Top 5: Fucked up Teens!

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Charlie Sheen ne les renierait pas. Ce sont des adolescents, de ceux qui s’écorchent sur l’existence, s’y cognant avec violence à coup de baises et de drogues, sans se soucier du reste. Et au sein de cette spirale tant constructrice qu’autodestructrice, la mort n’est jamais loin ou dans le meilleur des cas, l’accentuation d’un mal-être inexorable. Mais l’adolescence est aussi un magnifique terrain de jeu pour certains cinéastes et il en résulte parfois de véritables bijoux, si ce n’est des chefs-d’œuvre. Une chose est sûre, le cinéma prend bien plus soin de cette période que ce que peut en faire la télévision à base de Gossip Girl et autres The OC.

« L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire. » François Truffaut

Mentions honorables :

Les miroirs inversés : Fish Tank (Andrea Arnold, 2009) & Lolita (Stanley Kubrick, 1962)

Mia et Dolorès, respectivement les adolescentes de Fish Tank et Lolita sont fucked up mais chacune à leur manière. Pourtant le résultat sera le même : faire tourner la tête d’un homme d’âge mûr et plus si affinités. Mia est l’anti-Lolita : dès l’ouverture du film, elle fait preuve d’un langage vulgaire et défonce le nez d’une fille ayant un niveau de féminité presque aussi bas que le sien. Ajoutons à cela sa passion pour la danse hip-hop, nous sommes loin de la jeune fille modèle, mais plus proche de l’ado à problèmes. Pourtant, cette adolescence troublée trouvera une sorte d’échappatoire chez un homme plus âgé, le nouveau petit ami de sa mère à l’égard duquel elle nourrit une attirance physique, une attirance exposée de façon très subtile par Arnold. La Lolita de Nobokov/Kubrick est une femme/enfant bien plus en possession de ses moyens avec sa sucette devenue légendaire. Là où Mia désire et l’homme s’indiffère, Dolorès s’indiffère alors que l’homme désire. Et dans les deux cas, ça se termine mal pour la mère, subissant indirectement les conséquences des actes de la fille. Un miroir inversé sur deux Lolita de deux époques différentes, toutes deux symboles d’une adolescence qui se vit dans le trouble et au féminin, mais certaine avec bien plus d’humanité que d’autres.

 

#5 Le fantastique de Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Ça ne va pas très bien dans la tête de Donnie. Et il a de mauvaises fréquentations. Sérieusement, un lapin géant qui s’appelle Frank ? Pourtant il est doué, ce garçon. Peut-être trop. C’est pourquoi son fantastique ami imaginaire lui annonce la fin du monde, et le rôle que Donnie devra y jouer. Il y a de quoi s’inquiéter, mais comment démêler le bazar de sa psyché et la tentation de l’explication surnaturelle ? Cet ado intrigue. La preuve en deux mots : Cellar door. Bourré de clins d’œil (le plus fameux étant le rôle de Frank joué par James Duval, acteur fétiche d’Araki) et de scènes mémorables (la vie sexuelle des Schtroumpfs), Donnie Darko n’est pas tant un film sur l’adolescence elle-même, cependant celle-ci sert d’un support essentiel dans la structure complexe du long-métrage. Tout en se calant dans le domaine de la science-fiction, Kelly offre un film sur une adolescence évoluant dans un monde qui la dépasse, une période qui se vit en décalage.

 

#4 La poésie douce-amère de The Virgin Suicides (Sofia Coppola, 1999)

C’est l’histoire d’une déconnexion du monde. Celle des sœurs Lisbon qui intriguent par leur charme enchanteur et leur beauté dorée. Mais sous cette image lisse et lumineuse se cache un mal-être dont nous ne connaîtrons jamais les raisons, ces raisons horribles et suffisamment fortes pour s’ôter la vie. Il y avait un problème, mais personne n’a pu le résoudre, encore moins les parents. Tous sont restés impuissants face à la tragédie. Sofia Coppola filme le drame avec poésie, à la limite de l’onirique. Cette vision de l’adolescence dévoile une phase où des questions restent sans réponses, on agit sans trop savoir pourquoi à l’instar du personnage de Josh Hartnett dans le film. L’adolescence, c’est aussi le mystère, la détresse, l’innocence, la beauté. Mais c’est surtout un besoin de compréhension et d’amour, une période où un manque de ces éléments peut tout foutre en l’air, même la beauté la plus angélique. Et dire que la même année sortait aussi American Beauty.

