L’ultime tabou – Franca Maï

par Sarah|
Franca Maï n'est pas une inconnue pour Discordance. Pour moi, si.... Intriguée par la quatrième de couverture, je me suis donc plongée dans la lecture de son dernier roman, gagnée par les sentiments contradictoires qui le jalonnent, entre horreur et rédemption.

tabouDès les premières phrases du livre tout bascule. Mme Alvy s’effondre… Sa fille Betty est morte.

Comment tolérer la mort d’une enfant victime du sadisme d’un homme ? Pourquoi continuer à vivre ? On pourrait croire ce thème proche de celui déjà traité par une multitude de fictions savamment calibrées pour faire pleurer dans les chaumières. C’était sous estimer le talent de Franca Mai, qui à partir d’un simple pitch de faits divers, arrive à installer le lecteur dans la détresse de cette mère, à travers ce roman intelligent et subtile.

L’entrée dans l’intrigue est rapide. Le malaise vous prend dès les premiers mots et il ne vous quittera plus. Entre le sordide du présent et les flash-backs d’un passé heureux, seuls vestiges d’une relation fusionnelle entre Betty et sa mère, L’ultime tabou nous entraîne dans une spirale de douleur et de questionnements.

Spirale qui ne fera que s’amplifier lorsque le voisin de Mme Alvy, ancien pédophile, se fera arrêter et accuser à tort.

 » Menotté, exhibé, il subissait la vindicte de la populace à cran. Le village avait été éclaboussé par les journalistes et tous se sentaient visés.

- À mort… [...]

Je ne l’ai pas quitté du regard mais aucun son ne dégorgeait, je voulais du silence. Qu’ils se taisent. Betty me parlait.

- Maman, ce n’est pas lui… »

En effet ce n’est pas lui l’assassin. Et lorsqu’il se présentera à la porte de Mme Alvy, dans un état aussi désastreux que le sien, elle choisira de devenir la confidente de cet homme aux pulsions pédophiles à fleur de peau. Au cours de cette alliance contre nature et dans leurs solitudes respectives, ces deux êtres vont partager leur vécu, tout en douceur, sans colère mais avec lucidité et froideur.

Vous vous rendez compte que j’en suis presque à regretter que Betty n’ait pas croisé votre chemin. Au moins elle serait en vie… Mais vous êtes une ordure. La pire des ordures.

Avec des chapitres qui s’enchaînent à une vitesse folle, le rythme d’enfer du bouquin fait que l’on ne peut le lâcher qu’après l’avoir dévorer d’une seule traite.

L’ultime tabou est à l’image de ce monde, bien plus compliqué que l’univers manichéen trop souvent dépeint et caricaturé. Franca Maï y joue constamment avec nos repères.

Loin d’être reposant, ce roman est palpitant et déroutant.

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Site officiel: http://www.francamai.net/

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