Top 5: Les meilleurs prologues du cinéma

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FADE IN. Ouvrir un film est tout aussi délicat que le clôturer. Et certains ont su se distinguer en la matière. Retour sur cinq « openings » mémorables. Avec deux mentions honorables.

Mentions honorables :

Scream (Wes Craven, 1996)

Le prologue de l’horreur : Wes Craven pensait que pour réaliser un bon film d’horreur, il ne fallait pas miser sur le sang et le gore, mais sur la tension, et cette tension, elle devait s’instaurer dès la scène d’ouverture pour ainsi dire cruciale. Suite à ça, le spectateur gardait à l’esprit ce qu’il pouvait se passer tout au long du film. Scream renoue avec les grandes scènes d’ouverture anthologiques du genre comme A Nightmare on Elm Street (1984) et Halloween (1978). Alors pourquoi celui-ci plutôt que ces deux derniers : parce que cette séquence a en quelque sorte ressuscité le genre en le faisant avec classe, et avec un zeste hitchcockien : tuer le grand nom du film, Drew Barrymore, dès les premières minutes.

Once Upon a Time in the West (Sergio Leone, 1968)

Le prologue de l’Ouest : Longue et lente ouverture, près d’un quart d’heure, où il ne se passe pas tant de choses que ça : trois cowboys attendent un train. Un homme en descend, joue un air d’harmonica, parle d’un certain Franck. Puis la menace se faisant sentir, les hommes font feu. L’homme à l’harmonica les tue tous les trois. Toute la grammaire du western instaurée par Leone est présente, si on oublie que le cowboy solitaire rapide de la gâchette est interprété par Charles Branson et non Clint Eastwood. Et puis cet air d’harmonica qui nous hante encore…

5. Sunset Blvd. (Billy Wilder, 1950)

Image de Le prologue illusionniste : Il n’y a rien d’extraordinaire dans les apparences de cette scène d’ouverture si ce n’est le procédé narratif : la voix off (on imagine un reporter) nous relate des faits. Il nous parle d’un meurtre auquel serait liée une grande star du cinéma. La victime, un scénariste, flotte dans la piscine, la contre-plongée déforme le visage. Le spectateur ne se doute pas que le narrateur et le cadavre ne sont une seule et même personne, comme le montrera la funeste conclusion du film. Bien sûr, pour spectateur lambda d’aujourd’hui, habitué à mille et un procédés narratifs, cette scène d’ouverture n’a pas la même puissance qu’elle aurait pu avoir en 1950, année de la sortie du film. En plaçant le cinéma au centre de son film, Wilder joue avec le spectateur, usant de cet art maître des illusions. Plus, la force très « film noir » se dégageant de cette séquence reste inégalable.

4. Raiders of the Lost Ark (Steven Spielberg, 1981)

Image de Le prologue archéologique : Le prologue qui, à lui tout seul, a donné envie à des milliers de gamins de devenir archéologue et de parcourir le monde à la quête de reliques mystérieuses. Tout en offrant un hommage à Picsou de Carl Barks (le boulet vu dans The Seven Cities of Cibola, Uncle Scrooge #7, 1954), Spielberg instaure les codes d’un nouveau genre d’aventure, entre Tintin et Picsou donc, avec une saveur rétro des années 30. Cette séquence est aussi et surtout la naissance d’un des plus grands héros du 20e siècle. Harrison Ford nous fait oublier Han Solo en un coup de fouet. La séquence d’ouverture n’est pas pour autant gratuite : en plus d’introduire le héros, elle introduit également son ennemi, et illustre par cette même occasion le genre d’adversaire que devra affronter Indiana Jones tout au long de ses aventures. Mention au logo de la Paramount qui se fond en une montagne ayant la même forme, procédé qui sera repris pour les deux suivants de la trilogie (non Indiana Jones n’est pas une tétralogie, le 4e opus n’existe pas). Mention également à cette porte qui se ferme sans se fermer. Quel suspense mes amis !

3. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)

Image de Le prologue mythique : Mythique. C’est le mot. Sur la grille entourant le domaine de Xanadu un panneau porte l’inscription « NO TRESPASSING », mais la caméra ignore l’avertissement et s’immisce jusqu’à l’intérieur du château, dans la suprême intimité d’un homme solitaire rendant son dernier souffle. Il laisse tomber une boule de verre contenant une maisonnette enneigée et prononce le mot « Rosebud ». L’ultime mot de l’homme, déclencheur de toute une enquête. Tout ce qui fera le film est présent dans cette introduction : la solitude, la richesse, la grandeur, la ruine, l’inachèvement, la mort, la nostalgie (même si l’on ne la discerne pas encore), le mystère et surtout la performance technique. Que dire si ce n’est ce qui a déjà été dit ? Orson Welles a changé les choses. Et il confirmera son génie avec l’incroyable ouverture de Touch of Evil (1958): un des plus prodigieux plans-séquences de l’histoire du cinéma. À se demander si ce n’était pas cette ouverture qu’il fallait mettre dans ce top!

