Festival Fantasia de Montréal, prise 15 : Gros Plan

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Avec une impressionnante sélection de plus de 130 longs métrages et quelques 250 courts et moyens métrages, impossible de tout voir et encore moins de tout aimer. Bien sûr, il ya les films qui nous font passer un bon moment, mais qu’on aura vite fait d’oublier une fois sortis de la salle obscure, mais aussi ceux qui laissent en nous une marque indélébile, une forte impression qui nous obligera à repenser à certaines scènes ou certains personnages, même plusieurs jours après leur visionnement.

Ainsi, après un panoramique du festival, Discordance fait un gros plan sur dix films complètement différents, mais qui chacun à leur manière, se seront démarqués lors de cette 15e édition. Et parce que nous débordons d’amour, nous accordons dix mentions honorables.

10 COUPS DE COEUR ou les traces d’une édition aussi mémorable qu’éclectique.

Bleak Night (Yoon Sung-hyun, Corée du Sud)

Image de Bleak Night est un premier film, mais surtout un premier film maîtrisé, d’une sobriété et d’une complexité impressionnante. Nous plongeons dans un récit à deux temporalités, le passé et le présent donc. Un passé où les relations entre une bande d’adolescents se détériorent dans un montage intelligent par son absence de repères chronologiques. Et puis un présent où un père cherche des réponses sur le suicide de son fils auprès des camarades de celui-ci. Quel est ce mystère derrière la mort de ce jeune adolescent ? Profondément humain, Bleak Night est un regard lucide sur la fragilité de la vie. D’une écriture précise, Yoon Sung-hyun explore la psychologie de ses personnages sans jamais sombrer dans le manichéisme ou la facilité. Bleak Night est une carte de souvenirs où le spectateur est livré à lui-même, faisant face à la complexité humaine de la jeunesse : il n’y a pas de véritables victimes, juste des individus profondément humains se blessant les uns les autres. Et cette façon de se bousculer pour ressentir quelque chose, le physique et le psychologique entrant dans une danse où jamais personne n’en ressort indemne. Le cinéaste ne montre pas le suicide, il n’est pas intéressé à donner des réponses, mais à faire vivre des préoccupations, avec une compréhension sans faille. De plus, la temporalité éclatée est une façon magistrale d’établir l’absence de lien entre un père et son fils, ou paradoxalement ce lien fragile inaltérable qui pousse le père à enquêter. Bleak Night est un film bouleversant, trônant au sommet de cette édition de Fantasia, et le premier bijou d’une filmographie à surveiller. – SC

Attack the Block (Joe Cornish, Royaume-Uni)

Image de Attack the Block est le premier film de Joe Cornish. Afin d’éclaircir ce nom, Cornish est un proche d’Edgar Wright avec qui il a réécrit le script de The Adventures of Tintin: Secret of the Unicorn, de Steven Moffat (Doctor Who, Sherlock, Jekyll). Si on lit entre les lignes, il est une des belles plumes du Royaume-Uni. Passé ce gage de qualité, qu’en est-il de cette première réalisation ? Une réussite, tout simplement. Attack the Block a du style et se montre surtout moderne et original. Il n’est pas question d’hommage ou de nostalgie ici. Thème ressassé dans l’histoire du cinéma, on serait presque blasé des invasions extraterrestres. Et pourtant, on nous prouve le contraire, avec panache qui plus est. Un gang d’adolescents doit faire face à des créatures belliqueuses en pleine banlieue de Londres. L’humour du film ne vient jamais nuire à sa dimension dramatique. Cet équilibre donne une énergie insoupçonnée à Attack the Block, et c’est bien là son génie. L’écriture intelligente alliée au talent indéniable de sa distribution galvanise la tension et les enjeux. Pour ce qui est de la forme, on a de quoi être comblé : l’excellente musique de Steven Price et de Basement Jaxx ainsi que l’incroyable design des créatures viennent grossir les rangs de ce qui fait de ce film l’un des divertissements les plus efficaces de cette année. Et décidément, en 2011, Nick Frost aime beaucoup les extraterrestres, mais Attack the Block a bien plus à offrir que Paul (UK : 1. USA : 0). – SC

