Crâneur – Jean-Alain Laban

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La Côte d'Azur, l'enfance et la relation filiale. Avec une présentation de ce type, on pourrait penser qu'il s'agit là des mémoires de Marcel Pagnol, puisque c'est sans doute l'auteur qui incarne le mieux - aujourd'hui encore - la combinaison de ces trois éléments dans l'inconscient collectif. Mais dans Crâneur le parfum d'enfance prend racine dans une tout autre époque.

craneurOn est à Nice, au début des années 90. Léonard a 11 ans, un meilleur ami qui s’appelle Steeve, des parents divorcés. Tous les quinze jours, sa mère le dépose pour le week-end dans l’un de bars que gère son père avec ses amis fort en gueule. et en poings. Avec cette incroyable capacité des enfants à s’accommoder des situations les plus scabreuses, Léonard suit ce père respecté de la pègre niçoise dans ses combines, auquel la mère de Léonard ne veut rien reprocher. En effet, c’est le jeune garçon lui-même qui va apprendre à faire ses choix en dehors des schémas habituels de ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.

Crâneur est avant tout un roman de garçons, ou plutôt une histoire de garçons qui s’articule sur deux duos : Léonard et Steeve, Léonard et son père. Pour qui a le même âge que l’auteur – 28 ans – il retrouvera avec amusement ce qui a construit une partie de son enfance : les jeux de billes, les échanges de vignettes des Crados et des figurines des Babies, l’arrivée de la première Game Boy. En plus des grandes discussions sur le monde qui nous entoure, savoir ce qui est juste ou ne l’est pas, l’éveil des sens face aux filles. La relation entre Léonard et son père évite quant à elle tout manichéisme, parvenant à retracer avec justesse l’admiration et l’amour que ressent un fils pour son père même s’il a conscience que ce qu’il fait est loin d’être réglo. Cette histoire, Jean-Alain Laban l’écrit sans mièvrerie ni fanfaronnade.

S’il est donc impossible de confondre ce Crâneur avec les souvenirs de Marcel Pagnol, le lecteur sourira de voir que c’est à lui que Jean-Alain Laban fait référence en exergue de son roman : « Monsieur, il me semble que vous avez oublié l’essentiel, et l’essentiel c’est de s’en foutre. » S’en foutre, c’est surtout ici une manière de ne pas juger ses personnages et contourner les chemins balisés de la morale. Dans l’énorme production de romans où la figure du père est toujours un immonde salaud qu’on apprend à détester très jeune, il est pour le moins touchant de lire une histoire où l’on arrive à restituer que même le moins fréquentable des papas reste bien souvent un héros pour son fils.

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En savoir +

Crâneur, Jean-Alain Laban, Editions Anne Carrière, 2008, 255 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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