2. 8 ½ (Federico Fellini, 1963)

Image de Le prologue onirique : Silence. Rome. Une atmosphère lourde. Une circulation paralysée par un embouteillage monstre. Un homme dont nous ne voyons pas le visage, comme sans identité, suffoque dans sa voiture, tentant de s’évader, de s’échapper avant de s’élever dans les airs. Devenant ensuite un cerf-volant qu’un étrange cavalier appelle. Le ton est donné. Le tourment de Guido, proche de la dépression nerveuse, en pleine perte de repère, cherche dans la pensée son échappatoire. Entre réalisme et surréalisme, Fellini nous offre une magnifique ouverture pour l’un des plus grands films du cinéma, tout simplement. Et le plus beau avec cette scène, c’est qu’à la fin du film, nous réalisons qu’elle n’était que les préliminaires avant l’orgasme.

1. Fanny and Alexander – The Television Version (Ingmar Bergman, 1982)

Image de Le prologue symbolique : Fanny and Alexander, le grand chef-d’œuvre de l’enfance signé Bergman. Le film s’ouvre sur la scène d’un théâtre miniature et représentera les trois rôles symboliques du jeune Alexander par un geste de celui-ci : spectateur (monde des adultes/réalité), metteur en scène (monde de l’enfance/imaginaire) et bien sûr acteur (au sein de ces mondes). Alexander n’est qu’un spectateur du monde réel, celui des adultes que le jeune garçon observe à travers une vitre glacée, un monde dont les règles lui échappent. Et pendant tout le film, cette vitre glacée sera d’une certaine manière toujours là. Ce plan fait écho à ce qui suit : Alexander se cache sous la table, observant le salon vide : le lustre semble jouer une mélodie. Une statue s’anime doucement. Et une faux traine sur le sol, tirée par ce qui semble être la Mort. Puis soudain, une servante remplit un poêle à charbon et la magie se volatilise, éteinte par le monde des adultes. Tel est le royaume de l’enfance. Un monde d’émerveillement, de mystères, de beauté, d’imaginaire, mais surtout un monde fragile et fugace.

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Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

12 commentaires

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  1. 1
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Vendredi 18 février 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    Quelques oublis mon cher Sam ! Difficile, tu vas me dire, un Top 5.
    Une des plus mythique pour moi reste celle-ci :

    http://www.youtube.com/watch?v=lwusCDRiDwE&feature=related

  2. 2
    Samuel Cogrenne
    le Vendredi 18 février 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    J’avoue, culte. Les oublis étaient nécessaires: Le Samouraï, There Will Be Blood, Magnolia, Inglorious Basterds… Il y en a tant. Et attends de voir quand je vais faire le top 5 des épilogues: Ça sera pire, un vrai alzheimer cinématographique volontaire.

  3. 3
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Vendredi 18 février 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    Psychose !

  4. 4
    Virgile
    le Samedi 19 février 2011
    Virgile a écrit :

    Quitte à passer pour une geek, le prologue le plus puissant (et le plus culte) reste pour moi celui-ci : http://www.youtube.com/watch?v=zFg6iMK3ikM&feature=related

    En tout cas, merci pour ce classement, je suis assez d’accord avec toi, surtout pour La Dernière croisade (même si devenir archéologue était pas mal venu de Jurassic Park aussi ^^) même si je plussoie Pulp Fiction!

  5. 5
    Samuel Cogrenne
    le Samedi 19 février 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    C’est clair qu’on est transporté tout de suite dans l’univers, d’ailleurs ça avait causé pas mal de soucis à Lucas de commencer son film sans générique mais directement par ça. Ah ces syndicats.

    Indiana Jones m’avait donné envie d’être archéologue, Jurassic Park, d’être paléontologue. Cette scène de Sam Neill sur le ventre du tricératops… Nostalgie.

    Et arrêtez de me faire regretter pour Pulp Fiction!!! ;)

  6. 6
    Pascal
    le Samedi 19 février 2011
    Pascal a écrit :

    Excellente sélection.
    Un coup de cœur perso: l’opening de Watchmen. Splendide.
    http://www.youtube.com/watch?v=14vTrFyHO94

  7. 7
    Arnaud Parant
    le Samedi 19 février 2011
    Arnaud Parant a écrit :

    des absents effectivement mais l’exercice est difficile.
    Personnellement j’aurais mis celui-ci
    http://www.youtube.com/watch?v=VHn1zogeyO4

  8. 8
    le Samedi 19 février 2011
    Cine-emotions a écrit :

    Celui de Citizen Kane effectivement. Et il récidive aussi avec Le Procès par la suite. Un génie ce type.

  9. 9
    Samuel Cogrenne
    le Dimanche 20 février 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    Watchmen et Lord of War sont des p*tains d’opening mais il y a une raison pour laquelle je ne les ai pas gardé: au-delà d’être des scènes d’ouverture, ce sont aussi et surtout des génériques. Mais si je devais faire un top 5 des meilleurs génériques, ils y seraient avec Enter the Void entre autres.

    @Chris (Ciné-émotions): Et oui Le Procès. Orson Welles savait faire du cinéma avec un grand C. Même dans The Third Man qu’il ne réalise pas, le mec impose son génie.

  10. 10
    Samuel Cogrenne
    le Dimanche 20 février 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    Étrange que personne n’ait cité Le Mépris de Godard.

  11. 11
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Mardi 22 février 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    Non, non, ce n’est pas une des meilleures séquences d’ouverture de film… mais je ne résiste pas à partager ce grand moment avec vous :

    http://www.youtube.com/watch?v=cUmCjGcBfqU

  12. 12
    Samuel Cogrenne
    le Mardi 22 février 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    Hahaha! Andy Samberg is the man!

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