Top 5 – Héros en collants

par |
A l'occasion de la sortie d'X-MEN et à quelques semaines de la déferlante Green Lantern, Captain America et compagnie, une petite piqûre de rappel (et pas d’araignée génétiquement modifiée) s’impose sur les adaptations de comics à Hollywood. Entre gros nanar et vieillerie kitch, le plus grand des super vilains est sans doute le cinéma.

Mention Pardonnable : Batman de Leslie H. Martinson (1966)

Première adaptation télé et ciné des aventures de l’homme chauve-souris, le Batman de 1966 est devenu tellement culte qu’il fait désormais office de référence. Le genre de film qu’on sait pertinemment mauvais et qui pourtant trouve un intérêt à être regardé. Casting athlétique, méchants terrifiants, scénario implacable, costumes infaillibles et gadgets réalistes ne seront au rendez-vous que vingt ans plus tard chez Tim Burton. Pour l’heure, c’est l’empâté Adam West en collants qui crapahute sur des décors en carton-pâtes à la poursuite de « l’association des super-vilains » kidnappant les hauts représentants des Nations Unies. Alors pour faire régner sa loi, le justicier est entiché d’un Robin qui brille dans le noir tellement sa cape est jaune, de tout un arsenal de Bat-machins et Bat-bidules et d’une force surhumaine qui offre les combats les plus chorégraphiés de l’époque. Un grand coup de carton PAF, SPLASH, WISSS, BOOM, le film s’enfonce toujours un peu plus dans le ridicule et un kitsch certainement en devenir. Mais tout ce petit monde de criminels et de justiciers a tellement l’air de s’amuser qu’en fin de compte nous aussi.

Batman

Mention Impardonnable : Catwoman de Pitof (2004)

Si on te surprend à ronronner pépère sur le canapé en regardant la télé et en ne pensant à rien, c’est que tu es un chat ; sinon, c’est que tu es devant Catwoman. Lorsqu’un superviseur des effets spéciaux s’improvise réalisateur ça donne des films pour Q.I. rikiki. Halle Berry en fausse moche (…) découvre une vérité inavouable sur ses employeurs. La crème anti-âge si révolutionnaire qu’ils s’apprêtent à lancer serait en fait un produit super dangereux aux conséquences super-graves pour les gentilles petites ménagères de moins de cinquante ans. Afin d’éviter les fuites, on liquide la petite. Heureusement pour elle (malheureusement pour nous) une espèce de lien mystique entre les chats la ressuscite et lui confère des pouvoirs incroyables (agilité, neuf vies et autres idées reçues sur nos amis les félins) afin d’aller refaire gentiment le portrait à ses ex-employeurs parce qu’ils le valent bien. Techniquement c’est moche et scénaristiquement inintéressant. Le personnage de voleuse et amoureuse transie de Batman est complètement réduit en poussière et n’offre uniquement que son nom à cette immondice  cinématographique. Point de Selina Kyle mais une certaine Patience Philips qui donne son identité civile à cette femme chat et qui nous confirme que les six scénaristes (rien que ça) responsables de ce scénario n’ont pas dû lire plus loin que la couverture des comics. Dommage, quant on voit la créature parfaitement hybride et sexuée que ce dernier propose et que Michelle Pfeiffer a si bien incarné dans Batman le Défi.

Catwoman

Le flop :

