La Zone d’Autonomie Littéraire : « a place to be »

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"Un espace/temps ouvert, a place to be" dira Marion Mazauric, éditrice au Diable Vauvert, au cours d'un débat. Telle est la définition que la Zone d'Autonomie Littéraire a tenté de donner de la littérature. Pour appuyer sa démarche, des acteurs au delà de la chaîne traditionnelle du livre : slameurs, musiciens, fanzines. Un salon nouvelle génération où nous nous sommes rendus, le temps d'une journée à Montpellier.

Un espace/temps ouvert, a place to be«  dira Marion Mazauric, éditrice au Diable Vauvert, au cours d’un débat. Telle est la définition que la Zone d’Autonomie Littéraire a tenté de donner de la littérature. Pour appuyer sa démarche, des acteurs au delà de la chaîne traditionnelle du livre : slameurs, musiciens, fanzines. Un salon nouvelle génération où nous nous sommes rendus, le temps d’une journée à Montpellier.

Un salon où se réunissent des indépendants du monde littéraire, avec l’envie de se placer à l’avant-garde, ne peut faire l’impasse d’un débat sur les révolutions en cours dans le monde du livre. La ZAL n’y échappe pas et ouvre, une heure et demie après le début des festivités, le débat sur le livre numérique. En compagnie de Marion Mazauric, et Thierry Crouzet, écrivain, nous n’avons pas échappés aux généralités sur la question tout en explorant des pistes plus inhabituelles.

Si ce dernier s’est interrogé sur les nouvelles façons d’écrire et de lire qu’implique la révolution des ebooks, l’éditrice du Diable Vauvert a tenté de définir, théories à l’appui, le livre au-delà de l’objet matériel, comme une place ou être, a place to be. Étant, en ce qui concerne la fiction, l’espace-monde déployé par son écrivain, tout en partageant avec la non-fiction le processus immersif de la lecture.

Avec le numérique, lecture et écriture forment également un espace ouvert. Thierry Crouzet s’est opposé à l’image éculée de l’écrivain dans sa tour d’ivoire. Écrire se fait pour lui en contact permanent avec le reste du monde. Il imagine d’ailleurs les auteurs en cyborgs, se nourrissant de l’intelligence des autres en parcourant internet, avant d’aboutir à leur propre œuvre.

Lire sur internet fait de plus en plus d’ailleurs appel à la sérendipité : la capacité à rebondir rapidement d’une information à l’autre. Se sont tramés alors dans l’imagination de l’éditrice comme de l’auteur, des livres à l’architecture complexe, que chaque lecteur parcourait différemment dans un labyrinthe de liens. Une expérience de lecture propre à chacun.

L’intérêt pour le livre en tant qu’objet ne risque pas, quant à lui de disparaître avec le numérique. C’est du moins la pensée qui nous vient en voyant le travail créatif des Éditions du Chat Rouge, l’un des invités du salon. En travaillant autour de rééditions d’auteurs du XIXe siècle, les éditions semblent s’attacher à donner corps qui correspond à leur personnalité. Les excentriques de Champfleury est ainsi publié dans un livre Haut de forme, dixit la collection où il appartient : de largeur étroite mais très grand.

Autre « rafraîchissement » de classiques, celui des Editions Petit à Petit dont certains ouvrages étaient présent sur la ZAL. Œuvre collective, les Contes grivois de Guy de Maupassant présentait le travail d’auteurs BD autour de récits peu connus du maître de la nouvelle. Si ce n’est le célèbre Mouche qui y faisait une apparition. De quoi démontrer que la littérature plus ancienne est un fond d’où l’on peut encore exhumer nouveautés et inspiration.

L’innovation, promue sur la scène de la ZAL, ne pouvait d’ailleurs se faire sans un retour aux sources de la littérature : l’oralité. La poésie qui s’est, au fur et à mesure de l’Histoire, séparée de la diction, retrouvait ici ses origines grâce à des créations mêlant musique et slam, présentées sur la scène du salon. L’écriture, activité intellectuelle et maîtrisée, s’est penché vers le geste et la performance, avec le duo entre Nat Yot et Swaï, groupe d’électro minimale. La slameuse s’est lancée dans une tirade où des morceaux de phrases, apparemment sans signification les unes par rapport aux autres, étaient reliées par des jeux d’évocations et de rebonds, à la manière d’un jeu surréaliste. Dans le retour de certaines obsessions, de mêmes paroles, une manière de faire le pont entre musique et littérature.

Initiée par la revue Squeeze, cette première édition de la Zone d’autonomie littéraire a prouvé qu’une révolution était en marche, de la lecture silencieuse, solitaire, à la lecture collective. La littérature a en tout cas joué le rôle d’un espace ouvert et d’un lien fort entre une infinités de modes d’expression.

[Photo d'illustration: Tarik Diaw]

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A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 4 février 2011
    PGR a écrit :

    Vous trouverez par ailleurs la video officielle de la ZAL 2011 en suivant ce lien : http://www.dailymotion.com/video/xgur8t_congruence_creation

  2. 2
    le Vendredi 4 février 2011
    Almaterra a écrit :

    Ah, pas facile d’être exhaustif mais c’est pourtant dommage d’oublier la présence de l’Exquise Nouvelle dans une version « reboot » écrite en live devant les visiteurs de l’événement. Voilà, ça, c’est dit !

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