Redline (Takeshi Koike, Japon)

Image de Première évidence : Redline montre que l’animation japonaise ne peut compter sans le studio Madhouse. Redline, c’est un film de course halluciné, mais il serait dommage de le réduire à cela. N’y cherchez pas un scénario ultra élaboré, on n’est pas là pour ça : ça commence par une course, ça finit avec une course, et entre les deux la préparation des protagonistes pour cette dernière. On y met de la romance, de l’humour, un peu de politique pour densifier les enjeux et on évite de se prendre au sérieux. Il faut que ça soit cool et fun avec un beau charme rétro. La bande-son atteint une efficacité transcendante tandis que le character design s’impose avec style. Redline a son défi : mettre à l’épreuve nos sens au point de nous donner l’impression d’avoir absorbé des litres de boissons énergisantes en intraveineuse. Mais est-ce seulement ça ? Au-delà du pur divertissement que ce film représente, il tend à quelque chose de plus grand, peut-être même indirectement. Au sein d’un paysage d’animation se reposant sur ses acquis, le film de Takeshi Koike vient exploser cette paresse ambiante dans une déflagration à la fois de mélancolie et de renouveau. Cet affect fait que Redline dépasse ainsi l’ampleur de son ambition, s’imposant comme une sortie de secours. On n’avait pas vu ça depuis Mind Game (Studio 4 °C, 2004), et ça fait du bien, mais on n’espère pas attendre cinq ans pour un nouveau bijou de ce calibre. – SC

Super (James Gunn, États-Unis)

Image de On connaissait déjà l’idée de départ, dont un certain filon avait été exploité dans Kick-Ass, comic book créée par Mark Millar et John Romita, Jr. en 2008, et ensuite adaptée à l’écran par Matthew Vaughn en 2010. Un individu tout ce qu’il y a de plus ordinaire décide d’enfiler combinaison et cagoule pour aller combattre le crime, mais très vite, le héros en herbe se trouve confronté à de véritables criminels. La situation se gâte ; perte de contrôle et conséquences funestes s’ensuivent. Alors que l’adaptation cinématographique de Kick-Ass misait sur le spectaculaire héroïsme à l’américaine, Super s’avère beaucoup plus sombre et corrosif, s’aventurant sur des sentiers où le film de Vaughn n’aurait jamais osé poser les pieds. Ces deux films, au-delà de leur trame de base, sont en fait complètement différents. Malgré ses nobles intentions, Frank D’Arbo aka The Crimson Bolt (Rainn Wilson), n’est pas un preux défenseur de la paix. Tantôt pathétique, tantôt dangereusement inquiétant, Frank est un homme humilié carburant à l’énergie du désespoir et de la frustration, un homme en quête de vengeance, sur le point de non-retour. Puis, il y a Libby (Ellen Page), nom de code : Bolty, jeune fille aux allures inoffensives, mais à l’esprit profondément dérangé ; difficile d’oublier ce rire diabolique qu’elle pousse au volant de la voiture de Frank après avoir bousillé les deux jambes d’un malheureux. Ainsi, aveugle face aux dangers qu’il court, notre héros part dans cette vendetta personnelle contre l’homme qui lui a volé sa femme, mais aussi contre cette vie minable qu’il a menée jusqu’alors. Avec son humour noir et sa violence crue qui nous sort bien vite de notre zone de confort, Super parvient à faire naître chez le spectateur ce curieux mélange de rire, de malaise et de fascination, une combinaison gagnante qui rend ce film beaucoup plus audacieux et percutant que son homologue hollywoodien. – COM

Cold Fish (Sion Sono, Japon)

