Un roman français – Frédéric Beigbeder

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Ah un nouveau Beigbeder . Pas un roman en plus, une autobiographie. Non disons, des fragments d'autobiographie. De la vraie, pas un double de l'auteur camouflé sous les noms extravagants d'Octave, Oscar, ou même Marc Marronnier.

beigbeiderLe fait est qu’après un roman aussi désastreux qu’ Au secours, pardon (celui que même ses lecteurs les plus fidèles n’ont pu défendre avec autant de conviction qu’avant), il fallait relever la barre. Et même la relever bien. Ce qui signifiait aussi relever la tête. Et quoi de mieux pour relever la tête qu’une confession, la plus sincère possible, en forme de mea culpa et de rédemption ? Une sorte d’ Au secours, pardon bis, mais pour de vrai cette fois.

Le point de départ du livre ? La fameuse arrestation très médiatisée de Frédéric Beigbeder en janvier 2008, alors qu’il sniffait une ligne de coke avec plusieurs noceurs parisiens sur le capot d’une voiture en plein VIIIème arrondissement. Durant cette nuit de garde à vue où Beigbeder a la sensation de devenir à moitié fou parce qu’il ne dort pas, respire les relents de vomi et d’urine, entend les gémissements des types en cellule de dégrisement, il imagine les premières pages d’ Un roman français . Pour s’évader, il tente de se replonger dans son enfance et son adolescence, à l’époque où il naviguait entre les plages de la Côte Atlantique et les forêts du Béarn, se partageant entre cet Eden sauvage et les rues proprettes de Neuilly-Sur-Seine où il est né.

Construisant son livre sur un double récit – ses divagations dans sa cellule d’un côté, ses souvenirs de jeunesse de l’autre – Beigbeder cherche à comprendre comment est-il devenu cet adulte régressif qui ne cesse de prolonger sa jeunesse à coups de provocations maladroites et réalise avec stupéfaction qu’il n’arrive à se souvenir de rien. Où se sont enfuis ces moments ? Agréable surprise, le romancier abandonne effets de style à la petite semaine, fanfaronnade, il écrit ces pages avec une mélancolie non calculée. Des trouées touchantes dans un livre qui par ailleurs ne fera sans doute pas changer les détracteurs de Frédéric Beigbeder quant à ses pires défauts : les pages qu’il écrit à propos de sa garde à vue donnent vraiment envie de lui coller des baffes. Fallait-il vraiment attendre qu’il se fasse arrêter et subisse une garde à vue prolongée pour savoir que les commissariats français sont des « pourrissoirs d’êtres humains » ? Que c’est une honte, un scandale et on en passe ? Il s’insurge, s’indigne avec une véhémence bien naïve et franchement exagérée au regard de ce qu’il subit de la part des flics et du juge d’instruction.

Tout s’éclaire dans les pages souvenirs. Tout ce que Beigbeder est le premier à déplorer : il n’a jamais eu à se battre. Que le divorce de ses parents (qu’il n’a jamais osé véritablement interroger pour en savoir plus sur ses raisons véritables), que son frère modèle, séduisant à qui tout réussi (à la fois jalousé et adoré), que sa famille pleine de souvenirs de la grande bourgeoisie (ou aristocratie, le doute me prend), même ses turpitudes nocturnes ne remplaceront jamais tout ce qui fait la matière romanesque à laquelle il semble aspirer : crever la dalle, en avoir chié, être monté au créneau pour défendre ses idéaux.

Frédéric Beigbeder se voit comme un symptôme d’une génération qui n’a plus rien à conquérir, qui ne sait plus que désirer, ne rêve que d’obtenir et pas forcément à la force du poignet. Il en parle plutôt bien, mais on ne peut que déplorer son goût des raccourcis faciles qui trop souvent flinguent une idée en quelques mots à peine. On apprécie une pudeur inattendue, des phrases justes et belles à propos de sa fille Chloé (le dessin qu’elle fait chez le pédo-psychiatre le représente minuscule et loin de la maison à côté de son ex-femme à taille normale et près d’elle, qui le flingue en quelques secondes), les séquences de recul sur lui-même, on apprécie beaucoup moins son incapacité à travailler et développer tout ce qui donnerait du sens à son idée de départ : comment en vient-on à défier l’autorité en sniffant une ligne au vu et su de tous les rues du VIIIème ?

