Les restes de Jean-Jacques – Pierre Stasse

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Expliquons très vite l’étrange titre du premier roman de Pierre Stasse. Jean-Jacques c’est le teckel (qui se prend pour un berger allemand selon Paul Léonard, le narrateur de cette histoire) de Manon, la future ex de Paul.

n92040444755_3865Car dès les premières pages, la jeune femme lui signifie son ras-le-bol de leur relation à coup de fusil dans la gueule. Enfin Paul a quand même le ton de plonger derrière le canapé. C’est que Manon ne supporte plus qu’il ne bosse pas, qu’il ne fasse rien de ses journées, ce qui inclut qu’il n’est pas fichu de nourrir son chien.

Paul fait donc ses bagages dare-dare pour atterrir chez Mikhaël et Anouchka (un frère et une soeur qui sont russes, au cas où leurs prénoms ne le laisseraient pas supposer), qui sont ses seuls amis. Puis il refuse l’aide de son père qui est un riche politique, il tombe amoureux de Kristin (une amie de la fratrie russe), une romancière à l’eau de rose publiant sous le nom de Caroline Domier et qui a l’âge d’être sa mère. Tout en étant toujours attaché à Anouchka. Puis il crapahute au Canada avec Kristin, puis aux Etats-Unis (Mikhaël qui a écrit un roman de six mille pages sur son grand-père a trouvé un éditeur new-yorkais). Il déprime pas mal aussi, il ne sait pas ce qu’il veut, il a des réflexions et tournures de phrases qui oscillent entre le grave et le loufoque.

Enfin loufoque c’est vite dit. Disons du loufoque mélancolique. Et souvent trop affecté. Les restes de Jean-Jacques est un fourre-tout très décousu : la bourre s’échappe de tous côtés et le lecteur passe son temps à rapiécer l’ensemble. Tout manque de liant, à commencer par les dialogues : tous ces personnages passent leur temps à se parler à côté. Littéralement. Quand l’un pose une question, l’autre répond à côté, comme s’il était défoncé (ou lunaire, du moins on imagine que c’était le but). Construisant une intrigue qui n’est pas vraiment une, Pierre Stasse mène en bateau sans qu’on sache si le roulis est réellement agréable.

Qu’est-ce qui nous retient dans Les restes de Jean-Jacques ? Un personnage échappe à l’apathie ambiante, George Sands, l’éditeur new-yorkais. Marqué à vie par une histoire des plus douloureuses avec l’un de ses jeunes auteurs qu’il raconte un soir à Paul alors qu’ils boivent plusieurs verres, il traverse le livre de façon fulgurante avec sa personnalité brisée, qui souvent frappe au coeur et frappe juste. George Sands aurait mérité un roman entier rien que pour lui. Parce que franchement Les restes de Jean-Jacques sont bien difficiles à accommoder.

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Les restes de Jean-Jacques, Pierre Stasse, Editions Flammarion, 2009, 286 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 26 août 2009
    adam a écrit :

    Sans papa le livre n’aurait pas été édité…
    Triste scène française…

  2. 2
    le Mercredi 23 décembre 2009
    toussaint a écrit :

    Commentaire d’adam n’est pas nécessaire, le reste est évidemment subjectif

  3. 3
    le Jeudi 31 décembre 2009
    dominique a écrit :

    J’ai lu le livre. J’ai beaucoup aimé. Très original, tant dans le style que dans l’intrigue. De l’humour, peu de sérieux, et cela fait du bien en des temps où chacun a tendance à se prendre pour le nombril du monde…

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