Acide sulfurique – A. Nothomb

par Gaëlle|
Déroutant, sulfureux, improbable... Le dernier roman d'Amélie Nothomb aborde le thème de la télé-réalité avec un tel réalisme qu'une fois le livre refermé vous en aurez encore des frissons dans le dos.

acideRafle au coeur de Paris. Les victimes sont choisies au hasard parmi la population. Concentration, la dernière invention de la télé-réalité, retransmet en direct le calvaire des sélectionnés: matricule de rigueur, affamement, travaux forcés et kapos sélectionnés, on le suppose, pour leur esprit quelque peu étriqué.
Puis aucune limite : tous les matins, élimination en directe et envoi à la mort immédiat. La barbarie devient ainsi spectacle audiovisuel. La souffrance est un jeu.

Et l’audience décolle…

Pannonique est devenue le matricule CKZ114. Au plus profond de son être, elle se demande comment un tel spectacle peut convenir aux téléspectateurs. Que trouvent-ils de si excitant dans la médiatisation de leur souffrance quotidienne? Et surtout ne se rendent ils pas compte, bien calés dans leur fauteuil, protégés par leur écran, que dans ce camp, il s’agit bien de gens réels et non de comédiens ? Que l’élimination conduit à la mort et pas à la simple sortie du jeu ?
N’ayant aucune idée de la manière dont est perçu le jeu à l’extérieur, et plébiscitée malgré elle par le public, CKZ114 essayera à la fois de se préserver mais également de trouver le moyen de mettre une fin définitive à cette émission.

Auteur à succès, l’univers étrange d’Amélie n’est pourtant pas forcément accessible à tous. Si elle nous avait habitué à se servir de sa propre expérience pour nous livrer des romans drôles, piquants ou parfois dérangeants, ce nouveau roman est moins personnel. Elle y base essentiellement son écriture sur son observation du quotidien. Un quotidien dans lequel exhibitionnisme et voyeurisme deviennent les ingrédients favoris de médias prêts à tout pour quelques points d’audience.

Il semblerait qu’Amélie ne soit pas loin de la réalité. Si dix ans en arrière, on apprenait avec étonnement que Big Brother était une émission à succès dans d’autres pays et qu’avec conviction on se disait « jamais ça ne marchera chez nous » , force est de constater que la télé-réalité a maintenant une place prédominante dans le paysage audiovisuel français.

On oblige déjà des gens à manger des chenilles et à tromper leurs femmes en direct ( !), qu’adviendra-t-il lorsque toutes les ficelles de la vie quotidienne auront été épuisées…. ?

« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle ».

Pur roman de science fiction ou fable futuriste ? A vous de juger !

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8 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 14 août 2008
    Arno Mothra a écrit :

    J’aime les détracteurs d’Amélie Nothomb, pour leur prose pathétique et souvent grossière, pour les incohérences haineuses et leurs contradictions du langage. Elle est surement le seul auteur actuel à mériter son succès, loin des daubes pseudo trash mais véritablement minables de la génération Beigbeder.

    « Le fait du Prince » sort le 21 août. Excellente interview d’Amélie à découvrir sur le site « le point ». Vivement la semaine prochaine !

  2. 2
    le Dimanche 17 août 2008
    Loïc a écrit :

    On ne va pas déplacer ici un débat qui a déjà lieu à peu près partout sur la Toile, mais les détracteurs de Nothomb ne sont pas tous ainsi. En tout cas, moi qui n’aime ni ses livres ni le personnage médiatique qu’elle s’est construit, je ne pense pas appartenir à la catégorie que tu décris. Je préfère de loin Beigbeder, que je place pourtant en bas de la hiérarchie de la littérature actuelle. C’est pour dire…

    P.S. : je tenais juste à préciser qu’on n’est pas forcément un abruti illétré (je dépasse ta pensée Arno, je sais) parce qu’on ne mesure pas l’immensité du talent d’Amélie Nothomb :) J’ajoute que j’ai lu ses livres et que je les critique donc en connaissance de cause. Fin de la parenthèse.

  3. 3
    le Dimanche 17 août 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Je n’ai jamais parlé d’abruti illettré ! Et n’ai jamais rabaissé ceux qui n’aiment pas Nothomb, ce qui me parait légitime, je parle de détraqués obsessionnels (souvent très bobos d’ailleurs) passant leur temps à cracher dessus, de par un propos haineux.

