13ème Festival du Film Asiatique – Une pensée pour l’Asie

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Si pour la 13ème année consécutive, Deauville porte les couleurs de l'Asie, ce Festival du Film Asiatique prend également celles du deuil, avec les échos inquiets de ce qu'il se passe au Japon.

Image de 13ème Festival du Film Asiatique de Deauville - 2011 Arrosée d’une pluie fine, la ville de Deauville voit déambuler pendant quatre jours des festivaliers qui semblent visiblement moins enthousiastes que l’an dernier. La cause est sûrement à imputer à une sélection moins soignée, qui pâlie en comparaison à celle particulièrement enthousiaste de l’édition précédente. Si encore une fois, le Festival permet de découvrir un visage de la cinématographie asiatique qu’on ne connaît pas, on ne peut s’empêcher de penser que celui-ci ne nous montre pas son meilleur profil cette année.

Pourtant, Deauville en mars reste un lieu où on présente des films « qu’on ne verra pas ailleurs ». Même si l’on sort parfois déçus des films que l’on vient de voir, on apprécie tout de même les bonnes surprises qui s’y trouvent, et on relativise, car une grande partie de ces films nous rassurent en nous disant que le cinéma asiatique est comme tous les autres, il n’est pas forcément toujours bon. Ainsi descendu de son piédestal, on l’apprécie d’autant plus.

Une fois de plus cette année, on aura vu de tout, de tous les pays asiatiques. Deux hommages coréens, à Hong Sangsoo, réalisateur obsédé par la figure de l’artiste (Turning Gate, La Femme est l’avenir de l’homme, Woman on the Beach), et à Kim Jeewoon, qu’on connaît par ses très bons Deux Soeurs, Le Bon la brute et le cinglé, ou encore A Bittersweet Life. En compétition, on trouve autant des films japonais (Birth Right, Cold Fish), que chinois (Buddha Mountain), philippins (Donor), thaïlandais (Eternity) et même indiens (Udaan)… répartis dans les différentes catégories, Action Asia, Panorama, Compétition officielle, pour mieux reconstituer le paysage cinématographique de toutes les couleurs de l’Asie.

Pourtant une valeur sûre, la catégorie Action Asia aura été moins bonne cette année, avec le très mauvais Ong Bak 3, l’incompréhensible Wind Blast ou encore l’enfantin Mr & Mrs Incredible (gags dignes d’un théâtre de boulevard à foison). Cette année, le Festival faisait la part belle aux films d’auteur, plus contemplatifs, représentant un cinéma asiatique comme on a peut-être plus l’habitude de le voir sur nos écrans, tels La Ballade de l’impossible, Eternity ou Birth Right. C’est d’ailleurs ce cinéma-là que le jury, présidé par le grand Amos Gitaï, a préféré récompenser, comme on a pu le découvrir dimanche soir.

Notre palmarès

Le coup de cœur : Donor, de Mark Meily.
Loin d’être parfait, ce film philippin mérite pourtant une attention particulière par son parti pris et surtout son actrice principale, qui tient à elle seule le film entier. Donor permet d’accéder à un cinéma qu’on connaît mal, celui des Philippines, que pour l’instant seul Brillante Mendoza représentait. Avec ce film, on découvre une ville, des gens, une culture et une langue si particulière, mélange d’anglais et d’espagnol aux sonorités asiatiques. Chronique d’une spirale infernale dans les rues de Manille, Donor suit le périple de Lizette, vendeuse de DVDs piratés, qui décide de vendre un de ces reins pour avoir assez d’argent pour quitter le pays. Extrêmement dur, le film est pourtant teinté d’un humour subtil qui aide à faire passer la pilule. Car si l’histoire suit les pas de Lizette, on nous présente aussi les bas fonds de Manille, les armes, les descentes de flics, les strip-teaseuses et les avortements sous le manteau. Donor est la révélation d’une vie qui ne peut se vivre que seule, pour survivre.

