14ème Festival du Film Asiatique de Deauville – Il était une fois l’Asie

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Pour la 14ème année consécutive, les rues de Deauville portent haut les couleurs des pays du palmarès, allant du Japon jusqu'à l’Iran. Décollage immédiat et jet lag garanti pour ce petit festival qui réussit à nous surprendre d'année en année.

Image de 14ème Festival Film Asiatique de Deauville À défaut de chercher désespérément à représenter tous les pays de ce continent décidément bien vaste, le Festival du Film Asiatique de Deauville fait cette année le choix judicieux de recentrer cette année sa sélection sur une poignée de pays. La Chine, l’Iran, la Corée du Sud, la Thaïlande, les Philippines, l’Indonésie et le Japon. De 11 pays représentés en 2010, on passe à 7 cette année. Ce réel recentrage est plus que simplement géographique, puisque mine de rien, le nombre de films présentés diminue également, à 18 films projetés (hors Regards ou Hommage) contre 22 en 2011 et 20 en 2010… Recentrage physique du festival également, puisque auparavant étalé sur 3 écrans, n’en compte plus que 2. Sans compter la mystérieuse disparition de la catégorie Panorama…

Pourtant, d’année en année, Deauville ne perd pas en qualité, ni en diversité, et c’est tant mieux. Une fois encore, la catégorie Action Asia s’impose comme le meilleur moment du Festival. Qu’elle soit survoltée avec l’excellent The Raid, historique avec l’émouvant War of the Arrows, ou bien drôle (sans le vouloir), avec The Sorcerer and the White Snake.

À l’inverse, les films en compétition brillent par leur manque d’inspiration. Si toutefois le très bon Saya Zamuraï réussit à sortir son épingle du jeu, on reste pantois devant l’interminable pleurnicherie qu’est I carried you home, le trop plein de simplicité de Beautiful Miss Jin. Même si, comme chaque année, il ne nous a pas été possible de tout voir, les retours de nos compagnons festivaliers ne semblent pas s’enflammer sur le reste des films en compétition.

Mais comme chaque année, le Festival du Film Asiatique nous livre autant de facettes des cinémas d’un continent qui est multiple, nous permettant toujours plus de découvrir de bons films que d’esquiver de mauvais, et une fois n’est pas coutume, on quitte les planches en leur disant que ce n’est que partie remise jusqu’à l’année prochaine.

Notre coup de cœur : Headshot

Difficile de décrire ce monument cinématographique du thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang. Thriller sans l’être, Headshot est une histoire de vengeance et d’injustice dans une société corrompue jusqu’à la moelle. Narré par le désabusé Tul, flic déchu reconverti en tueur à gages pour le compte du mystérieux Demon. Alors qu’il accomplit une de ces missions, une balle qu’il reçoit à la tête lui fait voir tout… à l’envers. Scénario original, soutenu par une utilisation parfois cruelle de sa caméra, puisque Ratanaruang aime mettre son spectateur sans dessus dessous, déjà en l’immisçant directement dans le point de vue de son personnage principal en filmant à l’envers, ou en le plongeant régulièrement dans un noir quasi-complet. Film impressionnant, à voir de toute urgence.

Notre Lotus du Jury : Saya Zamuraï

Loin d’être parfait, le film du japonais Hitoshi Matsumoto (non, rien à voir avec le créateur d’Albator) se regarde pourtant avec plaisir. C’est l’histoire d’un samouraï déchu qui doit se faire seppuku si toutefois au bout de 30 jours s’il n’arrive pas à redonner le sourire au prince, qui l’a perdu depuis la mort de sa mère. Touchant, émouvant et incroyablement drôle, c’est un film sans prétentions mais bien rythmé, mené par des acteurs hors pair, notamment la très jeune Sea Kumada, bleuffante. Au lieu de tomber dans le piège de la redondance, Matsumoto réussit à construire un récit qui fonctionne très bien, dont on ressort l’œil mouillé et le sourire aux lèvres… un bel exploit.

Image de The Raid Notre Lotus Action Asia : The Raid

Grand vainqueur incontesté dans cette catégorie, le sanglant The Raid est un pur moment de jouissance cinématographique. À Jakarta, alors qu’un raid de police sur le QG du plus intouchable des mafieux tourne mal, un jeu de chats et de souris s’ensuit dans cet immeuble labyrinthique… Une touche d’humour et d’émotion vient agrémenter des scènes d’action déjantés, qui savent savamment alterner entre bastons à mains nues, fusillades et courses-poursuites. Bref, on retient son souffle pendant 1h40, alors que la scène finale, magique de symbolisme, se clôt sur un bon riff de guitare bien trempé. Vous avez dit perfection ?

Prix du film le plus contemplatif (oui, c’est péjoratif) : ex aequo I carried you home et Pink

Difficile de départager ces deux films, on ne saura pas vous dire pendant lequel on s’est le plus ennuyé. D’une part, le thaïlandais I carried you home, où deux sœurs fâchées se retrouvent pour emmener le corps de leur mère se faire enterrer, et de l’autre le sud-coréen Pink, un moment de vie (inintéressant sans début ni fin) d’une famille (qui n’en est pas vraiment une) qui affronte l’air désabusé son quotidien (qui n’a pas grand intérêt).

Pink remporte peut-être la palme du pire par son statisme et son entêtement à avoir recours à des plans fixes sans dialogues, là I carried you home a au moins le mérite de s’essayer à quelques jeux de caméra intéressants, quoique forcés.

Prix des effets spéciaux les plus ratés : The Sorcerer and the White Snake

Prix de l’acteur en fin de carrière dans un film aux effets spéciaux ratés : Jet Li dans The Sorcerer and the White Snake

 

Le (vrai) palmarès

Lotus du meilleur film : Mourning, de Morteza Farshbaf (Iran)

Lotus du jury : Baby Factory, d’Eduardo Roy Jr. (Philippines)

Lotus Air France (prix de la critique internationale) : Himizu, de Sono Sion (Japon)

Lotus Action Asia : Wu Xia, de Peter Ho-Sun Chan (Chine)

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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