    Effectivement, on ne déplacera pas le début, car pour moi il n’y a pas de débat à faire… Quant à son personnage médiatique, sincère ou non, j’avoue parfois ne pas comprendre comment sont perçues les (fausses) personnalités excentriques par certains. La surenchère, le racolage et la provoc facile, il me semble que Georges Bataille, Cioran, Gainsbourg, Boris Vian (entre autres), en abusaient très largement. Mais bon, c’étaient des hommes, ça change aussi la donne.

    Beigbeder est vide. Un vide qui se paye d’ailleurs des « nègres » pour bâcler ses fioritures sans intérêt. Le personnage médiatique de Beigbeder c’est : pseudo drogues, pseudo soirées mondaines, pseudo connard-attitude, pseudo putes ramassées sur des pseudo trottoirs… quel programme… :) ) En revanche, Beigbeder aurait sans doute été excellent journaliste pour TF1 : racolage, pseudo subversion, etc.

    L’oeuvre d’Amélie Nothomb est atypique, on ne pense pas à une personnalité minable, pseudo subversive et aussi intelligente qu’un Actimel (REbonjour, Beigbé !), mais à une femme que la philologie a marquée. Les figures de style, le vocabulaire, et le style même de ses livres sont indéniables ! Qu’on aime ou non le fond d’accord, mais il ne faut pas abuser quand même. La placer sous Beigbeder et autres du même acabit me parait malhonnête (chacun son avis tu me diras).

    Chez Beigbeder, comme chez toutes les daubes actuelles (Lévy, Musso, Pille, Gavalda, Despentes, Houellebecq, Angot [achetez-lui du Prozac et faites-la taire! Merci]), la rhétorique s’émacie telle une mouche anorexique, les situations sont grotesques (on s’en fout que des bourgeois se droguent, dépriment, baisent, travaillent, font pipi sur les murs), et l’histoire… existe-t-elle ?

    Il y a souvent beaucoup de haine lorsque quelqu’un qui n’aime pas Nothomb parle de cette dernière. En cela, je pense effectivement qu’il faut être complètement abruti, car ce n’est que de la littérature et il faut mesurer ses propos. Quoique Nothomb est née d’une « belle » famille, ça doit beaucoup faire chier également. :)

    Il y a eu aussi des facilités dans sa carrière (Journal d’Hirondelle, trop court et pas assez développé; Antéchrista, limite cliché), mais j’assume tout à fait mes propos en affirmant que pour moi, ses livres sont des chefs d’oeuvre et que l’auteur est exceptionnelle.

    Nous sommes aussi en France, pays où il est interdit à un artiste d’être populaire et de réussir sa vie professionnelle. Encore moins dans le monde littéraire, qui suinte de snobs en tout genre.

    Il n’y aura pas de débat car rien ne sera objectif, que ce soit de ma part comme de la tienne :) On ne peut se vanter objectif sous prétexte d’argumentation (l’argumentation n’est qu’une mascarade dans l’univers de la critique), dont ça ne sert à rien.

  4. 4
    le Dimanche 17 août 2008
    Dahlia a écrit :

    « Nous sommes aussi en France, pays où il est interdit à un artiste d’être populaire et de réussir sa vie professionnelle. Encore moins dans le monde littéraire, qui suinte de snobs en tout genre. »

    Douglas Kennedy et Jean-Paul Dubois sont des auteurs populaires qui vendent très, très bien et ça ne les empêche pas d’écrire des livres qui sont à la fois aimés du public et de la critique…

  5. 5
    le Dimanche 17 août 2008
    Loïc a écrit :

    Arno, j’ai bien précisé que je dépassais ta pensée en parlant d’abrutis illétrés. Seulement j’ai eu l’impression que tu n’acceptais pas les critiques sur Nothomb. Il se trouve que je ne mâche pas mes mots en ce qui la concerne, je fais donc partie de ceux qui la critiquent de manière virulente de temps à autres et j’ai cru que tu ne respectais pas ça. Mea culpa, ça ne semble pas être le cas.

    Pour ce qui est du style de ses romans, ça ne me frappe pas. Je lis ça en 30 minutes dans une gare et je l’oublie aussitôt. Et je me fous totalement qu’elle soit née dans sa famille ou dans celle des Bidochon… Son origine ne m’intéresse pas.

