Evana 4 – Philip Le Roy

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Et si, à force de pouvoir aspirer la réalité pour la transcender en fiction, vous voyiez soudain votre vie basculer dans un scénario digne d'un thriller hollywoodien ? Si votre métier, qui est celui de manipuler les autres pour tirer le meilleur d'eux afin de nourrir votre création finissait par se retourner contre vous ?

evana4Zender Arcaban est un producteur de cinéma forcément mégalomane, qui a eu un jour un rêve, écrire et produire un film intemporel avec une actrice propre à devenir une déesse éternelle dans l’esprit des gens qui le verraient. Pygmalion téméraire et cynique, il a cherché sans relâches la comédienne parfaite pour devenir son Eve personnelle qu’il baptise Evana pour son film. Mais son ambition est telle qu’il épuise pas moins de six comédiennes pour arriver à la perfection absolue, incarnée en Evana 4 . Perfection poussée au paroxysme puisque Florence, la quatrième Evana se suicide après le tournage… Et devient immortelle dans l’imaginaire collectif.

Deux ans plus tard alors, alors que Zender célèbre son mariage avec Kristen, une top model allemande, une motarde masquée perturbe la cérémonie et tire à deux reprises sur le couple. Serait-ce l’une des Evana du passé qui revient faire justice à toutes les autres ? Zender une fois remis sur pieds, décide d’enquêter et d’inviter ses anciennes égéries dans sa maison de la Côte d’Azur afin de tenter de les confondre.

Loin des thrillers aux serial-killers et séquences horrifiques bien sanguinolantes, Philip Le Roy construit Evana 4 sous le patronage d’ Agatha Christie qu’il remercie d’ailleurs en fin d’ouvrage. Son roman lorgne du côté du Cluedo géant avec ses pions qu’on déplace d’une pièce ou d’un espace à l’autre en découvrant peu à peu leur passif et casier judiciaire et affectif. Même s’il se réclame du film noir et de ses inévitables femmes fatales (là il y en a six, de toutes origines sociales et de toutes nationalités, chacune au caractère bien trempé!), Philip Le Roy écrit son roman dans un style tonique et enlevé où les références et citations vont chercher autant du côté de Tarantino que Massive Attack … Et pousse le vice jusqu’à faire un sublime vrai-faux raccord en emmenant ses héros dans une fête où ils entendent la chanson Kittin is high … Dix ans avant sa sortie!

Dans ce vrai-faux polar à l’ancienne, il y a tout de même un écueil: la façon dont le récit se met à patiner au bout de 300 pages avec des digressions et rebondissements aussi incessants que fatigants, pour finir par un dénouement complètement ramassé dans un épilogue du plus pur style « Et maintenant, voilà qui est le coupable tsan tsan ! ». Evana 4 est ludique, comme un pied de nez aux fameuses histoires thomas-harrissienness, mais authentiquement frustrant. Comme si vous arriviez à la fin de votre Cluedo et que votre mère passait dans l’encadrement de la porte en disant « Grouillez-vous de finir cette partie, il est tard et vous bossez demain ! ». Résultat hop, on boucle et on range promptement le plateau de jeu…

Evana 4 n’en reste pas moins un roman cinématographique – dans le meilleur sens du terme – délectable, parce qu’il n’a d’autre ambition que d’être divertissant. Et là, Philip Le Roy est sacrément bon.

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En savoir +

Evana 4, Philip Le Roy, Au Diable Vauvert, 2009, 404 pages

Site de Philip Le Roy: http://www.philipleroy.com/
Blog de Philip Le Roy: http://www.philipleroy.blogspot.com/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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