Festival Fantasia de Montréal, prise 15 : Panoramique

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Fantasia, en bref, est la raison pour laquelle il faut rester à Montréal en juillet, ou y venir. Depuis quinze ans, le festival est installé dans le paysage cinématographique international et avec raison. Le cinéma de l’imaginaire, celui naviguant sur des eaux sans frontières, y trouve un berceau parfait pour s’épanouir sous les yeux des festivaliers. L’ouverture, tout est une question d’ouverture d’esprit, être prêt à tout accepter et être doté d’une volonté de découverte insatiable, tout ça par passion pour le 7e art. Retour sur 25 jours d’effervescence et de passion.

Fantasia 2011: Conversation(s) entre les gen(re)s.

Le besoin est là : offrir un cinéma de genre à un public qui en redemande sans cesse, le genre de cinéma boudé par la distribution, car trop ciblé et peu lucratif. Ici, le chaos règne, et on aime ça. On recherche le frisson, l’horreur, le sexe, au détour de combats impeccablement chorégraphiés ou de bons sentiments pour adoucir l’ensemble. La magie du cinéma réside aussi dans ses tours les plus marginaux. Les films voyagent, cherchant leur parfaite destination. Ceux que l’on trouve à Fantasia ne sont parfois pas faits pour tous, mais trouvent toute leur grandeur devant le public du festival.

L’expérience Fantasia

Image de « Toto, I’ve a feeling we’re not in Kansas anymore. » Dorothy, Le Magicien d’Oz.

C’est ce que chacun a dû se dire lors de sa première expérience à Fantasia, au milieu des cris et des applaudissements en plein film. L’interaction, la vraie. Celle qu’on ne penserait ne trouver que dans un match de foot. La vraie 3D c’est ça, c’est la réponse directe du public aux actions des protagonistes. Le héros vainc le méchant. La salle applaudit, hurle de joie. Fantasia, c’est replacer un film dans son expérience humaine la plus cathartique. Il est ensuite frustrant de retourner dans les salles conventionnelles et de se retenir d’hurler par exemple lorsque Voldemort meurt (le dernier Harry Potter étant sorti en même temps que le festival). La magie de Fantasia est de briser les chaînes du spectateur, celles qui le retiennent en raison d’une certaine bienséance, en résulte une incroyable effervescence. À l’honneur donc, les films de genre du monde entier et particulièrement d’Asie envahissent les écrans du festival pendant plus de trois généreuses semaines. La mort, le sexe, l’étrange, l’horreur, le sang, le kitsch… Tout se côtoie et se mélange dans un maelstrom filmique dont l’essence est l’amour du cinéma, celui qui est détraqué, bizarre et aussi jouissif qu’exutoire.

Quel est le défi d’un film de genre en 2011 ? Ne pas venir grossir les rangs des remakes et des suites, cette invasion cinématographique qui pullule sur nos écrans. Il est donc question de voir l’originalité comme reposant sur l’origine des genres, il ne s’agit pas de reproduire, mais d’assumer et comprendre le précieux héritage. Et il y a aussi les grands noms, ceux qui ont su faire la différence dans le passé et qui se penchent justement sur ce passé : John Landis, Tsui Hark et Robin Hardy. Mais ni Burke & Hare, ni Detective Dee and the Mystery of the Phantom Flame ou The Wicker Tree (suite spirituelle du culte The Wicker Man) ne viendront nous satisfaire comme il se doit. Aussi, le fossé entre les deux époques se fait alors sentir là où d’autres cinéastes tendent à inscrire leur œuvre dans un volet générationnel assumé : Bellflower d’Evan Glodell se veut le témoin des vestiges de la Generation X là où Detention de Joseph Kahn nous plonge dans un délire 2.0 avec pour leitmotiv « The 90’s are the new 80’s ». Ces deux films indépendants complètement différents sont le symbole d’une ébullition créative se voulant avant tout originale. De son côté, avec la maestria qu’on lui connaît, Park Chan-wook va jusqu’à filmer entièrement son dernier film avec un iPhone 4 et le résultat est pour le moins impressionnant (Night Fishing).