    Je trouve seulement que ses bouquins sont trop courts et trop simples pour constituer l’évènement de la rentrée littéraire chaque année. Personnellement un tueur à gages qui écoute du radiohead ça m’intéresse encore moins que les réflexions d’un pubeux sur notre société. Peut-être écrit-elle trop de romans. Je crois l’avoir entendue dire qu’elle écrivait trois ou quatre romans par an et qu’elle en choisissait un pour chaque rentrée littéraire. Peut-être qu’en creusant davantage une seule idée sur un ou deux ans je trouverais ça meilleur.

    Cela étant tu as raison, tout cela est très subjectif et je pense que l’on peut considérer le sujet comme clos. Mais l’essence même du débat est tout de même la confrontations d’opinions non? ;)

    P.S. : pour ce qui est des artistes populaires et qui réussissent je suis d’accord avec Dahlia. On tape pas mal sur certains, certes, mais pas forcément à tort. Quant aux snobs du monde littéraire ce n’est certainement pas moi qui te contredirai…

  6. 6
    le Dimanche 17 août 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Tu as tout à fait raison, d’où ma conclusion pour dire qu’un débat avec moi ne servirait strictement à rien étant donné un manque évident d’objectivité de ma part en ce qui concerne Nothomb, et que je ne sais pas où commence un débat objectif, étant donné pour ma part que l’argumentation ne sert pas beaucoup à un discours passionné comme à un discours de réticence, au vu d’un dithyrambe ou son contraire (une forme d’extrémisme indirect dans les deux cas).

    Ses livres sont aussi lus pour ma part en une heure à tout casser (en moyenne), mais en général ça ne me dérange pas dans le sens ou je prends plaisir à les relire. La comparaison est très conne, et désolé d’avance: mais par exemple, des livres comme ceux de Dantec, même si extrêmement riches, m’ennuient excessivement vite, pour le temps que l’on passe dessus, et pour le temps, surtout, qu’on n’y passera plus.

    Après, bien sûr que j’accepte la critique, et heureusement, ce serait bien triste sinon. ;) Et effectivement comme tu l’as écrit, « Journal d’Hirondelle » n’a rien d’un livre évènementiel (trop court, trop évasif, pas développé, fin facile). Comme dit dans un autre message, je trouve ça très alimentaire et sans grand intérêt.

    Mais bon, quand je vois des libraires qui ont honte de mettre du Nothomb et du Werber dans leurs rayons, sous prétexte de lire tous les bobos qui paraissent dans Le Matricule des Anges, dans Bordel et dans Lire, ça me fait rire.

    « Il se trouve que je ne mâche pas mes mots en ce qui la concerne, je fais donc partie de ceux qui la critiquent de manière virulente de temps à autres et j’ai cru que tu ne respectais pas ça. »

    Oui enfin, je fais exactement la même chose avec Beigbeder et compagnie, la génération Lévy, etc. Donc non pas du tout. Il s’agit de quelques freluquets qui, pour moi, sous prétexte de se sentir dans l’élite, pètent plus haut que leur cul et déblatèrent contre Nothomb sous une pléthore d’insultes nauséabondes dans le seul but de les faire jouir, et de les faire passer pour des « quelqu’un ». Après, encore une fois et je l’admets moi-même, je m’enflamme des fois assez rapidement (ce n’est pas une grande preuve d’intelligence mais c’est pas grave :) ) ).

    Après, Dahlia je suis d’accord avec toi mais tu ne cites que deux auteurs, et si, évidemment, Douglas Kennedy s’est fait une certaine renommée, Dubois n’est pas plus populaire que ça. Il est tout de même récursif, dans tous les domaines culturels, qu’un artiste populaire et pas forcément ubiquiste soit méprisé par une certaine masse, peu tolérante à ce propos. Enfin c’est mon jugement.

  7. 7
    le Lundi 19 octobre 2009
    Céline a écrit :

    Pourquoi y a jamais rien sur ce que pense Amélie Nothomb sur ce livre ?

  8. 8
    le Samedi 19 novembre 2005
    Lara a écrit :

    Livre visiblement très controversé et très critiqué… Ainsi j’ai même lu que Nothomb n’avait plus aucun talent. Si de n’avoir « plus de talent » permet d’en tirer un ouvrage aussi humain, alors j’aimerai être dépossédée de mes talents personnels. La critique est très aisée il faut dire, surtout quand on est journaliste et qu’on lit une ligne sur deux sans en comprendre le sens réel et subtil. Quoi qu’il en soit, je dis à ceux qui aimait ses livres, qu’ils peuvent continuer de les aimer.

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