Plutôt meilleur que ses livres précédents, Un roman français émeut sans convaincre tout à fait mais rend au moins justice au talent d’écrivain dont Frédéric Beigbeder est capable quand il arrête sa tendance au potache, aux jeux de mots crétins, tout ce qui a toujours agacé chez lui et qui sait s’estomper dans ce livre. Et qui donne envie de lire les prochains pour savoir s’il continuera sur cette voie de plus de sobriété pour plus d’impact.

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En savoir +

Un roman français, Frédéric Beigbeder, Editions Grasset, 2009, 280 pages

Le site de Frédéric Beigbeder: http://www.beigbeder.net/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

5 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 19 août 2009
    A. a écrit :

    C’est bizarre, que moi qui suis tout de même plutôt profonde, je sois autant touchée par les livres de Beigbeder. Beaucoup de lecteurs malgré tout le sont aussi. Je ne vois aucune superficialité dans aucun livre de cet auteur. Bien au contraire. Pas encore lu ce roman français. Mais c’est sans doute un regard lucide et désabusé sur son époque, comme d’hab, dans chacun de ses livres, qu’il aborde les milieux échangistes, les commissariats de police, ou la publicité, c’est toujours un regard, original et vrai. Et c’est souvent très drôle aussi. C’était le cas d’Au secours pardon. Ce roman français semble plus nostalgique encore. Windows l’était déjà.

  2. 2
    le Mercredi 19 août 2009
    Ogareff a écrit :

    Moi j’ai bien aimé Au Secours Pardon. Limite, j’ai trouvé ça classe. Enfin dans son genre gros branleur, évidemment. Celui-là, je sais pas pourquoi, je le sens beaucoup moins…

  3. 3
    le Jeudi 20 août 2009
    Dom a écrit :

    Et bien j’ai engloutis tt ses bouqins en 10 jours il y a 3 ans….pressée de reparer une faute revelée des les premières lignes du windows on the world! Et puis j’ai été super décue par au secours pardon il y a deux ans, impossible de le terminer! Vraiment…le style n’etait pas la, j’ai pas du tout accroché…mais je pense vu les infos filtrants sur ce nouveau roman ( dont j’ignorais la sortie jusqu’a il ya 15 minutes) que ca va coller au style beigbeder à mort!…au vacances dans le coma et autre egoiste romantique ou nouvelles sous exta!!!…g hate de lire ca…

  4. 4
    le Dimanche 23 août 2009
    k. a écrit :

    Beigbeder n’a aucun talent si ce n’est quand il joue les provocateurs.. et encore. Sans la presse people il n’est rien.

  5. 5
    le Mercredi 25 novembre 2009
    Ouaicestpasfaux a écrit :

    Ce roman français laisse une incroyable sensation. Il éclaire tous les anciens romans de Beigbeder d’une nouvelle lumière, plus sincère, sans détour. A traver son histoire, pas toujours passionnante, on est emporté malgré tout par le style et surtout par la sensibilité extrême, la faiblesse aussi de l’auteur. La fin est magnifique, une véritable quête de soi, de l’importance de la filiation, du poids du temps.
    Si j’avais été vraiment déçu par « au secours, pardon » dans lequel je trouve qu’il se caricaturait, j’ai trouvé dans un roman français beaucoup de plaisir et la confirmation d’un vrai talent d’écriture et de conteur.

    k., quand on fait un commentaire aussi vide, basique et peu original (vous êtes nombreux à ne pas avoir lu, n’avoir que survolé, ou à être simplement incapable de surmonter votre haine du bourgeois ou du « gars qui marche »), on essaie d’étayer un peu son propos. Là, tu l’insultes lui et aussi ceux qui l’apprécient.
    Et si tu l’as vraiment lu, il y a des manières plus intelligentes et constructives d’en parler, non ?
    Sur ce, bonne lecture.

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