Image de Le passé a hanté bien des œuvres de cette édition, parfois avec une certaine outrance comme ce fut le cas du director’s cut de 13 Assassins de Takashi Miike. Le cinéaste, dont son récent et exaltant Ninja Kids!!! faisait également partie de la programmation, réalise un film d’action d’une efficacité déconcertante. Divisée en deux parties, la première installe méthodiquement les enjeux et les personnages pour que le public puisse se concentrer corps et âme sur la seconde partie des plus épiques. On ne peut s’empêcher de penser aux Sept Samouraïs de Kurosawa, particulièrement avec un personnage tout ce qu’il y a de plus Mifunien, la différence étant que nous n’aurions jamais pu voir chez le grand maître une fin comme celle que nous offre Miike et c’est peut-être là où se situe le symbole du fossé générationnel, une certaine idéologie. Au final, le constat à en tirer est simple : 13 Assassins est un film réussissant avec un malin plaisir à reprendre et détourner les codes d’un genre presque éteint. Takashi Miike ne peut prétendre à la grandeur d’un Kurosawa, mais on lui reconnaît sans concessions son talent pour réaliser des films avec une frénésie contagieuse. Le sentiment de voir un enfant gâté jouer avec l’héritage que sa famille a construit pourrait venir à l’esprit, pourtant il nous replonge avec nostalgie dans un univers que le cinéma a délaissé. Pour cela, son exécution est bien plus appréciable que la vaine, mais honorable tentative de Tsui Hark d’attiser la flamme fantôme de son propre cinéma.

Notre époque a aussi trouvé d’autres façons de faire du cinéma, et c’est peut-être la beauté de la chose : la création de nouveaux genres soit dans le cas présent le « found footage », instauré par le populaire Blair Witch Project en 1999 même si les racines du genre peuvent être le controversé Cannibal Holocaust en 1980. Il n’est donc plus étonnant d’être confronté à ce genre et cette édition ne sera pas l’exception. La problématique reste de trouver l’idée nouvelle, voire innovante pour se différencier de ce qui a été fait précédemment tout en s’appuyant sur une démarche logique. Cette forme de cinéma subjectif est restrictive tant elle réside avant tout dans la conception. Deux films de found footage auront été présenté à Fantasia cette année : The Troll Hunter (André Øvredal) et Hollow (Michael Axelgaard). Tous les deux ont leurs arguments, mais seul le premier parvient avec succès à exécuter son idée de base. Entre found footage et mockumentary, le film norvégien construit un récit inventif, émancipant le genre dans des strates autres que celles de l’horreur pure, mais du road movie et surtout de la comédie. Ajoutons à cela des effets visuels des plus réussis particulièrement lors d’un final mémorable face au Troll géant. Le britannique Hollow ne peut prétendre à la même réussite. L’idée de départ avait pourtant tout pour faire avancer le genre : développer au sein de l’horreur un drame humain où les protagonistes ne sont pas juste de simples accessoires de la peur, mais des personnages attachants sur lesquels on s’attarde. Apporter un certain naturalisme au genre relève des meilleures intentions créatives. Cependant, c’est là où le film se pend avec son propre fil narratif : les personnages sont tout sauf attachants, voire antipathiques si ce n’est exaspérants au possible. À partir de là, le film tombe à l’eau et les déficiences techniques viennent plomber ce long-métrage aux meilleures intentions. La conception n’est donc rien sans une exécution intelligente. Hollow en est le triste exemple.

Ainsi, lors de cette édition, beaucoup de films auront eu la volonté si ce n’est la prétention de créer la peur chez le public. Exercice laborieux où certains se sont lamentablement plantés (Absentia et Hollow en tête) et d’autres ont plus ou moins réussi comme le film de clôture Don’t Be Afraid of the Dark de Troy Nixey. Ça sera la projection ajoutée à la dernière minute de The Innkeepers de Ti West qui offrira le quota de terreur tant réclamé. Nixey et West s’inscrivent tous les deux dans une vague nostalgique en revenant sur un cinéma d’horreur à l’ancienne. Don’t Be Afraid of the Dark est d’ailleurs le remake d’un téléfilm de 1974 ayant traumatisé le producteur Guillermo del Toro. Digne légataire du cinéma d’horreur des années 80, Ti West aura su combler le spectateur en offrant une histoire de fantôme classique au timing parfait, offrant frissons et plaisir à la fois où le rire vient désamorcer la tension pour que celle-ci explose davantage le plan suivant. Le long-métrage s’appuie sur un casting attachant et drôle, la craquante Sara Paxton en tête, pour desservir des dialogues aussi affutés que les scènes de terreur. Jouissif ! Don’t Be Afraid of the Dark ferait donc presque pâle figure avec ses personnages aussi irrationnels que les créatures les maltraitant. Pas raté pour autant, le film respire une atmosphère gothique élégante sans pour autant s’imposer comme le film d’épouvante de cette édition, encore moins de cette année. Une clôture quelque peu fade à l’instar du film d’ouverture. En effet, le tant attendu Red State de Kevin Smith n’aura pas su convaincre l’audience, à l’exception d’une vidéo d’introduction où le cinéaste s’excuse à sa façon de ne pas pouvoir être présent. John Goodman impose son jeu irréprochable à une réalisation multigenres qui semble dépasser Smith. On reconnaît au cinéaste une belle ambition, mais de frêles épaules pour la porter.

