Top 5: Les meilleurs épilogues du cinéma

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Rater la fin d’un film, c’est rater tout le film ou du moins le gâcher. C’est comme du sexe sans orgasme. C’est incomplet et frustrant. Il ne faut pas faire comme Sofia Coppola dans Somewhere. Et dans d’autres cas, la fin peut sauver le reste du film comme dans Black Swan de Darren Aronofsky. L’épilogue est un super héros au secours des minutes précédentes. Donc oui, dans la recette du chef-d’œuvre, l’épilogue est l’ingrédient primordial.

[AVERTISSEMENT : Si vous n’avez pas vu les films mentionnés ci-dessous, il est fortement recommandé de ne pas lire les textes afin de ne pas gâcher le plaisir lors de leur futur visionnement, car si vous ne les avez pas vus il est aussi fortement recommandé de les regarder. Ceci était un SPOILER ALERT.]

Mentions honorables :

Le Cabinet du Docteur Caligari (Robert Wiene, 1920)

Image de L’épilogue de la folie : Le classique du muet, Das Kabinett des Doktor Caligari, nous offre un retournement de situation Keyser Sözein (oui c’est un adjectif qualificatif), un des premiers de l’histoire donc il se devait d’être mentionné honorablement. À la fin du flashback qu’est le film, on réalise que le fou n’est autre que celui qui raconte l’histoire. En 1920, on savait déjà comment retourner l’esprit en utilisant la folie comme outil de l’illusion. Le spectateur en ressort perplexe, plein d’interrogations sur ce qu’il vient de voir. Le style expressionniste dans le dénouement, en phase avec le reste du film, n’aide pas à dissiper le doute. Peut-être sommes-nous à l’intérieur d’une autre folie. Le doute est l’essence même de cette œuvre incroyable.

Profession : reporter (Michelangelo Antonioni, 1975)

Image de L’épilogue technique : Un plan-séquence de sept minutes où tout est filmé sauf l’essentiel : la mort de Locke, personnage principal interprété par Jack Nicholson. Oui, mais comment cette caméra est-elle passée à travers les barreaux ? Au-delà de cette interrogation logistique, Antonioni conclut son film avec une maestria technique et esthétique impressionnante. Cette séquence joue avec le temps, avec le mystère. Mais surtout, en ne nous montrant pas la mort de Locke, le cinéaste tend à montrer ce que sa vie représentait : cette mort est à l’image de sa vie. Un ultime plan suit cette séquence, dans une atmosphère crépusculaire, une voiture d’auto-école démarre et s’éloigne de l’hôtel, un homme promène son chien, le patron sort fumer une cigarette. La vie reprend son cours. Malgré la mort. Comme si Locke au fond, était insignifiant. Ce dernier plan vient renforcer la tragédie du personnage, faisant vibrer son vain désir d’exister, ses tentatives et son échec. Et puis il y a dans ce plan-séquence, la magnifique Maria Schneider qui nous a quittés le 3 février dernier. Hommage.

5. Les Nuits de Cabiria (Federico Fellini, 1957)

Image de L’épilogue de l’espoir : Bouleversante Giulietta Mansina dans Le Notti di Cabiria. À l’aube, Cabiria se remet à peine de ce qu’il vient de se passer. Elle a tout perdu. Et plus encore. Alors qu’elle regagne la route de Rome, elle se retrouve au milieu d’un groupe de jeunes qui jouent de la musique, la saluent, lui sourient. Et c’est là, à ce moment précis, que cette femme qui a tout perdu, regagne quelque chose, l’espoir, avec ce sourire qui se fraye un chemin parmi ses larmes. Et Fellini de finir avec un regard caméra magnifique de la jeune femme. Le regard d’Antoine Doinel dans Les 400 Coups (Truffaut, 1959) aurait pu figurer dans cette liste, mais la différence c’est qu’ici, en temps que spectateur, on ne sait pas ce que devient Cabiria. C’est un peu la beauté de la chose. La puissance de cette scène finale réside dans ce regard caméra incertain, presque timide : « Invite pudique, discrète, suffisamment incertaine pour que nous puissions feindre de croire qu’elle s’adressait ailleurs ; suffisamment certaine et directe aussi pour nous arracher à notre position de spectateur. » (André Bazin in « Cabiria ou le voyage au bout de néo-réalisme », Cahiers du Cinéma n°76, novembre 1957). Fellini sait finir ses films sur un visage, sur un regard où sans aucun mot, tout est dit. La Dolce Vita en sera une autre belle preuve trois ans plus tard.

