Conquistadors – Eric Vuillard

par Trots|
Pizarre va conquérir l’Empire Inca. Pour cela, Pizarre chevauche sa monture, s’allonge dans l’herbe, grimpe une colline, se gratte le menton, viole une ou deux Indiennes, mange un bout de maïs, descend la même colline, pille l’or des temples et essuie son front trempé de sueur.

vuillard Éric Vuillard adopte une narration sur fond historique, sans être réellement historique. Il revisite le quotidien des conquistadors, dans les plus infimes détails, en fonction de ce que lui imagine de la longue conquête d’un empire. Il leur attribue des ressentis, des états d’âme et des gestes qui lui font aborder cet épisode historique d’un point de vue totalement subjectif. Leurs véritables actions sur l’histoire du Pérou restent en toile de fond lointaine pendant les trois quarts du roman. Cette manière de raconter l’histoire pose question dans la mesure où elle s’attache à des micro détails imaginés sur des conquistadors somme toute très humains, sans s’attarder sur leur rôle plus global : une autre manière de narrer la chute de toute une civilisation.

Mais après tout, pourrions-nous dire, c’est une fiction. Au diable la vraisemblance historique. Le pire, c’est surtout qu’on se moque pas mal de savoir derrière quel bosquet a uriné Pizarre, quelle fleur il a aperçu, à quelle heure il a pensé à sa maman (flash-back multiples insupportables), ou comment il a découvert la patate. Tout est mélangé : souvenirs, actions de guerre, vie quotidienne, tirades de l’auteur sur des sujets métaphysico-religieux divers et variés, parallèles maladroits avec le monde contemporain, le tout dans un grand fouillis. Et on s’ennuie.

Passons. En-dehors du contenu, on aurait pu être porté par une langue de qualité. Mais là encore on s’énerve, on s’agace sur ce roman qui met en rogne. Le rythme littéraire n’est pas fluide (phrases à rallonge, phrases d’un seul mot), et le langage est extrêmement pompeux. Eric Vuillard emploie des mots inconnus du commun des mortels (érudition ou prétention ?), et dédie des paragraphes entiers à des réflexions mystico-politico-religieuses sur la vie, la mort, la nature du genre humain, rien que ça.

Conquistadors, un roman au sujet intéressant, s’est transformé en livre ennuyeux du fait de la manière de traiter l’histoire, et surtout de l’emphase qui l’emplit tout entier.

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Conquistadors, Eric Vuillard, Editions Léo Scheer, 2009

4 commentaires

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  1. 1
    Alex
    le Lundi 16 novembre 2009
    Alex a écrit :

    Je n’ai pas lu ce livre, mais en bonne réfractaire par anticipation qui a décidé de se cantonner à ses préjugés, je suis rudement contente d’en lire une critique négative.
    Faut dire que les critiques positives que j’ai lues m’ont endormie au bout de trois lignes ou plongée dans la plus grande perplexité (l’exégèse ontologique du conquistador, y a rien à faire, j’imprime pas).
    Et puis je suis contente, aussi, de savoir qu’il s’agit d’Incas, de maïs et de viol d’Indiennes.
    Qu’un décor soit planté, quoi.
    Parce qu’une fois de plus, l’exégèse ontologique du conquistador, concrètement, ça ne m’évoque… Rien.
    Enfin si : des mots inconnus du commun des mortels, dont je fais partie, et d’ailleurs je suis bien contente – ces conneries pseudo érudites et surtout très pompeuses n’existent que pour créer des castes imaginaires, de toute façon.
    Tu penses, ils en ont tellement chié pour se foutre de la doctrine philosophique dans le crâne que maintenant qu’ils l’ont, il est hors de question qu’ils en laissent des morceaux s’échapper pour les donner en pâture aux grouillots.
    Du compliqué, c’est tellement mieux – que surtout personne sauf ce petit cercle n’ait accès à la Révélation de la Littérature, sinon ils pourraient avoir l’impression de ne plus être spéciaux, uniques, littéraires, en fait.
    Non.
    Littéraires – j’insiste sur le « L », très important.
    J’dois avoir l’air aigrie, ou au moins pas contente, mais c’est seulement que j’ai pas encore bu mon café.
    J’ai bien aimé cet article, vraiment.
    Parce que j’en connais plein qui préféreraient crever plutôt que dire « ce bouquin m’a ennuyé », en parlant du même et quand bien même ils le pensent. Et ça… Ca, ça m’rend pas contente, par contre !

  2. 2
    Trots
    le Lundi 16 novembre 2009
    Trots a écrit :

    Un des meilleurs remèdes à l’insomnie du moment… ;-)

  3. 3
    le Dimanche 29 novembre 2009
    Serge ULESKI a écrit :

    Vieux roman dans le fond comme dans la forme écrit par un vieil auteur pour de vieux lecteurs qui ne supportent plus l’innovation d’où qu’elle vienne : littérature, musique, arts plastiques…

  4. 4
    le Lundi 30 novembre 2009
    Serge ULESKI a écrit :

    Annule et remplace… le commentaire précédent

    _____________

    Vieux roman dans le fond comme dans la forme écrit par un vieil auteur pour de vieux lecteurs qui ne supportent plus l’innovation d’où qu’elle vienne : littérature, musique, arts plastiques…

    S’il était question de musique, il s’agirait d’une symphonie de Chostakovitch (1950) ; de peinture, un cycle de peintures épiques par Le Brun (1650) ; et de littérature, on pensera à « La Chanson des Nibelungen » (1750)…

    Le tout en 2010…

    Dur dur !

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