Éros & Thanatos

Le sexe et la mort. Voilà ce dont il a été question tout au long du festival. Que ce soit exploré de façon légère ou lourde, jouissive ou insoutenable, il était impossible de passer à côté. La danse aphrodisiaque du culte The Wicker Man avait indirectement donné le ton en début de festival. Même si ça sera du côté de l’Asie qu’il a fallu se tourner pour admirer les différentes explorations de cette thématique. Là où le coréen Foxy Festival de Lee Hae-young nous raconte avec humour les déboires d’un groupe de personnages marginalisés par leurs vices et leurs fantasmes, le japonais Underwater Love de Shinji Imaoko nous fait vivre une histoire d’amour soft porn entre un kappa (créature de l’eau) et une jeune femme, le tout saupoudré de numéros musicaux ; oui soyons fous jusqu’au bout. Les deux films remplissent leur mandat avec un plaisir non dissimulé. Certains cinéastes aborderont voire utiliseront le sexe de façon plus forte. On ne peut que citer les excellents Invasion of Alien Bikini (Corée) et Love & Loathing & Lulu & Ayano (Japon), deux perles de cette édition 2011. Aux antipodes l’un de l’autre, chacun maîtrise son sujet. Procréation et pornographie ou deux visages de la sexualité. Invasion of Alien Bikini d’Oh Young-doo nous emmène dans la quête d’une extraterrestre pour la semence mâle qui lui permettra de se reproduire au plus vite. Elle tombera sur un jeune homme naïf souhaitant se préserver pour le mariage, s’en suivra une séance de torture déconcertante pour lui soutirer son sperme. Aux grands maux les grands moyens ! D’une violence et d’une intensité insoupçonnée, ce long-métrage fauché au possible (budget de 5000 $) est surtout la preuve qu’un film n’est pas une question de moyens, mais avant tout d’idée(s). Quant à lui, Hisayasu Sato offre avec le merveilleux Love & Loathing & Lulu & Ayano un regard lucide sur ces jeunes femmes se livrant à la pornographie au Japon. Le film pose également la question de l’identité, particulièrement l’identité féminine tant physique que psychologique au sein de la société nippone. Une scène restera comme une des plus marquantes du festival : les deux jeunes femmes se « bagarrent » joyeusement, se déshabillant jusqu’à la nudité en s’aspergeant de bière. Une scène sensuelle où la nudité du corps vient symboliser la nudité du cœur, les sentiments mis à nu dans une société japonaise où l’être se perd jusqu’à la quête d’une autre identité.

