Un léger passage à vide – Nicolas Rey

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Un léger passage à vide débute par un fils et finit par un sursaut. Entre-temps, le narrateur nous emmène dans une boucle qui ne sera jamais tout à fait bouclée, dans une succession d’instants aussi brefs que les chapitres de ce roman. A la lumière de ces étincelles de vie, Nicolas Rey regarde avec sérénité les années qui viennent de s’écouler, « désorienté mais souriant, comme toujours. »

un_leger_passage_a_videLa plupart des gens, lorsqu’ils parlent d’ Un léger passage à vide, le font comme d’un livre sur la désintoxication. C’est tout l’inverse. C’est une ode à l’addiction. A la vie, à l’alcool, aux drogues et surtout à l’amour, qu’il naisse au bout du fil ou au fond d’un verre de vin.

« Je m’appelle Nicolas Rey . J’ai connu un léger passage à vide entre onze et trente-cinq ans. » Non, ce n’est pas le début du roman. Ça aurait pu mais c’eût été trop facile. Au lieu de ça l’auteur nous offre des premiers chapitres à l’apparence décousue, à l’image de l’état d’esprit quelque peu chaotique du narrateur. De l’annonce du sexe de son enfant au cunnilingus imaginaire fait à une jeune haptonomiste en blouse blanche, la cohérence semble vaporeuse, presque aussi volatile que la poudre qu’il sniffe dans les toilettes – et parfois même avant de les atteindre.

« Je suis à trois grammes de cocaïne par jour. Je bois dès le réveil. Je m’enfile douze Xanax 50 milligrammes et sept Stilnow toutes les vingt-quatre heures. Je vous fais grâce des digestifs et de la codéine. Tout va presque bien. » Tout le roman est inclus dans ce presque, dans ce petit mot qui fait la transition entre le néant et l’absolu. Dans ce mot qui a jeté une passerelle entre une fin et un début. Parce que non, décidément, ça ne va pas. Et même si Nicolas l’ignore encore, les jours, les semaines et les mois qui vont suivre seront pires.

« Ça va aller, je te jure que ça va aller. Tu peux me croire, ça va aller de mieux en mieux. » Pour tenir cette promesse qu’il a faite à son fils, Nicolas va devoir faire face à l’impensable : il ne touchera plus un verre d’alcool de sa vie. Jamais. Et, pour ne pas être pris de vertige face à cette réalité insurmontable, il décide de prendre ça comme un jeu. Désormais chaque jour sera un nouveau défi, une nouvelle preuve d’amour pour ce fils qui par instants semble avoir déjà tout compris de la vie.

Un léger passage à vide, c’est aussi des personnages à part entière, des personnalités qui auraient chacune mérité un roman. Entre Yves, l’Ami, le Seul, le Vrai et Marion, femme aussi patiente qu’admirable, c’est toute une ribambelle de silhouettes qui défilent entre les pages de ce roman : on y trouve tour à tour Audrey, jolie jeune femme idéaliste et amoureuse de son chat, Michel, sorte de maître-chanteur tout puissant du centre de désintox et même Monica Bellucci . Car ce que décrit Nicolas Rey dans ce roman ce n’est pas la désintoxication. Ce n’est pas non plus l’addiction. Même pas la remontée d’une pente descendue trop facilement, trop rapidement, comme les gorgées de rouge au petit matin. C’est la Vie, tout simplement, avec ses petits hauts et ses jolis bas.

« Entre notre date de naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues, des mauvaises passes et puis tout le reste. J’ai retiré tout le reste pour t’offrir rien que des moments dingues et des mauvaises passes. Et des moments dingues, aussi. Et des mauvaises passes. Et ainsi de suite. »

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Un léger passage à vide, Nicolas Rey, Au diable Vauvert, 2010, 182 pages

A propos de l'auteur

Image de : Né en Allemagne à la fin des années 80, alors que l'ordre mondial était en plein bouleversement (et sa naissance n'y est sans doute pas pour rien), Loïc a eu très tôt le goût de faire tomber les murs. Aujourd’hui, c’est au sein de Discordance qu’il poursuit sa mission. Trop souvent adepte du « c’était mieux avant », passionné de cinéma, de littérature et de musique (tout un programme), c’est tout naturellement qu’il a choisi de prendre la tête de la rubrique Société : quelle meilleure tribune pour faire trembler les murs ? Vous pouvez à présent suivre ses élucubrations à la fois sur Twitter (http://twitter.com/JLMaverick) et sur son blog : http://johnleemaverick.wordpress.com.

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