Rue des Martyrs – Patrick Eudeline

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Souvenir d'août 2007 au cinéma. Tel père, telle fille, adapté de Teen spirit de Virginie Despentes. Patrick Eudeline, cheveux gras, lunettes noires plantées dans le visage qui assure d'une voix éraillée à Vincent Elbaz que si, si pour relancer sa carrière dans la musique, rien de mieux que jouer avec un groupe jeune, du sang neuf, qui ont la vie devant eux... Et là, on se rend compte que le groupe en question, n'est autre que les Second Sex.

9782246679011Quelque part tout est dit. Patrick Eudeline, tout comme Philippe Manoeuvre, ces dinosaures de Rock&Folk qui ne cessent de vouloir perpétuer cet « âge d’or du rock’n'roll » quitte à encenser des copies Canada Dry à peine pubères des idoles de leur jeunesse, sont littéralement restés coincés à cette époque soi-disant bénie de la reine des musiques.

Plongée dans le Paris des années 60, Rue des Martyrs suit le parcours de Jérôme, petit minet prêt à tout pour réussir dans la musique. Ascension, désillusions, drogues, amours sans lendemain, lieux ciblés de Paris, le tout courant sur trois décennies pour se terminer en 2008. Patrick Eudeline décide de montrer que depuis que l’industrie du disque existe, c’est toujours la même histoire : des talents bruts sacrifiés à la loi du marché et de l’audimat, des espoirs broyés, un pour tous, tous pourris et les vrais artistes sont des écorchés vifs qui ne pourront que finir par pointer aux RMI en vivant de leurs royalties lors de best of de leurs succès passés.

On comprend aisément l’attrait de Patrick Eudeline pour ces beautiful loosers, beaucoup moins son manque de passion à les évoquer. Il aligne les stéréotypes sans âme (en totale contradiction avec la petite phrase d’accroche de Virginie Despentes sur la quatrième de couv’!), comme s’il respectait un cahier des charges précis, mais sans avoir véritablement réfléchi à donner du corps à ses personnages. Une première évidence s’impose d’ailleurs, que vient faire ce volume dans la collection « Ceci n’est pas un fait divers » aux côtés des histoires romancées de Florence Rey et Audry Maupin, de Kitty Genovese, ou Grégory Villemin ? Il est certes vaguement question d’une fausse disparition et d’une réapparition de Jérôme laissé pour mort dont Chouraqui, son ami de toujours et son vieux complice, en sera témoin.

Il faudra pourtant une certaine dose de bonne volonté pour avancer dans cette Rue des Martyrs croquée sans enthousiasme réel, et – presque – dans la résignation. Rock is deader than dead chantait Marilyn Manson, pour Patrick Eudeline on en finit par se demander si ce n’est pas la même chose. Parce que Rue des Martyrs n’est pas un roman rock: comme ne le sont pas ces groupes versaillais qui ont coûté à Rock&Folk une grosse partie de leurs lecteurs mêmes les plus fidèles (lire noir sur blanc que Plasticines et Naast, c’était l’avenir du rock français, c’était à vous donner envie de défoncer toute la rédaction). Ce roman met en scène tout un succédané de la musique rock, sans jamais en atteindre l’essence. Attribuer des accessoires pourquoi pas, se réapproprier intelligemment des clichés OK, mais arriver à un résultat aussi plat, terne, vidé de sa substance, non, non et non.

Ce n’est pas parce que le rock est mort qu’il faut écrire dessus en donnant à ses lecteurs l’envie de se pendre.

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Rue des Martyrs, Patrick Eudeline, Editions Grasset, Collection Ceci n’est pas un fait divers, 2009, 312 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

16 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 24 juin 2009
    Dahlia a écrit :

    Ah je ne disposais pas de cette info, je vais donc aller faire qq recherches sur ce fameux personnage ^^

    « Eudeline écrit mal et qu’il est très chiant »

    Je te confirme, oui. C’est le premier livre que je lis de lui, je ne suis pas sûre de vouloir renouveller l’expérience.

