3 premiers sont tout simplement parfaits.

  4. 4
    Rock Brenner
    le Vendredi 25 mars 2011
    Rock a écrit :

    Il y a aussi Julien Donkey Boy, Donnie Darko, Martyrs, The Machinist, Shining…

    « Haute tension » : « un twist final réussi par l’utilisation de la multiple personnalité », Aja n’y est pas pour grand chose étant donné que c’est le producteur Mr. Besson qui l’a imposé. Aja ne voulait même pas de cette fin. D’ailleurs, si on se fit a ce twist final, le film devient complètement incohérent, il suffit de réfléchir sur la séquence de la macabre fellation au début du film (si Cécile De France EST Philippe Nahon, comment ?).

  5. 5
    PaD
    le Samedi 26 mars 2011
    PaD a écrit :

    @ Sam : D’accord avec toi (vous ?) pour Jim Carrey, et oui unissons nous contre la censure !!!
    @Rock : et oui, tout comme « l’esprit de Cain », « un Homme d’exception », The Dark Knight » etc.. mais bon qui dit Top 5, dit sacrifices !
    Et oui j’avoue que Haute tension porte son lot d’incohérence, mais on peut toujours y trouver des justifications : par exemple la scène de début se passait uniquement dans sa tête ;-) .

  6. 6
    le Lundi 28 mars 2011
    toniobo a écrit :

    Vous confondez schizophrene, et dedoublement de personnalité

  7. 7
    le Lundi 28 mars 2011
    toniobo a écrit :

    De plus ils sont toujours montré comme de sanglants psycopathe alors que statistiquement ils ne sont pas plus dangereux que vous et moi…

  8. 8
    le Lundi 28 mars 2011
    toniobo a écrit :

    Les deux films que je connait sur la maladie qui sont assez juste sont
    « un homme d’exeption » citer plus haut
    « shine » sur un musicien shizophrene
    « some voices »
    « vol au desus d’un nid de coucou » indirectement
    « spider »

  9. 9
    VIOLHAINE
    le Lundi 28 mars 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    @Toniobo : Il n’est pas question de statistiques, mais de comment le cinéma voit les malades de ce type.
    De plus l’article précise que le terme « schizophrène » est galvaudé et prend le temps de définir un peu ce dont il va parler, dans le deuxième paragraphe.

  10. 10
    le Vendredi 27 mai 2011
    Mimile a écrit :

    @Toniobo: Les deux films que tu connais sur la maladie qui sont assez juste souffrent-ils eux aussi de « multiplicité »? Parce que tu en as cités cinq =)

  11. 11
    le Samedi 8 décembre 2012
    Bilouaustria a écrit :

    Non mais t’as pas honte de dire du bien de « Fight club ». Tu ne réalises pas que des gens risquent de te lire !?

  12. 12
    le Jeudi 3 janvier 2013
    Tyrion a écrit :

    Chacun ses gouts apparement j’ai vu tous les film de cette liste et pour moi c’est dédale qui est nettement devant le reste (à part peut-être Psychose si on juge dans le contexte de l’époque).
    Fight Club et Identity sont distrayants mais très décevants si on se fit aux critiques avant d’aller les voir.
    Gollum est un personnage simplifié d’une histoire simpliste pour enfant je ne vois pas vraiment l’exploration d’un sujet aussi complexe dans le personnage, elle n’y était pas dans le livre, elle est encore moins dans les films.

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