Image de Une œuvre perturbante détonnant avec le remarquable Love Exposure. Voilà ce que nous offre Sion Sono en attendant Guilty of Romance. Cold Fish est une descente aux Enfers aussi macabre qu’hystérique, aussi violente que sexuelle. Tiré de faits réels, ce qui n’est pas sans rajouter un certain malaise chez le spectateur, la narration se centre sur deux visages de la folie : celle tacite, voire refoulée symbolisé par le personnage principal et celle assumée et exprimée, symbolisé par le tueur excentrique. Ces deux visages se confrontent indirectement puis directement dans une danse extrêmement malsaine. Celle entre un modeste père de famille, marchand de poissons tropicaux et un important entrepreneur exerçant dans le même milieu. Le génie du film est de faire transpirer une tension dès la rencontre entre cet homme effacé et cet homme exubérant, avant de découvrir que celui-ci est un serial killer méthodique, aidé dans ses méfaits par sa femme. Le couple resserre alors un étau irréversible sur la famille du personnage principal. Méticuleux, Sono dépeint la nature humaine empreinte de folie. D’ailleurs, à la vue du film, on pourrait presque penser qu’il n’y a pas d’humanité sans folie. Aussi, le long-métrage n’hésite pas à recourir à des effets sanglants, voire carrément gores, pour représenter cette folie. Pervers et misogyne, la cruauté latente de Cold Fish laisse en nous des marques persistantes comme si la pellicule nous griffait de l’intérieur avec une narration aussi mesurée que l’élaboration d’une bombe, et on peut dire que l’explosion est au bout de la dernière bobine. Sion Sono est incontestablement un des cinéastes japonais les plus talentueux de sa génération et il le prouve encore avec Cold Fish. – SC

Bellflower (Evan Glodell, États-Unis)

Image de Dès ses premiers plans, Bellflower capte notre attention. Une photographie brute, crasseuse et suintante, à l’image du quotidien de Woodrow et Aiden, deux inséparables qui, à défaut d’avoir un boulot, travaillent ensemble à la conception d’un lance-flamme artisanal en prévision d’une éventuelle apocalypse. Nous ne sommes pas ici au cœur d’un récit de sci-fi postpunk aux allures de fin de temps, mais bien dans un recoin quelconque de Los Angeles où les paumés commencent et terminent leur journée au fond d’une bouteille de bière, pour mieux supporter la chaleur et l’effritement de leur propre existence. Fascinés par l’univers de Mad Max, les deux amis parcourent les rues de la ville au volant de Medusa (une Buick Skylark 1972 modifiée dont les pots d’échappement crachent des flammes) et vivent au jour le jour, sans trop savoir quoi faire de leur peau. Cette routine vide de sens est bientôt bouleversée par l’entrée en scène de Milly, nouvelle copine de Woodrow avec qui il partira en roadtrip jusqu’au Texas sur un coup de tête. Une lune de miel qui sera bien vite suivie d’une véritable descente aux enfers lorsque Woodrow découvrira que Milly lui est infidèle. Bien plus qu’une simple histoire de trahison, Bellflower est une expérience viscérale, un véritable coup de poing dans les tripes. Dans cette spirale infernale de violence et d’auto-destruction, jusqu’où peut-on aller par désir de vengeance ? En posant cette question aux conséquences funestes, Evan Glodell peint avec brio le portrait d’une génération larguée, en quête de repères ou même de sens, s’accrochant tant bien que mal à ce qui leur permettra d’oublier la futilité de leur quotidien, l’espace d’un moment. Avec son esthétique unique (fruit d’une caméra spéciale fabriquée par Glodell lui-même) et sa tension palpable, Bellflower laisse sa marque chez le spectateur, tels l’huile de moteur ou le sang qui viendra entacher les mains des deux protagonistes. Un premier film qui ne passe pas inaperçu, et ce en grande partie grâce au travail remarquable de Glodell en tant que réalisateur, mais aussi monteur, bidouilleur, producteur et acteur principal. En somme, un homme à surveiller. – COM

Detention (Joseph Kahn, États-Unis)