4. Ordet (Carl Theodor Dreyer, 1955)

Image de L’épilogue miraculeux : Il est des choses qu’on ne peut nier : Carl Theodor Dreyer est un des plus grands cinéastes de tous les temps. Son avant-dernier film peut être vu comme son chef d’œuvre parlant (La Passion de Jeanne d’Arc étant son chef d’œuvre muet), d’une austérité magnifiée et d’une intensité saisissante. La séquence finale étant le paroxysme du cinéma du Danois. En prononçant la Parole, un fils accomplit un miracle en ressuscitant sa belle-sœur. Sans s’abaisser à l’apologie du miracle, le final offre un message d’espoir bouleversant et d’une pureté rare. La question peut se poser : peut-on filmer la foi aussi bien que Dreyer ? Le miracle d’Ordet est aussi un miracle cinématographique : la composition de la scène est maîtrisée à un point inimaginable, avec une précision chirurgicale que ce soit dans l’éclairage, les gestes ou les cadrages. La rigueur esthétique donne l’ampleur adéquate à cette confrontation entre le profondément humain et le divin, et ce lien qui les unit : la foi. Cet épilogue, c’est le temps qui reprend son cours, la vie qui vainc la mort. La vision de l’humain dans le monde. Un hymne à la vie.

3. The Holy Mountain (Alejandro Jodorowsky, 1973)

Image de L’épilogue de la réalité : Une des critiques de la religion et du mysticisme les plus efficaces et imaginatives du cinéma. À la fin, les personnages arrivent enfin au sommet de la montagne sacrée après des épreuves mystiques déroutantes pour découvrir le secret de l’immortalité. Les sages devant se trouver au sommet se révèlent être faux : une supercherie orchestrée par leur guide spirituel, l’alchimiste interprété par Alejandro Jodorowsky lui-même. Une quête injustifiée ? Au terme de leur voyage, les « pèlerins » ne découvriront pas l’immortalité, mais la réalité alors que Jodorowsy dit « Is this life reality ? No it is a film. Zoom back camera » et la caméra de dézoomer révélant l’équipe technique, les caméras et les micros. Ainsi après nous avoir montré quantité de symboles religieux et mystiques tout au long du film, menant le spectateur à croire en une certaine signification, Jodorowsky brise l’illusion, montrant l’absurdité de ces soi-disant symboles. Tout était vide de sens, tout n’était que de la magie. Mais au final ce qui compte, c’est la réalité : « Real life awaits us ».

2. La Source (Ingmar Bergman, 1960)

Image de L’épilogue divin : Après avoir assassiné les violeurs et meurtriers de leur fille, les parents et leurs proches se rendent sur les lieux du crime. Le père, interprété par l’excellent Max von Sydow, s’éloigne du cadavre de sa fille et s’écroule avant de s’adresser à Dieu, à genoux, lui demandant pourquoi. Bergman le filme de dos, à distance, même. Jamais de gros plan sur le visage ou autres techniques de ce genre, renforçant l’aspect mystérieux et intime du monologue. Cette scène est tout simplement une des plus fortes du cinéma, sur ce besoin fondamental de comprendre. Pourquoi un Dieu tolérerait que de telles horreurs puissent prendre forme ? Cette scène finale est comme un microscope pointé sur la nature de l’homme à se questionner sur Dieu, sur ces choses tragiques qui arrivent. « Je ne te comprends pas… Je ne te comprends pas ! Et pourtant, je te demande pardon. Je ne connais pas d’autre moyen de me réconcilier avec mes propres mains, je ne connais pas d’autre moyen de vivre ». Dans le monologue, le père promet de construire une église à l’endroit même où se tient le corps de sa fille, en pénitence pour s’être fait vengeance lui-même. Le chant des oiseaux se fait alors entendre, le soleil printanier traverse les branches, éclairant le visage de la jeune fille morte. Et alors qu’on déplace son corps, une source jaillit. Est-ce une réponse de Dieu ?

