Le dessinateur

par Antoine|
Il est dessinateur. Dessinateur judiciaire. Depuis trente ans, il dessine des assassins. Trente ans à côtoyer la misère du monde, la misère des misères, celle dont tout le monde se fout…

dessinateurLa description du personnage principal est donc faite. Noire, morose, sombre, inquiétante. À ceci près qu’un détail manque. Sa fille est morte. Il y a peu. Assassinée par trois loubards, dans le RER, sous les yeux des passagers. Personne n’a bougé. Une histoire sombre donc, dont ce dernier détail morbide constitue la charnière et explique le pourquoi du comment.

Si le dessinateur est torturé par son métier, il l’est encore plus depuis la disparition de sa fille. Dans sa tête, un déclic s’est alors produit. Toute sa vie durant, il a dessiné des assassins, a couché sur papier-raisin leur visage, pour que l’on ne les oublie pas. Sa fille, elle, simple victime, a déjà été oubliée. Seuls les assassins restent dans la mémoire collective, un peu comme un ultime bras d’honneur fait à la société. Je tue, et vous vous en souviendrez longtemps.

Alors, dégoûté par un monde qui relâche ses meurtriers, il décide de devenir comme eux. Il décide de tuer. Mais il choisit ses victimes avec soin, et celles-ci ne sont jamais innocentes. Il tue des meurtriers, il gomme le visage de ceux qu’il a dessiné et gravé dans la mémoire de tous, des décennies plus tôt. Tuer des assassins, venger sa fille, se venger lui-même.

Diffusée en version polycopiée noir et blanc auprès de mille libraires et journalistes il y a quelques mois de cela, le dessinateur apparaissait comme une bande dessinée noire, sombre, à la vérité implacable, et décrivant avec profondeur le malaise d’un homme confronté à la mort injuste et à ses propres états d’âme. La version couleur retranscrit fidèlement cette première impression, cette atmosphère à la fois morbide et prenante, passionnante. Les couleurs traduisent la noirceur de l’histoire, la noirceur d’un esprit torturé par la tristesse, mais que l’on comprend, que l’on approuve même. Paradoxe sympathique.

Dimberton, Erroc et Trolley réalisent ici une BD à conseiller, dont quelques crayonnés sont même publiés dans la première édition. Il faut cependant noter que Caroline n’est que le premier opus d’un cycle de deux volumes, et c’est là que le bât blesse.

À force de vouloir éditer des oeuvres en plusieurs parties, on en arrive souvent à se retrouver avec des histoires passionnantes, tronquées avec succès pour pousser le lecteur vers la lecture du volume suivant, ou dans le cas inverse, avec un fil conducteur trop dilué dans l’ensemble. Ici c’est un peu le mélange des deux. L’intrigue et la noirceur d’esprit du personnage vous poussent à dévorer ce premier volume, mais l’histoire en elle-même reste trop souvent au second plan.

Dommage, car le tout forme un ensemble sympathique.

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Le dessinateur, parution 20 aout, Editions Grand Angle .

1 commentaire

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  1. 1
    Stedim
    le Mardi 23 septembre 2008
    Stedim a écrit :

    Je viens de réaliser que je fais la collection des BDs axées sur les tueurs. Amusant.

    J’ai bien aimé « Le dessinateur ». Particulièrement pour le scénario original et le trait de crayon que je trouve très fort notamment pour les visages.

    Mais, effectivement, ça se lit trop vite.

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