Dans mes yeux, la BD en Personal Observer View

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Dans la vie, il y a deux lecteurs de BD.

(Personne n’oserait dire à Clint Eastwood que sa dichotomie douteuse peut s’appliquer à plus d’un cas générique, on comptera donc sur vous pour imaginer que la chroniqueuse de cet article est un cowboy bien burné.) Ceux qui veulent du divertissement, qui viennent pour l’histoire, voir la quantité ou pire pour la notoriété. Et il y a les chasseurs, ceux qui cherchent la perle, celle qui conjugue avec délicatesse narration et esthétique.

Bastien Vives, coqueluche du tout Angougou (Petit nom donné par ses intimes à la Mecque Bédéistique), écrit pour ces derniers. Les libraires de France et de Navarre se tannent pour sa plume à la fois légère et prégnante et ne jurent depuis quelques mois que par Polina, son Goût du chlore, ou encore son petit dernier la grande Odalisque. Chez Discordance, on n’aime pas faire comme tout le monde, alors on a décidé que plutôt que de parler d’une évidence, on allait fouiller un peu.

Sous les pluies de nouveautés de BD Net (on a du mal à croire que cette industrie subit les mêmes assauts que le reste monde du Livre), un ouvrage fauve vif post-ité par les tauliers chéris se recommande au regard. Une rousse ouvre grand ses billes sur son futur lecteur, près du titre « Dans mes yeux », belle invitation…

Dans l’alcôve d’une bibliothèque, des regards se croisent, quelques mots s’apprivoisent, doucement, sans omettre la moindre subtilité de l’échange. S’ouvre alors un dialogue magnifique d’une rencontre hasardeuse comme il en existe si peu à l’heure des réseaux sociaux, le tout à travers l’incroyable empathie de l’angle du narrateur. C’est, au-delà du trait au crayon, organique, façon pastel gras, la particularité de cet opus. Bastien s’essaie à un point de vue à la fois très introspectif  et totalement tourné vers l’autre en caméra subjective. On ne voit qu’elle, on n’entend qu’elle. On se sentirait presque de trop dans l’intimité du point de Bastien, dans ses yeux, dans son corps, mais l’identification est totale. Le dessinateur donne envie de tomber amoureux, de ce fantôme de rousse évanescente ; le dessinateur donne envie de tomber amoureux, de la façon la plus innocente qui soit, celle de l’artiste face à sa muse.

Dans mes yeux, scénario et dessins, Bastien Vivès
Editions Casterman 2009, collection KSTR, 136p, 16€.

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A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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