Image de Pourquoi faire des films en s’appuyant sur le sens et la cohérence, pourquoi se contenter d’un genre quand la palette cinématographique en offre bien plus ? Detention se moque des explications, de la cohérence rationnelle et trouve son intérêt dans la manipulation du public en l’emmenant là où il ne s’attend pas nécessairement aller, pour le bonheur du divertissement. Raconter le film s’annoncerait aussi périlleux que laborieux. Joseph Kahn réalise un spectacle ingénieux où les genres s’entrechoquent : le teen-movie, la comédie, le slasher, la science-fiction, etc. Il en devient impossible de s’ennuyer tant on ne peut être qu’impressionné par tant d’audace à intégrer des éléments aussi improbables. Le secret : ne pas se prendre au sérieux. L’arme : une idée à la seconde. Le long-métrage en regorge, compactant en 88 minutes, un nombre impressionnant de petites trouvailles géniales et de dialogues savoureux. Au-delà des genres, Detention est un film générationnel attachant une grande importance tant au détail qu’à son rythme. Bien plus que ce qu’il raconte, c’est son style qui impressionne. Impeccablement filmé et efficacement monté, Detention n’est pas sans rappeler les délires de Gregg Araki (Kaboom et Nowhere en tête) et la bombe d’Edgar Wright, Scott Pilgrim vs. The World. Joseph Kahn s’inscrit donc dans un cinéma purement pop culturel et autoréférentiel ayant pour cible la génération Twitter/SMS/Torrent. De l’audace créative, qui même si parfois elle se casse la gueule, s’en relève avec les honneurs. Ne cherchez pas un bon film, cherchez un film qui vous sort de votre zone de confort à la page divertissement, Detention y est. (Nous aurions aimé écrire une critique tenant sur 140 caractères le tout en langage SMS, mais l’exercice de style était trop audacieux. Cette critique n’est pas téléchargeable (merci de votre compréhension). – SC

Invasion of Alien Bikini (Oh Young-doo, Corée du Sud)

Image de Invasion of Alien Bikini. D’emblée, un titre comme celui-ci, c’est difficile à battre. « Invasion », c’est un grand mot, car il n’en est pas vraiment question. Pour le « bikini », on nous a un peu menti, mais on pardonne, car ça reste sexy et en petite tenue. En fait, il n’y a que sur l’« alien » où nous ne ment pas et même, mieux que ça : un alien tellement canon qu’on se damnerait pour un regard. Au final, un tiers du titre est vraiment représentatif du contenu du film. Se sent-on trompé pour autant ? Et bien non, au contraire même. Le titre baisse notre garde, nous fait croire à une série B fauchée, kitsch et drôle à base de sci-fi et d’action. Et ça démarre comme ça : après avoir été sauvée par un jeune coincé s’improvisant justicier la nuit, moustache et arts martiaux à l’appui, une belle extraterrestre en a après le sperme de son sauveur. Cependant, le jeune homme se préserve pour le mariage. S’en suit par la jeune femme de violentes tentatives d’extraction du précieux liquide séminal afin d’être fertilisée dans la nuit. Mais voilà, il suffit d’une scène pour que le ton change, une scène aussi troublante que violente et tout bascule. Un trauma remonte à la surface libérant une part sombre du personnage principal. Invasion of Alien Bikini est bien plus que ce qu’il laisse paraître. De léger, il devient viscéral frôlant parfois avec une dimension malsaine. Le film d’Oh Young-doo, microfinancé (5000 $ !) est un symbole : celui de l’idée l’emportant sur le budget. Original et inventif, le long-métrage tient en haleine d’un bout à l’autre, que ce soit dans les strates de la comédie ou de la science-fiction. On en vient à aimer le film autant qu’on le respecte. Et inversement. – SC

The Innkeepers (Ti West, Etats-Unis)