  2. 2
    le Mercredi 24 juin 2009
    Virgile a écrit :

    « lire noir sur blanc que Plasticines et Naast, c’était l’avenir du rock français, c’était à vous donner envie de défoncer toute la rédaction »

    A 100% d’accord! Merci beaucoup pour cette chronique qui me donne encore plus de raisons de ne PAS lire Rock&Folk. ;)

  3. 3
    le Mercredi 24 juin 2009
    Dahlia a écrit :

    Héhé :)

    Je te conseille donc la lecture de ce billet du toujours pertinent Thom:

    http://legolb.over-blog.com/article-10911492.html

  4. 4
    le Mercredi 24 juin 2009
    Yojik a écrit :

    En fait, le rock est mort parce que le monde est devenu trop vieux.

    (Et oui, Eudeline a le cheveu gras:)

  5. 5
    le Jeudi 25 juin 2009
    Virgile a écrit :

    Je ne pense pas que le rock soit mort en général, mais juste que le rock français, qui n’était pas très représentatif à la base, soit en grande perte de vitesse… Parce qu’au fond des bons groupes de rock outre-Manche et outre-Atlantique, on en trouve! Ne désespérons donc pas! ^^

    Après, c’est sûr qu’on ne fait pas du rock maintenant comme on en faisait il y a 40 ans, mais ça je pense que c’est plus du à l’évolution de l’industrie musicale en général…

  6. 6
    le Samedi 27 juin 2009
    NLR a écrit :

    Tout est mort sauf la vie. (‘tain le bon titre ! merde, je copiraille, hop !)

  7. 7
    le Mardi 30 juin 2009
    daniel a écrit :

    Pour ton info aem, il y a un gars qui a vu Alain Kan en Asie au mois de mars 2009. Alain Kan ne serait pas mort, mais il a quitté la france depuis 1990.

  8. 8
    le Samedi 4 juillet 2009
    Purple heart a écrit :

    Eudeline bacle, c’est dommage.
    Ca se sent surtout à la fin de son roman

    Il a ce complexe integré, en fait il ne l’admet pas, mais il sait que pour faire « du rock » en France, il faut faire de la varieté.
    Si c’est trop racé, trop écrit, trop produit, le beauf francais n’en veut pas, et c’est lui qui assure le succès…
    Et eudeline hait les beaufs.
    (On le comprends, mais…)

    Donc il se refugie dans l’anecdotique elitiste et la forme plus que le fond (aller jusqu’a dire que le rock est un truc de bourges par essence…John Lydon aussi sans doute…).

    Son enemi numero un c’est son ego, sa qualité; sa culture, mais son parisianisme le met out trop souvent.

    Dernières avanies, son soutient a Hadopi, …
    Le net achève le vieux monde rock qu’il a connu, pour le pire, il a raison la dessus, mais il en reagit en crypto conservateur (pour un résultat douteux)…

    Un comble quand on connait son parcours, et qu’on a vu le regard que Balkany lui a lancé chez Ardisson…

    La forme, la forme…
    Certes il est fort dans ce domaine.
    Pour mieux oublier le fond hélas…

  9. 9
    le Mardi 18 août 2009
    fred a écrit :

    salut Daniel, petit détail concernant Alain Kan, a Paris Alain a disparus en 1990, mais a Genève il a été vu a des soirées dans la cave du squat qui se trouvait derrière la gare entre 1992 et 1994.

  10. 10
    le Mardi 18 août 2009
    Daniel a écrit :

    Oui Fred, je le dit sur le site Great Song, le squat se nommait ILOT 13 , une cave avec des concerts punk et alternatif. Alain Kan aurait passé un moment dans le coin, mais après sa disparition parisienne, entre 1992 et 1994, de source sur il avait des amis dans les environs de Genève donc cet version est probable.

  11. 11
    le Dimanche 30 août 2009
    Thomas a écrit :

    Chère Dahlia. Comme c’est aimable à toi de me citer.

    Mais tant qu’à faire de me citer, je te suggère mon article sur… Alain Kan (bien plus drôle à mon sens que celui sur les Plastocs ^^)

    http://legolb.over-blog.com/article-13859465.html

    J’allais dire « sur le surestimé Alain Kan » et retomber dans ce travers rocknfolkien (à part Eudeline personne n’a jamais surestimé Alain Kan, mais je crois que c’était un de ses amis, donc pardonnons-lui).

