Assortiment pour une vie meilleure – Thomas Gunzig

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Un furet vengeur, un assassin, quelques hommes quelconques, une bande d'adolescents, un jeune drogué, des journalistes et une vieille hongroise, ou encore une prisonnière, c'est ce que nous présente Thomas Gunzig au cours de 27 nouvelles teintées d'humour noire et de cynisme. Avis aux amateurs.

assortiment_copie27 nouvelles aux titres faisant référence au domaine culinaire – Amuse-bouche et pâté de lièvre, Les Cornichons, Le Chocolat, Viande d’objet – intriguent forcément, de même que le sous-titre du recueil : Carbowaterstoemp et autres spécialités . D’autant plus que Google ne donne pas vraiment de réponses sur ce que pourrait être le Carbowaterstoemp.

Sous ces titres appétissants se cache une galerie de portraits grinçants. On suit avec délice la vengeance du furet maltraité par son jeune maître dont il veut conquérir l’amour, la liquéfaction d’un homme qui apprend que sa femme a accouché d’une gamba – Jérémie – ou encore une prisonnière placée en famille d’accueil suite à un nouveau plan du gouvernement contre l’engorgement des prisons. Tous tentent de faire face à leur réalité, sournoise et cruelle.

Le recueil est assez hétéroclite : quelques nouvelles font plusieurs chapitres, d’autres seulement quelques pages, deux pièces de théâtre, dont un monologue, se sont glissées là… Et il semble que Thomas Gunzig maîtrise tous les genres. Concis, net et précis, il dépeint avec cynisme des caricatures actuelles : la bande de jeunes adolescents trop riches, le jeune violent des cités ou encore la mère psychotique et infanticide. La facilité de certaines caricatures est estompée par la justesse de l’écriture et les chutes des nouvelles, toujours surprenantes et ne manquant pas de décrocher au moins un sourire au lecteur. Et ce, en dépit de ce qu’il est pourtant parfois annoncé : « Dans cette histoire, il n’y aura rien de drôle. / Désolé. / Les histoires vraies sont rarement drôles. ».

Thomas Gunzig dépeint des fragments de vie, entre banalité et extraordinaire. L’assassin apparaît comme ordinaire, tout comme la lâcheté cruelle de Philippe, Bertrand et Marcel qui sacrifie un étranger pour se préserver – après tout, c’était lui ou eux, et « tout le monde était d’accord » – ou encore cet immigré qui débarque en Belgique, traumatisé par les massacres vécus au pays… Ajouté à la finesse de la narration de ces personnages tristes, le style simple et clair de Thomas Gunzig permet au recueil de se lire d’une seule traite, malgré presque 500 pages.

Au final, un concentré d’humour noir qui ravira les amateurs du genre. Quant aux autres, ce recueil sera l’occasion d’appréhender notre quotidien sous un nouvel angle.

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Assortiment pour une vie meilleure – Carbowaterstoemp et autres spécialités – Textes 2004-2009 , Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, 2009, 490 pages

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

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