1. Offret – Le Sacrifice (Andreï Tarkovski, 1986)

Image de L’épilogue du temps scellé : L’ultime film de Tarkovski, son ultime plan tourné, un héritage à lui tout seul. Il y a tant à dire sur ce qu’il se passe dans le champ de la caméra comme derrière celle-ci. On pourrait se montrer pointilleux en disant qu’il s’agit ici de l’avant-dernière scène du film à l’instar de Profession : Reporter, et comme dans le film d’Antonioni, le cinéaste opte pour un époustouflant plan-séquence. Mais voilà, c’est un plan parfait, un des plus incroyables du cinéma justifiant entièrement sa place au sommet de ce top. Comme dans le plan-séquence de la piscine vide dans Nostalghia (1983), Tarkovski semble totalement maîtriser les éléments. Après une nuit passée avec une sorcière et respectant un serment, Alexander, interprété par Erland Josephson, brûle sa maison et tous ses biens en sacrifice. Il rompt de façon pratique et définitive avec le monde et les lois auxquelles il s’était plié toute sa vie, il renonce à sa famille, à son fils et à la parole. Et par conséquent à toutes normes morales, ce qui lui vaut d’être emmené pour l’asile. Pour sauver l’humanité d’une catastrophe atomique, Alexander a dû arracher le masque du monde moderne et de ses lois matérielles afin de révéler la Volonté de son Créateur.

Cette scène a causé énormément de soucis : la première prise a été désastreuse, essuyant des soucis techniques renforçant la mésentente entre le cinéaste Russe et Sven Nykvist, le prestigieux directeur photo. Tarkovski étant contre tout compromis décida de la refaire, et donc reconstruire tout le décor. Si le plan s’arrête aussi brutalement, c’est parce que la caméra fut en rupture de bobine. L’ampleur du tournage de cette séquence est relatée dans les documentaires Directed by Andrei Tarkovsky (Michal Leszczylowski, 1988) et Une Journée d’Andrei Arsenevitch (Chris Marker, 1999). Offret reste un des films les plus importants du cinéma lors duquel le temps se scelle pour découvrir la vérité. Une véritable prière.

THE END

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En savoir +

Post-Scriptum : Les réactions face à un top sont généralement de voir ce qui manque et non ce qui y est. Alors le lecteur se doit d’être informé qu’il a été extrêmement difficile, surtout au plan psychologique, de ne pas évoquer parmi tant d’autres, City Lights (Chaplin, 1931), Modern Times (Chaplin, 1936), Casablanca (Curtiz, 1942), The Lady from Shanghai (Welles, 1948), Dr. Strangelove (Kubrick, 1964), Pierrot le Fou (Godard, 1965), Mouchette (Bresson, 1967), The Empire Strikes Back (Kershner, 1980), The Usual Suspects (Singer, 1995), Memento (Nolan, 2000), There Will Be Blood (Anderson, 2007) ou même The 40-year-old Virgin (Apatow, 2005). Mais un top, c’est comme la vie, c’est beau et cruel à la fois. À vous de pallier cette cruauté en partageant vos épilogues favoris.

Cet article fait suite au Top 5 des meilleurs prologues de cinéma.

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

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