L’inceste – Christine Angot

par Arno Mothra|
Si vous pensiez que la plus mauvaise littérature se résumait aux autobiographies (?) de Bigard, Doc Gynéco ou Patrick Sébastien, voici de quoi fausser votre jugement.

Qui a lu un ouvrage de Christine Angot ne peut pas se tromper sur le talent de la dame : si le sujet varie parfois de quelques lettres, le gouffre sans prestance reste le même (l’auteur ne sachant même pas, comme pour son chef-d’oeuvre Peau d’Ane, inventer correctement un résumé). Sans mises en forme (ni phrases, ni syntaxe, ni vocabulaire, ni même paragraphes), Christine Angot écrit, de son stylo-phallus rempli à l’étron, comme les plus illettrés communiqueraient entre eux à travers leurs blogs (« G mangé dé nioki ct pas bon, il fé frua g mi 1 pul lé zavion son ver. Jvé prendr 1 douch. Fo kje bèz c urgen. »). Pour L’Inceste, le concept d’écriture de Christine Angot aurait pu être intéressant s’il n’avait pas été médiocre, car la narratrice, névrosée hystérique, relate un court instant de sa vie en faisant le parallèle entre un tribadisme naissant et les relations incestueuses qu’elle entretenait avec son père durant son enfance. Sauf qu’un livre sans vraies phrases, c’est un peu comme un cd sans musique.

Exemples significatifs les moins salaces de la prose de l’auteur (ndlr : ce ne sont pas des dialogues) :

« Mon trésor, mon amour, mon or. Léonore. Ma Léonore, mon trésor. Mon trésor, mon or. Pas de Marie, pas de mariage, pas d’or. » (page 49)

« Ce n’est pas une question d’envie ou pas, c’est que je ne veux pas. » (page 139)

« Ca ne me fait pas bander ceux qui n’ont rien. Ceux qui n’ont pas de queue, moi, eh bien je trouve que ça manque. » (page 28)

« Mon or, mon amour, mon or. Lé-o-nor. Nonor, mon amour en or. » (page 87)

Puis enfin, point culminant de la poésie :

« Léonore Marie-Christine Marie-Christine Léonore Léonore Marie-Christine Marie-Christine Léonore Léonore Léonore Léonore Marie-Christine Léonore Léonore Léonore Léonore. Léonore Marie-Christine Marie-Christine Léonore. Léonore Marie-Christine. Marie-Christine Léonore. Mon petit amour ma petite chérie mon or mon trésor mon amour mon petit amour Marie-Christine Léonore Léonore Marie-Christine Marie-Christine Léonore Léonore Marie-Christine Marie-Christine Léonore En accouchant je suis devenue homosexuelle en accouchant Léonore Marie-Christine Léonore Léonore Léonore Léonore-Christine faudra qu’on y aille dans ce restaurant A Copenhague Le Léonore-Christine Léonore Marie-Christine Léonore Léonore mon trésor (.) » (page 69)

Pas de doute, y a du Baudelaire là-dedans. Mais afin d’accentuer son ridicule, Christine Angot joue également avec l’inutile en citant dans le vague Freud et Françoise Dolto . Sauf qu’il ne sert à rien de péter en l’air lorsque l’oxygène a déserté. Cela dit, à la page 89, Christine Angot nous met en garde avec cet avertissement transcendant : « je ne suis pas Nietzsche. » On l’aurait remarqué par nous-mêmes, merci.

Bref, à l’heure où la conscience collective s’élève en masse vers les mesures écologiques, faites un geste pour les forêts, évitez-leur une mort atroce et inhumaine : boycottez Christine Angot . Viendra bien un jour où l’éthique et la déontologie renverront les éditeurs à ne plus publier une telle horreur. Définitivement consternant, risible et effarant.

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L’inceste, Christine Angot , Editions Stock (pour la première édition, Livre de poche pour l’édition actuelle), 189 pages

7 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 12 mars 2009
    Anne B a écrit :

    Voici ce qu’en écrit Pierre Jourde dans son monument de critique (au vitriol) de la « littérature » contemporaine, « La Littérature sans estomac » : « Ce repli narcissique de vieille gamine desséchée par une avarice sénile dégoûte un peu, fait pitié un peu. C’est là le vrai génie : un grand écrivain a l’audace de nous écoeurer. Angot est une sainte de la pauvreté d’esprit ». Pour lire le texte intégral de ce premier chapitre, rendez-vous sur http://www.yodawork.com/images/POCKET/da/S12620ch1.pdf et si vous voulez lire une critique de ce savoureux ouvrage avant de vous jeter dessus toutes affaires cessantes, rendez-vous sur http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?article253 L’auteur de cet article présente magistralement l’oeuvre, il n’y a rien à y ajouter !

  2. 2
    le Dimanche 15 mars 2009
    Pas d'accord a écrit :

    Si vous allez sur le site des victimes de l’inceste, http://www.aivi.org, vous vous rendrez compte que le livre de Christine Angot est un livre important, c’est la première, je crois, qui ait abordé ce sujet, et pour ma part j’ai trouvé ce livre fort et bouleversant, c’est d’ailleurs ce livre là, qui la fait connaitre. J’ai lu sur un blog, au sujet de son dernier livre: Et elle reparle de son père! Cela m’a fait sourire car Christine comme toute victime en parlera toute sa vie.

    C’est étrange que vous citiez sur ce site, tous les films d’Arakki, sauf Mysterious skin.