Le plus fun : Detective Dee et le mystère de la Flamme fantôme
Valeur sûre du cinéma asiatique, Tsui Hark (Seven swords, Time and Tide) signe avec Detective Dee, le Mystère de la Flamme Fantôme l’épopée jouissive d’un Sherlock Holmes chinois, le juge Dee, qui doit en un temps record démonter un complot visant à empêcher l’intronisation de la future impératrice. Le visuel est beau, le scénario bien ficelé ; on suit avec un certain plaisir les frasques de Dee alors qu’il défait énigme sur énigme, jusqu’à l’affrontement avec son propre Moriarty – on s’en serait douté. On ne s’ennuie pas une second tout au long du film, qui dure pourtant 2h, on s’amuse même tellement qu’on pardonne les quelques erreurs visuelles (effets spéciaux ratés, parfois cheap) et les maladresses un peu trop fantastiques du cadre historique. La bonne surprise du festival.

Le plus esthétique : La Ballade de l’impossible (Norwegian Wood), de Tran Anh Hung.
Réalisateur connu pour L’Odeur de la papaye verte et A la Verticale de l’été, le vietnamien Tran Anh Hung revient ici avec un film qui se passe au Japon. L’histoire suit le fil des rencontres entre Watanabe et Naoko, amis d’enfance unis par l’absence de Kizuki, le petit ami de Naoko, qui s’est suicidé à 17 ans. Adaptation d’un roman de Murakami, la longue (2h13) fresque de ce Japon des années 1960 brille avant tout par une esthétique incroyable. Lumière magnifique, texture plus que soignée, décors absolument parfaits : ce film a tout d’une œuvre léchée jusqu’au papier peint, à la musique (géniale) et aux vêtements so 60s. Pourtant, sur le fond, La Ballade de l’impossible a du mal à émouvoir, justement par sa lenteur et par sa complaisance dans ses décors presque trop soignés. Le temps s’est arrêté pour les personnes, malheureusement pour le spectateur aussi, qui lutte pour arriver au bout de ce mélodrame d’aller-retours et de rendez-vous manqués entre Watanabe, l’éternel second, Naoko, la petite amie inconsolable et Midori, la possibilité de fuite en avant.

Le plus touchant : Buddha Mountain, de Li Yu.
La réalisatrice (une femme, oui – fait assez rare pour être mentionné) signe avec Buddha Mountain l’histoire de la jeunesse chinoise d’aujourd’hui, perdue entre la pression parentale et sociétale. A Chengdu, trois amis ont décidé de ne pas aller à l’université, ils vivent de petits boulots en habitant chez une ancienne chanteuse de l’Opéra de Pékin. Clash générationnel très émouvant, entre cette femme et ces trois adolescents, qui tous n’arrivent pas à aller de l’avant, quelque soit ce qui les retient en arrière, un souvenir ou un amour. Réalité d’une société meurtrie qui laisse peu de place aux désaxés, Bouddha Mountain ne peut que toucher la corde sensible de toutes les générations.

Le plus incompréhensible : Wind Blast, de Gao Qunshu.
On n’en attendait beaucoup, grâce à un synopsis alléchant : western des temps modernes dans le désert chinois, course poursuite entre la police et des tueurs professionnels, à la recherche de la même cible. Cela commence très bien, rythmé par une musique superbe et des décors incroyables, mais tout tourne très vite à la catastrophe : incompréhensibles, les scènes se succèdent sans que l’on comprenne qui poursuit quoi, et pour quelles raisons. Les dialogues mal traduits s’enchaînent mais ne s’expliquent pas. Un moment de cinéma presque surréaliste, qui atteint son paroxysme avec une horde de poneys sauvages, tout se déroule devant les spectateurs atterrés qui tentent tant bien que mal à comprendre où va ce film.

Le (vrai) Palmarès


Lotus du meilleur film
Eternity, de Sivaroj KONGSAKUL (Thaïlande)

Lotus du Jury ex aequo
Sketches of Kaitan City, de Kazuyoshi KUMAKIRI (Japon)
The Journals of Musan, de Jungbum PARK (Corée du Sud)

Lotus Action Asia
True Legend, Yuen WOO-PING (Chine)

Lotus Air France – Prix de la critique internationale
Cold Fish, de Sion SONO (Japon)

Face à ce palmarès plutôt mérité (mis à part pour le très mauvais Cold Fish, qu’on n’explique pas), on attend avec une certaine impatience la prochaine édition, pour voir encore plus de ces films pas comme les autres. Le président du Festival, Bruno Barde, signait à propos de la 12ème édition, que le cinéma asiatique était comme une récolte de vin : si l’an passé, nous avions eu un excellent cru, cette année, nous restons sur notre faim, ce qui ne signifie pas que l’année prochaine ne sera pas de nouveau bonne.

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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