La mort est présente dans bien des titres : A Lonely Place to Die, A Horrible Way to Die, Die, Death Weekend, Kill Me Please, Some Guy Who Kills People, etc. On pourrait même ajouter Final Destination 5, présenté en avant-première mondiale dans le cadre du festival. Et puis il y a le « après la mort » et le sentiment du deuil. Night Fishing et Marianne de Filip Tegstedt explorent cette thématique en s’appuyant efficacement sur le folklore de leur culture respective là où Hello Ghost de Kim Young-tak s’appuie surtout sur des ressorts comiques non sans une belle émotion. On oubliera le très moyen A Lonely Place to Die de Julian Gilbey, loin de répondre aux attentes malgré un début prometteur et l’horrible Die de Dominic James, pathétique soft-Saw n’apportant rien tant dans le fond que dans sa forme. Some Guy Who Kills People de Jack Perez s’imposera comme une excellente surprise soutenue par une distribution impeccable, Kevin Corrigan et Barry Bostwick en tête, mais aussi la jeune Ariel Gade. Le film produit par John Landis joue sur différentes strates, comédie, horreur, mystère, sans jamais perdre son rythme, le rendant terriblement efficace. John Landis était d’ailleurs présent au festival pour nous faire découvrir en première canadienne son dernier film, Burke & Hare. Le cinéaste a reçu un Prix honorifique pour l’ensemble de sa carrière. Son Q&A a indéniablement été le climax du festival, offrant de mémorables d’anecdotes des plus croustillantes. Une générosité que l’on ne peut qu’apprécier, à défaut d’apprécier un film relativement moyen malgré une distribution en or. L’humour et l’horreur se mêlent sans mal à l’ambiance « Hammerien », cependant un scénario trop facile ne parvient pas à exploiter le potentiel de la réalisation. Ainsi, dans la catégorie comédie et mort, l’humour noir de Kill Me Please d’Olias Barco aura davantage su faire mouche. Il faut dire qu’entre les mains des créateurs de C’est arrivé près de chez vous, nous ne pouvions en attendre moins. Le long-métrage belge nous plonge dans l’univers du suicide assisté à renfort d’une galerie de personnages extravagants, le tout baigné dans un noir et blanc seyant à merveille à l’histoire. Drôle et décapant à souhait.

Jamais loin de la mort, il y a la vengeance… Comme l’a encore récemment montré Kim Ji-woon avec I Saw the Devil, la vengeance est un thème phare qui ne cessera d’être exploré du côté de l’Asie. Deux films japonais sont centrés autour de cette thématique : Birthright de Naoki Hashimoto et Heaven’s Story de Takahisa Zeze. Tous les deux ont le mérite d’expérimenter d’autres aspects du genre. Le second est un film-fleuve atteignant presque les cinq heures. Alors, oui, cinq heures de projection c’est un investissement pour le spectateur, mais tous les films ne sont pas comme Love Exposure du génial Sion Sono, et quantité ne signifie pas toujours qualité. Là où la première partie démontre une approche naturaliste particulière soignée, la deuxième se perd dans sa volonté maladroite d’entrechoquer les personnages. Le contemplatif Birthright, quant à lui, marche sur un fil : atmosphère tantôt viscérale, tantôt onirique, mais toujours minimale, il tend surtout à faire ressentir chez le spectateur une violence psychologique bien plus que physique. Cela fonctionne-t-il ? Pas complètement. Au-delà d’un flashback superflu, la faiblesse de Birthright réside dans son rythme et la façon dont celui-ci s’écoule tout au long du film portant préjudice au ressenti du spectateur. Le scénario joue sur sa dimension sommaire : une jeune femme abandonnée à la naissance par sa mère veut se venger en enfermant la fille de celle-ci sans nourriture, sans rien afin de la détruire psychologiquement. Ce minimalisme est supposé être le vecteur organique de cette histoire de vengeance or le rythme empêche la profondeur des actions de se creuser et donc de renvoyer le public à la souffrance psychologique des personnages. Cette gestion du temps et du montage fait hélas défaut à ce long-métrage malgré son esthétisme irréprochable. Les deux films se rejoignent donc sur leur soin consciencieux de l’image et leur approche extrêmement singulière et audacieuse, mais sans jamais élever leur thématique au niveau qu’ils le souhaiteraient.

Zombies, vampires et mangas

Que serait un festival Fantasia sans zombies ni vampires surtout dans un univers post-apocalyptique où l’homme n’est plus qu’une proie, un mort en sursis ? Une fois n’est pas coutume, il s’agit d’évoluer au sein d’un genre ressassé à outrance. Cette 15e édition nous offrait un grand écart entre Helldriver de Yoshihiro Nishimura et Stake Land de Jim Mickle. Et on peut dire que le gore du premier déteint à côté de la sobriété du second. Le film de Nishimura est une montagne russe de sensations fortes, d’effusions d’hémoglobines qu’elles soient en 3D ou non, un fourre-tout délirant où évoluent cannibales, zombies, cowboy, geishas et surtout une samouraï en latex armée d’un katana-tronçonneuse. Le réalisateur ne recule devant rien comme situer le générique de début au milieu du film, faisant du ridicule une des forces majeures de ce long-métrage qui restera comme un des délires les plus mémorables de cette édition. Mickle quant à lui opte pour le road-movie. Le fil narratif n’est d’ailleurs pas sans rappeler le délirant Zombieland de Ruben Fleisher. Mais ça ne plaisante pas dans Stake Land, ça se prend même beaucoup au sérieux. Comment Mickle pense-t-il se distinguer ? Au-delà du fait que ses créatures se situent entre des zombies et des vampires, le film se force à donner une dimension extrêmement humaine voire contemplative, bande-son et voix off quasi omniprésentes à l’appui. Le rythme du film s’en retrouve inéluctablement affecté. Pour un visage humain au sein d’un tel univers, on restera davantage sur la série tirée du comic-book du même nom The Walking Dead.