Image de Aller voir The Innkeepers sans connaître quoi que ce soit sur ce film est probablement le meilleur conseil que nous pourrions vous donner. En gros, arrêtez immédiatement de lire ce texte et courez voir ce film en salle si par miracle il passe dans un cinéma près de chez vous ! Mais comme la distribution en France est loin d’être assurée, autant glisser quelques mots sur ce film savoureux afin que le titre vous reste tout de même en tête. Rajouté à la dernière minute à la programmation de Fantasia après avoir fait un tabac lors de son passage à SXSW, le dernier film de Ti West (plus connu des cinéphiles pour son House of the Devil) est un film de fantômes dont le synopsis reste pour le moins classique. Le Yankee Peddler est sur le point de fermer ses portes définitivement et les deux employés du vieil hôtel supposément hanté passent leur dernier weekend de travail ensemble. Les chambres étant presque toutes vides, les deux acolytes profitent de leurs dernières nuits pour tenter d’entrer en contact avec les esprits qui hantent l’hôtel et d’enregistrer leur expérience. Un film à l’histoire relativement simple, mais dont la force repose sur trois éléments cruciaux : l’excellent jeu des acteurs, le timing impeccable de Ti West (ou comment nous maintenir dans le suspense juste assez longtemps pour atteindre le niveau optimal de frayeur), et surtout, les dialogues extrêmement drôles et affutés offrant une parfaite contre-partie à la tension et l’horreur. Un promoteur du film était venu s’adresser aux spectateurs avant le début de la projection, leur assurant que The Innkeepers serait le film le plus effrayant qu’il leur serait donné de voir à Fantasia, et que chacun d’entre eux tomberait amoureux de l’actrice principale. D’une certaine manière, il n’avait pas tort. Impossible de résister au charme de la craquante Sara Paxton, atout majeur de ce film qui nous aura offert une des meilleures frousses de tout le festival, et même de l’année ! The Innkeepers n’est pas un film d’horreur misant sur la violence ou la torture comme on en voit de plus en plus de nos jours, et c’est d’ailleurs ce style plus classique, mais ô combien efficace qui joue en sa faveur. Quel plaisir de se laisser prendre au jeu et de sortir de la salle tel un gamin encore sous l’emprise de la fébrilité et de l’excitation ! Un film d’épouvante comme il ne s’en fait plus que rarement ! – COM

The Phantom of the Opera (Rupert Julian, Etats-Unis, 1925)

Image de Le cadeau offert par Fantasia relève de la magie en noir et blanc. Un cinéma transcendant les émotions. On souhaite de tout cœur que l’expérience du muet en clôture du Festival devienne une tradition à Fantasia. Cette sublime valeur ajoutée avait été inaugurée en 2010 par la résurrection du Metropolis de Fritz Lang avec la fameuse bobine manquante ainsi qu’une nouvelle partition spécialement écrite pour l’occasion par Gabriel Thibodeau. Pour cette édition, le compositeur, accompagné de trente musiciens, réitère l’exploit de ressusciter un classique du muet : The Phantom of the Opera avec une bobine en Technicolor (la fameuse scène du bal). Le muet en 2011, toujours un beau défi. Le public, peu habitué au genre, ne retient pas des rires face au jeu excessif des acteurs, et ce, même lors des séquences dramatiques. Il en était de même l’année dernière pendant Metropolis. Pourtant l’expérience est incroyable. La composition originale de Thibodeau se fond à merveille avec l’âme gothique de l’œuvre de Julian et à son ambiance fantaisiste. Bien sûr, il serait excessif de qualifier le film de chef-d’œuvre tant certaines imperfections sautent aux yeux, tel ce recours irritant au slapstick, mais The Phantom of the Opera n’en reste pas moins un classique du 7e art. L’œuvre littéraire de Gaston Leroux, les décors de la Paris, le maquillage de Lon Chaney (confectionné par l’acteur lui-même), font partie du patrimoine cinématographique et les voir vivre sur un grand écran, dans une des plus belles salles de Montréal avec une partition originale relève de la magie, pure et simple. Fascinés, nous opérons à l’instar de l’héroïne du film, un passage à travers le miroir, au sein d’un monde onirique où les ombres dansent au son du silence. Et au terme du voyage, alors que les applaudissements retentissent dans la salle, enveloppant les musiciens, cela s’impose comme une évidence : le cinéma muet est éternel. – SC

MENTIONS HONORABLES:

Another Earth (Mike Cahill, États-Unis) /// Une planète apparaît un soir dans le ciel à proximité de la terre. Sans chercher à expliquer la cause de ce curieux phénomène, ce premier long-métrage de fiction réalisé par Mike Cahill se penche plutôt sur les conséquences qui entrainent l’apparition de ce corps céleste sur le quotidien de deux individus. Bien plus un drame qu’un film de science-fiction, Another Earth explore avec honnêteté et pudeur les thèmes de la perte, de la culpabilité et du pardon, et intrigue par sa fin ouverte qui donne matière à réflexion.