    Critique AIVI au sujet du livre d’Angot, Inceste:

    Si le livre a provoqué un certain scandale, c’est moins à cause de l’évocation d’une relation incestueuse avec son père ou d’une brève relation homosexuelle qu’à cause de cette rage impudique avec laquelle Christine Angot refuse les artifices littéraires qui lui permettraient de se donner le beau rôle. Si je dis « merde à ceux qui le liront » c’est parce que j’aurais aimé avoir autre chose à raconter. Que ça. Ecrire n’est pas choisir son récit. Mais plutôt le prendre, dans ses bras, et le mettre tranquillement sur la page, le plus tranquillement possible, le plus tel que possible. Tel qu’il se retourne encore dans sa tombe, si sa tombe c’est mon corps. S’il se retourne encore, c’est que je ne suis pas morte. Je suis folle mais pas morte. Je ne suis pas non plus complètement folle.

  3. 3
    Chloé Saffy
    le Dimanche 15 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    « C’est étrange que vous citiez sur ce site, tous les films d’Arakki, sauf Mysterious skin. »

    Parce que l’article était consacré uniquement à la Teen Apocalypse Trilogy d’Araki, pas à ses autres films (j’adore les gens qui ne lisent les papiers qu’en diagonale ^^)

  4. 4
    le Mardi 17 mars 2009
    Anne B a écrit :

    Ce qui est mis en cause, ce n’est pas le sujet abordé, mais l’écriture : au nom de quoi la pertinence d’un sujet (et Dieu sait si celui-ci l’est, mais Angot est loin d’être le seul auteur à parler d’inceste, ni la première, d’ailleurs) justifierait-elle à elle seule la qualité d’auteur littéraire ? Est-ce à dire que, parce qu’elle s’est proclamée auteur et a eu la chance de publier chez un éditeur de premier plan, elle est plus légitime dans son écriture que toutes celles (et ceux) qui, avant elles, ont témoigné avec l’honnêteté d’appeler leurs écrits des récits et non de « l’autofiction » ? La qualité d’auteur, me semble-t-il, se définit non pas par la pertinence du sujet traité, mais par celle du traitement lui-même… et aussi, par la capacité à transformer l’essai par la suite. Or Angot n’a su faire réellement bien ni l’un ni l’autre…

  5. 5
    le Mardi 17 mars 2009
    Pour les étudiants a écrit :

    Mémoire sur Angot et l’inceste si le sujet intéresse certains.

    http://www.archipel.uqam.ca/787/01/M10062.pdf

  6. 6
    le Lundi 16 mars 2009
    OK a écrit :

    Le livre d’Anaïs Nin, Inceste, évoque sa relation incestueuse réussie avec son père à l’âge adulte, Klaus Kinski relate dans ses mémoires, Crever poru vivre, sa relation incestueuse réussie avec sa mère à l’âge adulte. Ces livres sont intéressants à ce niveau, cependant ils retracent une vie sexuelle adulte librement consentante.

    Christine Angot, tout comme le héros de la Male Education d’Almodovar ne peut être qu’une névrosée hystérique, forcément, et c’est ce qui fait qu’elle est Christine Angot, une survivante de l’inceste à l’écriture déconstruite, déstructurée comme l’est, le moi profond d’une victime.

    Le meilleur livre que j’ai pu lire sur l’inceste, qui est un chef d’oeuvre littéraire (selon moi), a été écrit par Jean Paul Roger prof de français à Montréal, victime d’inceste par son père de 7 à 15 ans. L’inévitable, collection XYZ, Montréal, on peut commander ce livre en France ou en ligne.

    http://www.xyzedit.qc.ca/port_info.php?lang=fr

  7. 7
    le Lundi 9 août 2010
    Michiko a écrit :

    C’est si facile d’ostracisé Angot, beaucoup plus difficile de tenter de comprendre que le style fragmentaire fait aussi parti de la réflexion sur la littérature qu’elle a amorcé dès le tout début de son œuvre. Je ne comprends pas la fixation sur le style, on dirait que c’est le seul reproche que les critiques ont trouvés pour la répudié. Ça et le fait qu’elle ne sait que parler d’elle et de l’inceste qu’elle a vécu. Ce sont des reproches qui, à mes yeux, montre l’étendu de la non-lecture, ou alors de la lecture non avisée. Depuis quand est-ce qu’un auteur ne se résume que par son style? C’est la même chose en cinéma : est-ce qu’une œuvre doit obligatoirement avoir un style léché à tout casser pour être considéré comme acceptable? Enfin bref, je m’égare. Tout cela pour dire que cet article prouve encore une fois qu’Angot réussi toujours autant à déranger, et c’est bien tant mieux. Un jour peut-être arrivera-t-on à reconnaître son talent malgré tout. En France, il faudrait tout de même parfois se questionner et faire un effort pour décloisonner un tantinet la littérature et la langue.

    Enfin bref, Angot, c’est tellement plus que l’inceste aussi. C’est plus que de la lamentation. C’est plus que du témoignage pour aider les autres victimes. C’est une réflexion sur l’interdit de l’inceste et le rapport de la société face à cela. C’est aussi une façon de bousculer le public sur les entendus et les lieux communs, afin de continuer à réfléchir sur des sujets que l’on catégorise parfois trop rapidement. C’est parfois aussi franchement épuisant, ça je l’admet. Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César, et gratter juste un peu plus profondément parfois, ne serait-ce qu’histoire de ne pas donner l’impression d’être critique littéraire sans même savoir analyser un récit.

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