Image de La profusion cinématographique n’échappe cependant pas aux adaptations et à Fantasia, il est souvent question de celles des mangas. On aura eu droit à 3 films soit 2 adaptations en live action : Tout d’abord Gantz et Gantz: Perfect Answer, puis une énième adaptation de Tomie de Junji ItoTomie: Unlimited (Noboru Iguchi). Et à l’instar de Death Note il y a quelques années, les films ne parviennent pas à complètement s’imposer. Pourtant, les moyens mis en œuvre pour Gantz restent conséquents, la faute à une œuvre originale médiocre. Ainsi, nous pourrions avancer que le film surpasse le manga dans la forme, se libérant des horribles graphismes d’Hiroya Oku. Le fond reste approximativement le même en dehors du gros travail d’adaptation pour condenser les principaux arcs dans deux longs-métrages. On soustrait le sexe gratuit, on atténue la violence et on tente de rendre les personnages plus subtils. Au final, on ne peut reprocher grand-chose aux films dans la mesure où le travail d’adaptation pallie indéniablement les défauts du manga même si Perfect Answer se perd parfois dans une narration saturée. Tomie: Unlimited s’ancre fidèlement dans l’univers cauchemardesque de Junji Ito, auteur également de Uzumaki. Le réalisateur Noboru Iguchi, fidèle à lui-même, se permet de jouer avec l’humour lors de certaines séquences. Ce procédé permet d’alléger son film et de le rendre plus supportable, voire consistant. À noter l’excellente et surtout inquiétante performance de Miu Nakamura, gravure idol jouant le rôle-titre. D’ailleurs pour continuer dans l’adaptation, le même Noboru Iguchi qui a honoré le festival de sa présence aura présenté son autre film : Karate-Robo Zaborgar, tirée d’une série kitsch des années 70 nommée Denjo Zaborger. Iguchi a d’ailleurs eu l’excellente idée d’insérer dans le générique de fin les séquences de la série originale sur lesquelles repose l’intrigue de son film. Un autre beau délire comme Fantasia sait le proposer.

Et il y a ces projections de minuit, ces séances déjantées où l’écran offre des films comme le sexuel Horny House of Horror (aka Fashion Hell)  de Jun Tsugita, ces objets étranges qu’on aime voir en groupe riant du ridicule des séquences, car ce n’est pas tous les jours qu’on verra une jeune nymphe manger en sushi le pénis d’un homme s’attendant à recevoir un de ces fameux massages avec « fin heureuse ». Des films comme Horny House of Horror ou Helldriver renvoient à une certaine nostalgie, celle d’une époque où l’on regardait Bad Taste et Braindead entre potes. Le comique, l’absurde, le gore se mêlent avec plus ou moins d’ingéniosité et la question de savoir si c’est mauvais ou non ne se pose jamais. Le plaisir instantané prime, tout simplement, et les spectateurs le font savoir bien fort. Et comment ne pas placer un mot sur le rétro-kistch The FP des frères Trost ayant pour fond l’univers underground des compétitions de Dance Dance Revolution entre gangs. Des réminiscences d’Escape from New York et The Warriors, entre autres, s’invitent sur l’écran. Affichant donc une nostalgie ostentatoire pour les années 80, les références s’enchaînent au service d’une histoire à prendre au énième degré, le tout pour ramener les canards dans la ville de Frazier Park. Ce pastiche vaut tant le détour pour ses costumes que pour ses dialogues à base de slang et d’insultes improbables. Déjà culte.