Love & Loathing & Lulu & Ayano (Hisayasu Sato, Japon) /// Hisayasu Sato offre avec le merveilleux Love & Loathing & Lulu & Ayano un regard lucide sur ces jeunes femmes se livrant à la pornographie au Japon. Le film pose également la question de l’identité, particulièrement l’identité féminine tant physique que psychologique au sein de la société nippone.

Petty Romance (Kim Jeong-hoon, Corée du Sud) /// Un des coups de cœur du public, cette comédie romantique montre que ce genre peut se faire une place au sein de Fantasia. Créatif et drôle, Petty Romance s’appuie sur des personnages attachants, devant créer un manhwa rempli de sexe et de violence. Ils apprendront à se connaître au fil du processus créatif, non sans mal et non sans une certaine fraicheur.

13 Assassins [Director’s cut] (Takashi Miike, Japon) /// Miike joue avec les classiques, malmène les codes pour offrir un film de samouraï d’une belle efficacité dans sa dimension épique. Sans être un grand film, 13 Assassins reste un très bon film. Et puis la version director’s cut ajoute une dose d’humour et ce grain de folie propre au cinéaste.

Marianne (Filip Tegstedt, Suède) /// Alliant drame et conte fantastique, ce premier film de Fillip Tegstedt présenté en avant-première mondiale se penche sur le deuil en s’ancrant dans le folklore local. L’interprétation, très juste, nous plonge dans les souffrances psychologiques d’un père noyé dans la culpabilité et de sa fille ne lui faisant plus confiance. Troublant et touchant. Une des belles surprises de cette édition.

The Troll Hunter (André Øvredal, Norvège) /// Found footage à tendance mockumentary, ce film norvégien construit un récit inventif émancipant le genre dans des strates autres que celle de l’horreur, mais également du road movie et de la comédie. Les effets visuels viennent renforcer l’ensemble sans jamais trop en faire.

True Legend (Yuen Woo-Ping, HK) /// La dose de kung-fu la plus efficace de cette édition est réalisée par le chorégraphe de renom Yuen Woo-Ping, autant dire une pointure. Folie, déchéance, amour, vengeance… Tout y est calibré pour offrir un relief et une émotion rare au sein du genre. Ajoutons à cela une distribution quatre étoiles comptant le défunt David Carradine.

Underwater Love (Shinji Imaoka, Japon) /// Du soft-porn, de la comédie musicale, du conte… Quand on en vient à parler de ce film hybride, il paraît aussi improbable que déroutant, pourtant tout s’agence avec harmonie. La photographie de Christoper Doyle n’est pas sans ajouter au charme de cet ovni érotico-musical dont la trame sonore est signée Stereo Total. Ça fait sourire, même au-delà du générique.

Et les deux courts-métrages :

The Legend of Beaver Dam (Jerome Sable, Québec) /// Une bande de scout et leur instructeur chantent autour d’un feu de camp se moquant du monstre sanguinaire qu’ils pourraient réveiller. La suite, un massacre sanglant durant lequel un loser sera le dernier rempart pour venir à bout du tueur. Et en chantant s’il vous plait ! Ce délire horrifico-musical est incroyablement drôle !

Night Fishing (Park Chan-wook, Corée du Sud) /// On pourrait même ajouter « featuring Steve Jobs ». Entièrement filmé avec un iPhone 4, le réalisateur d’Old Boy livre ici une histoire de fantôme reposant sur le chamanisme et ses rituels. Au-delà du visuel soigné, on peut qu’admirer l’étrangeté du fond et de la forme, particulièrement cette scène, magique, où une jeune femme est emmêlée dans les lignes d’un pêcheur.

 

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Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

1 commentaire

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  1. 1
    Melissandre L.
    le Jeudi 10 novembre 2011
    Melissandre L. a écrit :

    Même diagnostique sur super, et total blackout sur le reste, il va falloir que je mette également à jour ma filmothèque..

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