    Sinon je suis en train de lire ce livre (d’où ma présence ici). Je suis d’accord dans les grandes lignes, quoique je ne l’aurais sans doute pas attaqué sous cet angle (mais je suis un lecteur régulier de son auteur, ceci explique sans doute cela). J’imagine que nous en reparlerons bientôt, en attendant je t’embrasse…

  12. 12
    le Jeudi 1 octobre 2009
    Patrick a écrit :

    hello Dahlia,
    j’ai lu le bouquin d’Eudeline y’a pas longtemps et je te trouve très dure avec lui. En tout cas sur le contenu et l’histoire du ce livre. Je reconnais avoir à peu près l’âge de l’auteur ce qui fait que je vois où il veut en venir (enfin, je crois). L’hommage est évident et, pour une fois, justement, je trouve qu’il se la pète moins que sur ses autres livres ou tout au moins l’apparence qu’il veut avoir. Et si différence il y a, autant Manoeuvre joue au rock, autant Eudeline est rock. Alors pour vous, les plus jeunes, les blogueurs, il est plus facile de critiquer ce style, à l’arrache, où tout semble à bout de course ou en totale désillusion, mais il reflète la musique rock. Et, au risque de te choquer, si tout ce qui est arrivé de bon au rock depuis le punk n’avait pas existé, un Marylin Manson n’existerait pas.
    Quant au rock français, crois-moi il est bel et bien présent, très vivant et effectivement ce ne sont pas les Plasticines, Naast et autres BB Brunes qui le représentent. J’irais plutôt chercher du côté d’Asyl, Elista et plus loin encore Treemouth, Blackpool, Jaromil.
    A bientôt.
    Biz
    Patrick B.

  13. 13
    le Lundi 12 octobre 2009
    ptilou a écrit :

    Évidemment, j’ai l’âge d’avoir lu le n° 1 de Rock&Folk à sa sortie en kiosque. Mais je ne partage pas l’avis ci dessus. Eudeline écrit des nouvelles intéressantes et avec un style vif et plaisant… « Soucoupe volante » était pas mal et « Rue des martyrs » poursuit dans cette voie de chroniques parisiennes qui garderont de l’interêt dans les années futures. C’est bien vu, bien senti et vécu.
    Bref, rock n roll pas mort !
    ;-)

  14. 14
    le Mercredi 24 juin 2009
    aem. a écrit :

    La collection « ceci n’est pas un fait divers » parce qu’au travers de son perso principal, Eudeline raconte l’histoire Alain Kan, grand chanteur (pop / rock / punk / expérimental) français qui a totalement disparu dans les années 90 (c’est lui qui a fondé Gazoline) et dont personne (mais alors vraiment personne) ne se souvient ni ne sait où il est aujourd’hui (surement mort d’ailleurs).

    Rien que pour ça, je trouve une raison d’être au bouquin, et je pardonne à Eudeline tout ce qu’il a dit sur les Naast parce qu’au moins il se souvient d’Alain Kan. Bon après je ne le lirai pas parce Eudeline écrit mal et qu’il est très chiant, mais bon…

  15. 15
    le Dimanche 28 juin 2009
    aem. a écrit :

    Dahlia : Moi j’avais lu « Ce siècle aura ta peau » et j’ai trouvé que c’était un mauvais roman aussi, assez cliché.

    Si tu veux écouter Alain Kan, je te conseille l’album « Heureusement en France on ne se drogue pas » et « What ever happened to Alain Z. Kan » (si tu les trouve nulle part – c’est possible – ils sont dispo à la médiathèque de Tlse ^^)

  16. 16
    le Mardi 15 novembre 2011
    ZIZI OS BURNES a écrit :

    Il a également toujours écrit et chanté comme une patate depuis son unique et premier groupe de punks à clébards ASPHALT JUNGLE (après quelques autres avant.) Toujours écrit comme une patate disais-je donc depuis 77 (date de ses premiers exploits littéraires.) Ce fils de pute de faux punk à chiennes des beaux quartiers, ou de  » m’as-tu vu du 18ème  » ou bien encore de Johnny THUNDERS de carnaval écrivant de la merde en paquet depuis un baille dans un canard merdique de rock bobo démagogue pour adolescents attardés ne mérite qu’une chose, se faire savater sans pitié ni retenue à grands coups de Docs à travers la gueule ! Lol !

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