Carrefour des nostalgies – Antoine Laurain

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L'ex-député-maire François Heurtevent est en pleine dépression. Voici quelques semaines qu'il a perdu la mairie de Perisac aux élections alors qu'il en était député-maire depuis des dizaines d'années. Ni sa femme qui est Chef dans un restaurant étoilé, ni sa fille adolescente, ni le reste de ce qui l'entoure ne lui redonne le sourire.

carrefourD’autant qu’il a l’impression que cette victoire ne lui a pas échappé, elle lui a été volée par son concurrent, sans qu’il puisse expliquer pourquoi. Décidant de mettre un peu d’ordre dans ses cartons, il retrouve une photo de lycée et se demande ce que sont devenus tous ses camarades de classe au fil des années… Cette quête qui va le ramener un temps à Paris dans l’appartement d’André Dercours (son mentor en politique et père putatif), ouvrir un placard secret, le pousser à se faire aider par Armand-du-renseignement (un copain qui travaille dans les services secrets) sera un accélérateur de découvertes sur son passé. Ses anciens copains, les éléments de la vie de Dercours et les révélations autour d’un possible complot qui lui aurait fait perdre Perisac, c’est tout ce qui attend François Heurtevent quand il file avec cette simple photo dans la poche…

Après le retentissant Fume et tue, c’est un doux euphémisme de dire qu’Antoine Laurain était très attendu sur son troisième roman. Jusqu’à maintenant il a privilégié les livres à intrigue, sur Carrefour des nostalgies, il délaisse un temps le fantastique ou l’humour noir pour un ton mélancolique, une collection de portraits et de souvenirs. Où l’on croise le copain qui a voulu bosser dans le cinéma et qui termine réalisateur vedette pour Marc Dorcel, la belle fille que tout le monde désirait qui est devenue call-girl en fin de carrière à Metz, le copain timide est resté directeur du collège et nourrit toujours une passion sensuelle pour vous en secret et bien sûr vieux loups de la politique, hommes de main douteux… Sur Carrefour des nostalgies, Antoine Laurain a fait le choix d’une construction assez lente, qui menace cent fois de lasser le lecteur en alignant sagement les portraits des personnages – et il est cependant un remarquable portraitiste – et délaissant plusieurs fois l’intrigue. Qu’il relance avec quelques ruses un peu grossières, comme cette petite gothique que fréquente sa fille, une cartomancienne qui lui révèle la suite des évènements par cartes interposées (ahum)… A noter également que François Heurtevent est à l’opposé de ce qu’on imagine d’un homme politique bien installé dans sa fonction: sympathique, presque pas corrompu, limite naïf. Surprenant sans être déplaisant.

Les dernières pages s’emballent dans un polar à suspense, comme si Antoine Laurain avait choisi de se reprendre – un peu tard – pour offrir un dénouement qui évite au roman la simple balade-du-temps-qui-passe. Si Carrefour des nostalgies laisse un léger goût de déception, il installe malgré tout Antoine Laurain comme un romancier-conteur que l’on retrouve avec plaisir: son écriture discrètement sensuelle, pleine de finesse, ses personnages attachants… Derrière le manque que provoque ce troisième roman, on ne peut nier qu’ Antoine Laurain est de la race des Jean-Paul Dubois : ces auteurs qui même lorsqu’ils écrivent un livre « moyen » restent toujours au-dessus de la mêlée.

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En savoir +

Carrefour des nostalgies, Antoine Laurain, Le Passage Editions, 2009, 301 pages

A lire également sur Discordance à propos d’Antoine Laurain:

http://www.discordance.fr/Ailleurs-si-j-y-suis-A-Laurain.html
http://www.discordance.fr/Best-Of-2008,814.html

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 5 décembre 2009
    doriane a écrit :

    Tout à fait d’accord, moins enthousiasmant que « fume et tue » mais malgré tout « un bon livre moyen »

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