5. La ligue des gentlemen extraordinaires de Stephen Norrington (2003)

La Ligue des gentlemen extraordinaires est à l’Angleterre ce que la Justice League of America est aux États-Unis. Née sous la plume du génialissime Alan Moore, le papa de Watchmen, From Hell et V for Vendetta, le comic book d’origine s’inscrit dans la lignée des plus belles séries et des plus grandes idées de son auteur. Le concept : piochez dans la littérature populaire européenne toute une série de personnages forts et charismatiques, réunissez-les dans une intrigue elle aussi inspirée de la littérature et mélangez le tout dans un patchwork de références. La Ligue en BD, c’est le genre de bouquin qu’on lit avec les pages Wikipédia ouvertes pour glaner toutes les références de son auteur. Plus que le scénario, ce qui est génial c’est le jeu de piste culturel que Moore nous propose. Alors quand Hollywood s’en empare et passe à la trappe tout ce qui fait le charme de la BD pour ne garder que l’idée de l’association de héros populaires, on a le sentiment d’être pris pour un idiot. Oubliez le terrible Fu Manchu, les martiens de La Guerre des mondes, ou L’Opéra de Quat’sous qui donnaient leur trame principale aux différents comics, et embarquez dans une histoire abracadabrante de complot politique et de dissolution des grandes puissances européennes. Évidement les Américains ne peuvent s’empêcher de vouloir à tout prix sauver le monde et, comme leur littérature a été volontairement délaissée par l’auteur, on y rajoute un Tom Sawyer fadasse devenu agent secret (on y croit moyen quand on connaît le loustic) pour dire qu’une fois encore le pays de la liberté a contribué à vaincre la tyrannie. C’est sans doute ce qui a agacé Alan Moore et qui fait que, depuis ce film, il refuse catégoriquement d’être crédité au générique des adaptations de son œuvre.

La Ligue des Gentlemen Extraordinaires

4. Batman et Robin de Joël Schumacher (1997)

Neuf ans après Tim Burton et son expressionniste vision du chevalier noir, Joël Schumacher poursuit un massacre commencé deux auparavant avec Batman Forever et finit par refroidir la franchise. Scénario improbable et incompréhensible (comment un télescope peut-il devenir un laser à glace ?!), interprètes en roue libre (Clooney s’excusera d’avoir tué Batman) auxquels s’ajoutent des décors et une lumière hideuse sortis tout droit d’un jeu présenté par Vincent Lagaf. Mais rien de tout cela n’est vraiment très grave en comparaison des costumes du film. La séquence « gimmick »  de l’habillage de nos deux gaillards est à mourir de rire : plan de l’armure, des bottes, des gants, de la b***, du cul, du masque avec regard vénère de Batman qui va casser du méchant. Mais le plus drôle là-dedans c’est le torse de notre justicier, affublé de son éternelle cible-logo de chauve-souris, où les couturiers ont eu l’excellente idée d’y dessiner les tétons (la photo en est témoin). Alors pour un des personnages on se dit que ça peut passer, mais c’est le même tarif pour Robin et Bat-girl. Uma Thurman n’est pas en reste avec ses cheveux rouges peignés comme les oreilles des bunnies et son justaucorps de playmate. Dans le coup, le seul qui s’en sort à peu près bien c’est Schwarzy en Mister Freeze. L’armure n’est pas terrible mais c’est le moins ridicule de tous. Enfin jusqu’à ce qu’on ait vu sa bagnole… Bien que foncièrement mauvais, il faut considérer le film davantage comme une continuité à la série animée de l’époque et non au film de Burton : le ton résolument ringard et comique de certaines séquences le destine plus aux enfants qu’au Fan pur et dur du comics ou des précédents films. Une madeleine de ringardise qu’il est bon de manger parfois.

Batman et Robin

3. La trilogie Punisher de Mark Goldblatt, Jonathan Hensleigh et Lexi Alexander (1989, 2003, 2008)

Que dire de la triple tentative d’adaptation du plus sombre des héros Marvel ? Et bien, hormis la débauche de violence, de pyrotechnie et autres caractéristiques du film d’action US, pas grand-chose. Le casting est d’une pauvreté talentueuse sur l’ensemble de la série, Dolph Lundgren, Thomas Jane et Ray Stevenson se succédant sous le trois-quart de Frank Castle, et les méchants sans ambition s’affichent en caricature consternante du genre mafia sans peur, sans faille et intouchable et qui prend quand même une sévère peignée par notre « Justicier ». Alors effectivement quand on prend le temps d’observer la bande dessinée d’origine, on ne s’attend pas non plus à un chef d’œuvre, le personnage offrant quelque chose de cinématographiquement limité. Franck Castle, super-flic intègre et respecté, voit sa vie basculer lorsque le parrain des parrains expédie six pieds sous terre sa femme et ses enfants. Laissé pour mort, il revient ivre de vengeance et de justice sous les traits du Punisher, taré en imperméable qui dégomme à coups de fusil à pompe du truand par paquet de douze. Dans le coup, l’adaptation laisse peu de place pour y mettre une vraie profondeur psychologique de héros torturé (ce qu’il est pourtant dans la BD). Enfin ce n’est pas grave, on aura quand même bien rigolé dans la version de 2003, quand Franck Castle, après le meurtre de sa famille, trouve à la surface de l’eau un t-shirt sur lequel les marques laissées par l’essence dessinent une tête de mort qui deviendra l’emblème de sa croisade vengeresse.

