Kart – Frédéric Junqua

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Premier livre de Frédéric Junqua, Kart est un roman ambitieux, retraçant le parcours d'un jeune homme enrôlé de force dans les milices d'un régime dictatorial omnipotent. Malheureusement, le style de l'auteur freine - voire arrête - le lecteur.

kartDans le métro parisien, un jeune homme assiste à la mort d’une jeune femme, poussée sur les rails. Accusé d’être l’auteur du crime, il va subir pendant plusieurs jours tortures, emprisonnement et violences de toutes sortes avant d’être conditionné à la barbarie et envoyé aux confins de la ville pour chasser les animaux : «  Les animaux sont des êtres humains qui se privent de langage et retournent à un état premier imaginaire, plus encore, littéraire, car les règles qu’ils s’imposent proviennent de textes ou de films, tous du siècle précédent. ». Efficace dans la traque, le jeune homme grimpe les échelons, entraînant avec lui Kart, un être faible et transparent. Jusqu’au moment où il s’enfuit, disparaît et ré-apprend l’humanité, jusqu’à risquer sa vie pour témoigner son amour à Kart, condamné à mort.

Si l’idée et l’univers créés par Frédéric Junqua semble réussis, le style employé rend l’ouvrage assez expérimental. Les phrases telles «  L’air est saturé d’humidité, ses poumons conservent au tréfonds d’alvéoles soyeuses l’air vivace des montagnes mais un transfert moléculaire l’empoisonne de particules de mort lente » laissent le lecteur perplexe. On se demande pourquoi un tel style et pourquoi des phrases qui n’ont pas grand sens sont aussi fréquentes, au point de gêner la lecture. On reprend la page parce qu’on a perdu le fil, on s’agace, on reprend difficilement la lecture quelques heures après, en dépit des atouts de l’ouvrage.

Ce travers est regrettable, d’autant plus qu’il ressort de Kart des images fortes et poignantes sur l’horreur qui peut être instituée par ces régimes. Notamment sa découverte d’enfants aux yeux percés utilisés comme appât pour l’attirer et le mettre à la merci d’une milice à sa recherche. D’autant plus que même si le thème du régime dictatorial n’a rien d’original, Frédéric Junqua parvient à ne pas tomber dans une pâle copie d’un 1984 moderne.

Ainsi, Kart apparaît comme un roman violent et sombre, marqué très fortement par une écriture très particulière, qui pourra gêner certains lecteurs.

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En savoir +

Kart, Frédéric Junqua, Editions Léo Scheer, Collection LaureLi, 2009, 125 pages

Entretien avec Frédéric Junqua: http://www.dailymotion.com/user/laurelit/video/x9pb6m_entretien-avec-frederic-junqua_creation

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

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