 

#3 Le tragique de Elephant (Gus Van Sant, 2003)

Il y a John, Elias, Acadia, Michelle… Puis Eric et Alex. Nous les suivons, tranquillement, de façon très neutre, mais colorée. Un quotidien de lycéens apparemment banal. La quiétude parfaite des plans de ce film ne fait que souligner l’incompréhension dans laquelle ces adolescents laissent le spectateur, leurs histoires, leurs comportements. Et pourtant, ça se voit comme la trompe au milieu de la figure, qu’il y a quelque chose qui cloche. Avant le (très) moyen Paranoid Park, Gus Van Sant plonge le public dans un monde où peut émerger la violence la plus brute, expression d’un mal aux racines multiples. Les fusillades dans les établissements scolaires sont des tragédies qui se répètent depuis celle de Columbine. L’adolescence fucked up que nous montre Van Sant, c’est le visage d’une réalité morbide.

 

#2 L’âpreté de Kids (Larry Clark, 1995)

Kids laisse un goût amer dans la bouche. Le goût de la mort. Celle que répand Telly, un petit con d’inconscient qui s’amuse à déflorer de très jeunes filles vierges et qui s’en vante entre un vol et une violente agression quasi gratuite. Mais voilà, il ignore qu’il est séropositif. Et il continue à vagabonder, à se vanter, comme le tueur qu’il est. « Jesus Christ, what happened? », demande à la fin Casper, le meilleur pote aussi fucked up que le reste. Si tu te droguais un peu moins et que tu traînais moins dans les orgies, vilain garnement, peut-être aurais-tu encore un soupçon de bon sens. La force de Kids ne vient pas seulement de Larry Clark qui signait ici son premier film, avant Bully et Ken Park, la force de Kids, c’est aussi son scénariste Harmony Korine, auteur barge du culte Gummo et du perturbant Trash Humpers. Son script précis dessine une jeunesse urbaine en perdition alors que le virus du SIDA n’en est qu’à ses premiers ravages, faisant de Kids une troublante sirène d’alarme. Qui aurait cru que cela pouvait empirer ?

 

#1 Le sexy trash de Nowhere (Gregg Araki, 1997)

Dark, le personnage principal, évolue au sein d’un univers entre fantasmes, jouissance et solitude. Ses potes sont et/ou drogué, dealer, égocentrique, boulimique, anorexique, sadomaso, gay, pervers… Ajoute à ça un violeur, un prêcheur et des extraterrestres. Pourtant, au final, Dark se révélera le plus maudit de tous car il possède ce qu’il y a de pire pour un jeune évoluant dans un tel univers : la lucidité, cette arme tranchante qui n’épargne personne. Araki est le roi pour nous parler des adolescents, que ce soit au sein d’un gros délire pornapocalyptique comme son récent Kaboom ou sur un ton beaucoup plus grave avec son chef-d’œuvre, l’incroyable Mysterious Skin (probablement le meilleur film cité dans cet article). Mais celui qu’on retiendra, c’est ce 3e volet de sa trilogie de l’apocalypse adolescente (Teenage Apocalypse Trilogy). Son film est non seulement un portrait de la jeunesse américaine, mais aussi de la société américaine qui a engendré ces « monstres ». Les jeunes de Nowhere sont les antagonistes des oiseaux en cage de The Virgin Suicides, ils se nourrissant de décadence et plus encore. Sans oublier que certains aspects du film sont ce qui s’est fait de mieux en terme d’adaptation indirecte de Bret Easton Ellis et de cette génération nourrie avec MTV et les chaines religieuses entre deux prozac sous le soleil de Los Angeles (heureusement que Roger Avary a remonté un peu le niveau avec son Rules of Attraction, l’honneur d’Ellis est sauf). C’est simple, Nowhere, c’est le Rocky Horror Picture Show de l’adolescence et il mérite totalement sa place au sommet de ce top ne serait-ce que pour son casting délirant, ces visages inconnus désormais connus de tous. En un mot : « cool ».