Punisher

2. Ex-Aequo : Daredevil de Mark S. Johnson (2003) et Elektra de Rob Bowman (2004)

Image de Daredevil Deux heures avec Ben Afflek et Jennifer Garner en tenues de cuir moulantes ça vous dit ? Alors, c’est pas une petite annonce pour un quelconque rendez-vous, mais une façon de résumer ces films bien vides. L’univers du diable de Hell’s Kitchen a perdu de sa superbe dans les lignes de ces adaptations inspirées des travaux de Frank Miller. En pleine success story, après les réussis Spider-man et X-men premier du nom, Marvel Studio cherche le profit en transposant tous leurs super-héros de papier sur nos toiles de cinéma (la même année nous auront droit au Hulk de Ang Lee) quitte à oublier d’embaucher des scénaristes. Daredevil c’est donc l’histoire d’un gamin victime d’un accident quelconque qui perd la vue mais gagne d’autres pouvoirs à la place. Une fois adulte et devenu avocat, il fait régner la justice le jour et protège les innocents la nuit. Rien de très original par rapport à n’importe quel autre justicier en collant et c’est justement ça le souci. L’évolution du personnage proposée par Miller dans la bande dessinée était tellement riche et intéressante que de la savoir ici délaissée au profit d’une image de justicier tout beau, tout propret et tout con, parce que c’est Ben Affleck et son physique de gendre idéal qu’il a le rôle titre, ça donne envie de perdre la vue justement. Dans la foulée, Marvel nous place un personnage secondaire de justicière avec des tridents pathétiques en la personne d’Elektra dont les deux seules fonctions sont : une scène de sexe du point de vue de l’aveugle avec feu de cheminée et tout le tintouin caricatural et l’annonce du spin-off qu’on aura tout le loisir de supporter deux ans plus tard. Pas de meilleure facture que la franchise mère et même de qualité moindre (les effets spéciaux font très années 90), les deux films sont cependant placés sur un pied d’égalité puisque dans un sens on n’aurait pas eu l’un sans l’autre.

Daredevil

1. Les 4 fantastiques de Oley Sassone (1994)

Nous sommes l’année de Forest Gump et de ses effets spéciaux sidérants. Nous sommes un an après Jurassic Park et la résurrection des dinosaures. Nous sommes un an avant Toy Story le premier film entièrement réalisé en images de synthèse. Nous sommes en 1994 et autant dire que l’ère du nouvel Hollywood commence. Oubliez les monstres en pâte à modeler à la Jason et les Argonautes, terminé les décors en polystyrène qui rebondissent, les tempêtes, les tornades, n’importe quelle catastrophe naturelle, on peut tout faire par ordinateur maintenant… Quoique ? Vous devez être rare à connaître et même à avoir vu cette première tentative d’adaptation des 4 fantastiques au cinéma. Et pour cause, le film n’est jamais sorti en salles, interdit par Stan Lee lui-même (créateur de Spider-man, X-men, les 4 fantastiques, etc.) devant la médiocrité technique et la pauvreté du scénario. De son vivant, il s’est retourné dans sa tombe. Alors comment le voir, me direz-vous ? Et bien vous le trouverez sans doute dans un vide-grenier ou une brocante pendant vos week-ends printaniers mais en VHS (oui en VHS, il n’existe pas en DVD) et achetez-le s’il n’excède pas les 90 centimes, sinon rendez vous et armez vous de courage sur les sites de peer-to-peer où vous pourrez peut-être en tirer une version numérisée mais de mauvaise qualité. Sinon il y a la solution pratique : vous allez sur YouTube et vous le regardez en quatre « fantastiques » parties. C’est vous dire si ces quatre héros en collants méritent leur place de numéro un !

Les 4 fantastiques

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article