Image de Entre les films de kung-fu avec leur scénario construit autour des scènes de combat (l’excellent True Legend et le discutable Bangkok Knockout) et les ovnis filmiques (le bollywoodien The Robot, et l’abstrait Dharma Guns), la légèreté du romantisme pure s’est invitée à Fantasia. Il faut dire que ce n’est pas un genre qui s’invite souvent sur les écrans du festival, pourtant deux comédies romantiques auront marqué cette édition : Don’t Go Breaking My Heart de Johnnie To (HK) et Petty Romance de Kim Jeong-hoon (Corée). Là où le premier repose sur une réalisation efficace à raconter un triangle amoureux, le second se distingue par sa créativité et un humour plus marqué. Nous changeant des routines sentimentales, Petty Romance s’appuie sur des personnages très attachants devant concocter un manhwa (équivalent des mangas en Corée) rempli de sexe et de violence tout en apprenant à en savoir plus sur eux et sur le sexe justement (encore une fois). Don’t Go Breaking My Heart, à l’image de son titre, tend en longueur et nous pourrions y voir un caprice de To entre deux projets plus sérieux. À choisir une histoire romantique dans la programmation, Petty Romance l’emporterait haut la main par sa fraicheur et son excentricité. On comprend aisément pourquoi celui-ci a été un des favoris du public et qu’il ait été au sommet du box-office coréen à sa sortie.

Dialogue entre origine(s) et originalité

Entre hommage et recyclage, la nostalgie est un affect de plus en plus puissant dans le monde du cinéma : The Expendables, Super 8 ou encore Drive de Nicolas Winding Refn s’affichent clairement comme les légataires d’un cinéma des années 80 tandis que The Artist d’Hazanavicius nous replonge dans celui des années 20. Plus qu’un éternel retour, nous assistons à une volonté d’éloignement de ce qui se fait aujourd’hui où la notion de divertissement s’accompagne inévitablement de 3D et d’effets spéciaux à foison pour un script en pilotage automatique. Nous pourrions penser au leitmotiv du dernier Woody Allen, Midnight in Paris, le fameux « c’était mieux avant ». Le cinéma de genre n’échappe pas à cette tendance nostalgique, la différence étant que le désir de transcender cette nostalgie se fait davantage sentir. En effet, bien que l’écho d’une certaine façon de faire des films résonne au sein des œuvres, une forme de conscience contemporaine reste présente. Il en résulte une fuite en avant avec le bagage d’hier sans manquer de critiquer au passage le cynisme hollywoodien. À trop se tourner vers le passé, il devient aisé d’oublier ce qu’il y a devant, or le cinéma de genre et sa quête de l’originalité semblent les plus aptes à se lancer dans la bataille en maîtrisant sa propre nostalgie, et c’est ce que cette édition de Fantasia nous a montré.

Aussi ciblé que soit un festival comme celui-ci, il est plus que jamais nécessaire dans le paysage cinématographique afin de présenter et défendre un cinéma jugé marginal qui puise avant tout dans l’originalité tout en étant conscient de son héritage. À l’ère du numérique où il est de plus en plus facile de créer, il devient important de valoriser des œuvres bourrées d’idées et de passion. Les évènements comme Fantasia jouent un rôle crucial de catalyseur à cet égard, car ils génèrent un dialogue. C’est ce dont ont besoin les films de genre, de dialogue qu’il soit entre le film et le public, entre les gens de l’industrie et les spectateurs, mais avant tout entre l’œuvre et le cinéma d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Des conversations primordiales et possibles, car à la base de tout, que ce soit de la part des programmateurs ou des festivaliers, il y a eu l’écoute.

À l’année prochaine Fantasia pour de nouvelles conversations, et longue vie.

> À venir sur Discordance : Gros plan sur nos 10 coups de cœur du festival.

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A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 12 août 2011
    Yulya a écrit :

    Excellente synthèse qui n’a pas dû être évidente à réaliser, vu la masse de film vus! En tout cas c’est toujours un plaisir de lire un critique aussi passionné, et non simplement blasé voire aigri: merci de nous transmettre avec autant de classe ton amour du 7e art mec.

  2. 2
    Samuel Cogrenne
    le Vendredi 12 août 2011
    Samuel Cogrenne a écrit :

    Merci beaucoup. Oui ça a été frustrant de passer sous silence la plupart des films vus mais un article suivra avec les coups de cœur. Fantasia est un sacré festival et par-dessus tout généreux. Et puis à quoi bon écrire sur le cinéma si on n’est pas passionné, l’amour du 7e art, c’est la base! En espérant qu’un jour tu puisses voir l’ambiance de Fantasia.

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