 

« L’adolescence est le seul temps où l’on ait appris quelque chose. »
Marcel Proust
, À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

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A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

8 commentaires

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  1. 1
    Julia
    le Vendredi 18 mars 2011
    Julia a écrit :

    Très bon top, merci :) )

  2. 2
    Rock Brenner
    le Vendredi 18 mars 2011
    Rock a écrit :

    Très d’accord, sauf peut-être pour « Virgin Suicides »… Je t’invite à découvrir d’urgence, si ce n’est pas déjà fait, des films comme « Zero Day » de Ben Coccio, « Klass » d’Ilmar Raag, « Mean Creek » de Jacob Estes, le court-métrage « I love Sarah Jane » de Spencer Susser et… et… d’autres.
    « Si vous avez aimé votre adolescence, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez vous. » – Stephen King

  3. 3
    Rock Brenner
    le Vendredi 18 mars 2011
    Rock a écrit :

    L’anglais « Kidhulthood » mérite un coup d’œil, même s’il n’est pas aussi convaincant que sa suite « Adulthood »…

  4. 4
    Samuel Cogrenne
    le Vendredi 18 mars 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    @Julia: Merci!! :)

    @Rock: Merci pour ton commentaire et les recommandations. Pour The Virgin Suicides, c’est simple VIO et moi voulions une liste diversifiée, avec des films vraiment opposés les uns des autres avec des cinéastes montrant que même si cette période et son mal-être se vivent de façon complètement différentes (et donc filmés de façon différente), ça peut toujours mal tourner. Ainsi, Zero Day ne pouvait y être dû à la présence du classique Elephant.

    J’adore cette citation de Stephen King!

  5. 5
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Vendredi 18 mars 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    Excellent Top.
    Pas vraiment d’accord vis à vis de Paranoid Park, mais bon !

    Sinon, j’avais pensé aussi au très beau « KIDS RETURN » de Kitano (avec beaucoup plus de détachement, et un œil très critique), ou un autre film… dont j’ai malheureusement oublié le nom…

  6. 6
    Samuel Cogrenne
    le Vendredi 18 mars 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    @Arnaud: Merci. Je sais, je suis très sévère avec Paranoid Park mais je connais ton amour pour Gus Van Sant. Et tu sais, à un moment j’ai presque songer à virer Elephant pour y mettre Rushmore de Wes Anderson. Mais j’ai eu peur des représailles. Et la pression de VIO était très forte à ce sujet.
    Sinon je n’ai pas vu Kids Return. (In)consciemment on a nettement privilégié la jeunesse américaine, et pourtant on sait que les nippons peuvent être vraiment fucked up, il n’y a qu’à regarder Confessions de Tetsuya Nakashima pour en être convaincu!

  7. 7
    Arnaud Cassam-Chenaï
    le Vendredi 18 mars 2011
    Arnaud Cassam-Chenaï a écrit :

    Ca y est, j’ai le nom du film : « UN ETE POUR TOUT VIVRE » (New Year’s Day), de Suri Krishnamma (merci Damien T. !).

    L’histoire d’un voyage scolaire qui tourne mal, et où les deux seuls survivants de la catastrophe décident d’accomplir les dernières volontés et les rêves de leurs défunts camarades.
    Cela dit, j’ai vu ce film il y a très longtemps, il est possible qu’il soit finalement mauvais.

  8. 8
    VIOLHAINE
    le Vendredi 18 mars 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    Hahaha Sam. Que lis-je ?

    « Et tu sais, à un moment j’ai presque songer à virer Elephant pour y mettre Rushmore de Wes Anderson. »
    Tu n’aurais pas osé quand même, hm ?

    « Mais j’ai eu peur des représailles. Et la pression de VIO était très forte à ce sujet. »
    Tu veux faire passer les chroniqueurs ciné de Discordance pour des opprimés ? Tu as sûrement raison :-D

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